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par la médiocrité, il ût avancé le bien de sa Patrie, & n ût remporté une maladiequi le fit presque crever de rage, & le mit dans l’Euripe, & dans le feu , dans desaccés de chaud & de froid, qui ne luy donnerent point de relâche. Tant est-il vrayque l'ambition est un feu dévorant, un vent, & un abysme. Un sage dit fort bien,que l'on a trouvé le milieu de la terre, l'on a sondé les mers, I on a pris les hauteursdes monts Riphées , l'on a découvert l'extrémité des Cavernes de Caucase , & l'ori-gine des eaux du Nil : Il n y a que le cœur de l'homme, où nous ne trouvons pointde limites, quand il est question de tenir rang.' Cette passion n’est plus une folie mé-diocre , elle est venuë juíques à la rage, le rnal est st grand qu’on l’ignore, tant s’enfaut qu’on connoisse le remede ; on n espere quasi plus de santé, c est beaucoup, sil’on y peut apporter quelque lenitif. Hippocrate , ce grand Genie, desiroit uneassemblée de tous les Médecins de l’Univers, pour consulter des moyens deguérir cette étrange maladie. II y a plus de deux mille ans qu’il rouloit cela dansla pensée, & aprés luy mille Médecins & Philosophes se sont étudiés d’apporterquelque guérison à cette pestilente sievre, mais tous y ont perdu leur peine, leurhuile, & leur escrime, le mal se va augmentant dans la multitude des remedes,les malades sont tous phrenetiques & insensés, quand le vent de cette furieusepassion les a porté au haut de la rouë, jamais ils ne veulent descendre que par leprécipice.
Le Frere de l’Empereur ne fut pas plustôt enterré, que les Ambassadeurs furentmandés à la Cour pour comparêtre devant le Throne Impérial :1e méme man -m/ndés àUdement fut signifié à l’Ambassadeur du Grand Mogol , & méme à tous les GrandsSeigneurs de lEmpire.
Le jour tant désiré estant en fin arrivé, le Mandarin Pmxentou avec les autresMandarins & Agens des Vice-Rois d c Canton, & grand nombre d’autres Courtisans,tous tres-richement vestus, se rendirent avec des lanternes en nostre Hostel fur les
deux heures âpres mi-ntiit pour conduire les Ambasiadeurs à la Cour.
Quand donc ces Seigneurs vinrent à sortir avec les Ambasiadeurs, ils mirent no-stre fuite en ordre, selon la coutume du pais, de laquelle ils choisirent seulement sixpersonnes, entre lesquelles je fis nombre ; & commandèrent aux autres de demeu-rer dans nostre Hostel.- Nous allâmes en cette posture à la Cour, où âpres avoir tra-versé deux grandes plaines St quèlques portes superbement basties, nous fûmesobligés d’attendre (n’ayans que des pierres bleues pour chaise?, St que le Ciel pourcouverture) jusques au Soleil Levant, voire jusques au temps que fa Majesté fût assisdans son Throne. 4
L'Ambassadeur du Grand Mogol se rendit aussi immediatement âpres nous à laCour, accompagné de cinq Gouverneurs de Villes, St de vingt Valets Mores, Scnous vint joindre. Un peu âpres nous vîmes arrivër les Ambasiadeurs des Sutadfes ,& des Lammas , St plusieurs autres Princes de l Empire.
Et d’autant ■qu il nous fallut icy attendre fort long-temps pour voir fa Majestédans son Throne, St que nous ûmes le loisir de nous entretenir avec les íus-nommésAmbassadeurs, j’ay trouvé bon, Lecteurs, de vous rendre en passant participans denos conférences, avec eíperance qu’elles vous seront tres-agreables.
CHAPITRE XLVI.
Court *Re cit des Ambassadeurs des Sutadfes , du Q r and *Aíogol ,
' ‘ des Lammas , &C.
L es Sutadfes , que nous nommerons en nostre langue, à raison de la Région qu'ilshabitent, Tartares Méridionaux, reçoivent ce nom des Chinois, qui ne peuventprononcer la lettre R. Ils sont voisins des Tartares J^agatai , & du Royaume deTurkeftan , où les habitans sont plus renommés & mieux policés que les autres, tantpour leurs mœurs, & façons de faire, que pour la culture dès champs, & agence-ment de leurs Villes, & maisons. Leur Roy est obligé d’envoyer certaines annéesun Ambassadeur avec des prefens vers le Grand Cham , pour luy témoigner sos re-spects , & se soûmettre à ses commandemens, &c à ses loix.
Cét Ambassadeur, qui est tousjours préféré aux autres dans cette Cour, fut aussidépêché le premier.
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