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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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180 l’Ambassade de la C. O", des Prov. Unies

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par les vents. Au dernier étage on voit la statue de la Deeíïe, à laquelle cette ma-chine est dediée. Elle est faite de piastre jetté en moule, Sc non pas de cuivre fon-du , comme aucuns ont efcrit. La figure de cette Deeflè vous lera exhibée dans no-stre seconde Partie.

On void prés de cette Tour quelques Temples aux Idoles, dont la structure, 1 or-donnances la politesse font tout à fait admirables. Quant aux deniers, qu'on a em-ployé à l'érection Sc à L embellissement de cette Tour, on me les a fait fi exorbitans,que j ay de la peine à y adjouster foy. On trouve par efcrit que la Tour du Phare ,que Ptolomée fit construire fur la Mer & Egypte , coûta huit cens talens Egyptiens ,qui reviennent à un million cinq cens septante-neuf mille huit cens quarante livres,chacun talent estant estimé à mille neufcent soixante quatorze livres Françoifes, Scquelques fous 5 mais on veut dire que celle-cy coûta pour le moins autant. Quoytes chinois q U ’il en soit, les habitans n y épargnèrent rien pour fa perfection, car ils s’imagine-siitiíux'/' rent 9 ue toute leur Fortune en dévoiedependre. C’est ainfi que cette pauvre Gen-tilité en considérant tant de divers evenemens dans la vie des hommes, dont elle nepouvoit pénétrer les causes, s’imaginoit qu une certaine Lesté, aveugle, inégale,Sc furieuse, distribuoit toutes les conditions, Sc tenoit le bonheur, Sc le malheur,comme le jour Sc la nuit dans fes mains. Cette Idolâtrie de la Fortune estoit si ge-. nerale que Pline a bien oie dire : La Fortune feule est invoquée par tout le monde,en tous les lieux, à toute heure, en toutes langues, on ne parle que d elle, on neloue qu elle, on n 1 accuse qu elle, este fait tous les présents, Sc tous les defpens, Scsi vous considérés bien ce grand livre des contes de nostre vie, vous trouverés quela Fortune en remplit toutes les pages.

Les Romains qui ont vaincu par armes toutes les autres Nations, pour les vaincreen superstition, ne se contentèrent pas d une feule Fortune, mais ils en firent naistrepar centaines, qui n avoient point d’autres fondemens de leur Divinité, que les opi-nions chymeriques dun cerveau mal tymbré > iufques à la même que la jeuneíïèadoroit une Fortune Barbue, afindobtenir d’este une barbe de bonne façon. VrayDieu quelle ignorance, Sc quelle nuée ? ah Chrestiens, ne croyez pas, comme cesChinois égarés, ou quelques âmes balles Sc vulgaires, que toutes vos félicités, &toutes vos miferes viennent d une fausse Divinité, ou du Destin ; car il ny a evene-ment, ny ordre, ny moyen dans cette grande liaison des siécles qui puiífè échaperà la vivacité, à la grâce, à la volonté, Sc à l’étendue de la Providence du GrandTout. C est à moy, dit ce grand Dieu dans les Saintes Efcritures, qu appartiennenttoutes les bestes des forests, Sc je voy la beauté des campagnes éclorre de mon sein.

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