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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS l'EmPEREUR DE LA CHINE. 181

Avec moy sont les richesses, la gloire, Sc les biens magnifiques, qui font dans laprotection de ma justice. C’est par mon moyen que les Rois tiennent en main lesreines des Empires, Sc que les Législateurs ouvrent leurs bouches pour prononcerdes oracles. La trompette sonne au milieu d une Ville, & le peuple frémit sans sça-voir les causes de son malheur. Mais il n'y a mai de peine dans la Cité que je n ayecausé pour de tres-justes raisons.

Pìnxentou laissa en cette Ville de Lìncìng fa femme, Sc ses enfans avec la pluípartde son bagage, afin de se trouver moins embarassé le reste du Voyage.

Nous perdîmes icy un de nos Trompettes, nommé Vermand , lequel fut honora-blement enseveli dans un Pagode, par le consentement du Magistat.

Nous numes pas plustôt quitté Lìncìng , Sc le Canal de J un , que nous entrâmesdans la riviere de Guei , qui sert de limites à cette Province de Xantung , Sc à celle ^ e uetìrívtemde Pekìng, Elle puise ses eaux en celle d Honan és environs de la Ville de Gueìhoeì ,

Sc d’icy va serpentant vers l'Orient entre les dites Provinces de Xantung , Sc de P*?-hìng , puis va faire hommage de ses eaux à un Golfe nommé Cang , íur lequel est ba-stie la Ville de Tengcheu, cinquième Capitale de la Province de Xantung, Tengcheu 3Cest en ce lieu, où les Chinois tiennent ordinairement une grande armée navale, Sc Vttie 'une forte garnison. Il n'y a que trois Temples qui soient considérables, mais ce quiest rare à voir, c est que les roseaux y sont carrés, contre l'ordre de la Nature, qui aaccoustumé de les produire preíque tousjours ronds. Les huistres y sont en abon-dance 5 & on y trouve auffi la pierre de Nìeuboang , ou de V%che.

Au Nord de cette Ville on découvre la montagne de Tengheng, renommée àcause de la défaite du Roy Ci par Hanjìnius . Du mesme costé on void auffi le mont monu i ne 'de Chevy, où il y a une pierre ronde qui entre dans la mer, que les habitans appellentChu , c’est à dire perle.

A quelques lieues d’icy Ton voit la Fontaine de H amen , proche de la Ville de #<<»#*»,Chaoyven , qui jette en même temps des eaux chaudes, Sc froides. A propos de cecy , Hnmnî 'il me souvient que Joseph rapporte en son Histoire de la guerre des Juifs, qu en unevallée voisine de la forteresse d zMacheron sortent d une fosse, couverte dune pierre,deux eaux, comme deux mammelles, ou bouches emínentes, dont Tune est auffifroide, Sc T autre fort chaude, lesquelles viennent se mêler un moment aprés, pourcomposer une eau si temperée, que les habitans en font un bain fort gracieux, Scpropre à guérir plusieurs sortes de maladies, Sc spécialement à conforter les nerfs.

Non loin d’icy on découvre la Ville de Laicheu, siziéme Capitale de Xan- 'tung. La mer qui en mouille une bonne partie, arrouse auffi les Villes de Changye ,de Vi , de í(ìao , Sc de Cieme. Elle est située fur un Promontoire, Sc a cinq Templesfort magnifiques. Le nombre des Forts, Sc des bastions quelle a du costé de lamer, la rend presque inexpugnable. La montagne de Hoang est au Midy de laVille ; une certaine fille luy imposa ce nom, auffi luy dedia-t’on un Temple en mé-moire de sa Virginité. Chose admirable de voir combien cette vertu est estiméeméme parmi les Payens, voire les plus licentieux & débordés.

On compte auffi dans cette Province plusieurs Isles, dont les plus considérables Feuyn,sont au Couchant : celle de Feuyeu est tres-bien cultivée, Sc auffi celle de Tienheng , A-dont les eaux servirent de tombeaux à cinq cens Philosophes, qui s’y précipitèrent, j p, '

à cause de la haine que l’Empereur Xius portoit aux bonnes Lettres.

Non loin d'icy Ton voit un magnifique Tombeau dune Dame Chinoise, qui futmassacrée par son mary, qui ayant une trop grande idée de TexceUence de sa fem- meDam!tme, & se déifiant de son affection, trouva bon de la tuer, plustôt que de luy per-mettre la douceur dune bonnette conversation.Bon Dieu îqu'y a-il de plus difformeque cette passion, je veux dire la Jalousie ? Ce n est qu’un monstre à cent yeux, quisont allumés de certaines flammes semblables à celles de T enfer, lesquelles sont ob-scures Sc mal-faifantes. Elle a d’autre paît quantité d’oreiUes pour estre tousjoursaux écoutes, ô^recevoir tout ce que Ton y veut verser. Ses amours sont des rages,ses bienfaits sont des piégés, ses pensées des crimes, ses paroles des outrages, sesdesseins des folies, Sc ses yssués des tragédies. Auffi-tôt quelle remarque en la choseaimée la moindre inclination à un autre party, se forment les foubçons, les ombra-ges , les bifarres fantaisies d’un homme, qui conteroit volontiers les cheveux de fafemme, de peur qu elle n en ût égaré quelqu’un pour donner à un amant. Et si cesfoubçons se fortifient par quelques mauvais récits dune langue serpentine,c’est alors

Z 3 que