Ze s-Ambas-sadeursvont saluerle vieuxThrone »
Ld mon su-bite du, fré-té de r Em-pereur.
V Ambassa-deur deMoscovieretournesans au-dience y C 70pourquoy*
208 L’ÀMBASSADE DE LA C. 0 \ DES PROV. UNIES
Cette cérémonie eíWì saintement observée par les Chinois, que tous les Ambasfadeurs étrangers qui la méprisent, ne peuvent comparêtre devant l’Empereur, ainsíbnt forcés de retourner fans estre receus à l’audience, comme,il arriva à l’Ambaíîà-deur de Moscovie , qui aima mieux de conserver les hauteurs de son Maistre, que dedeferer à cette Loy. Tous les Grands de lEmpire vont tousjours fléchir devant ceSeei avant que de parêtre à la Cour : fa Majesté méme avant ion Sacre est obligée des’y venir encliner, Sc de luy rendre hommage. Cette cérémonie se faite d’ordinairetrois jours auparavant que d’estre admis à 1 audiance.
Les Mandarins, Sc les Agens des Vice-Rois de Canton , fe rendirent le 22. d’Aoustà l’aube du jour, dans nostre Hostel, qui furent suivis un peu âpres de trois DocteursChinois, Sc de quelques autres Seigneurs d Estât, qui avoient tous des marques car-rées relevées en broderie fur la poictrine & fur le dos. Ces Seigneurs accompagnè-rent par honneur, Sc avec magnificence Sc gravité les Ambaííàdeurs au vieux Pa-lais , qui reísembloit bien à une Bibliothèque - à un Plaidoir, ou bien à une Acadé-mie , car on n y voyoit que Robbes longues, Sc Porteurs de livres, Sc de papier.Nous nous retirâmes un quart d’heure dans une petite Chapelle à cause de la fouledu peuple, lequel estant écoulé , on nous mena au milieu de la plaine du Palais, visà vis d une entrée élevée, où nous ne vîmes qu un petit Thrône antique Sc vermou-lu , tout enfermé de grilles. Ce fut devant ce beau portrait que nous fumes obligésde nous agenouiller par trois fois, Sc d’encliner nos têtes Sc nos épaules jusques àterre autant de fois, à la voix du Heraud, qui crie la premiere fois à gorge déployéeJÇgschan , qui veut dire, Dieu à envoyé lEmpereur ì la deuziéme fois, Quée , c’est àdire, mettés vous a gênons s J\anto , enclinés vos tétés s Sc KJe , qui signifie, relevésvous , Sc cela par trois fois : Finalement il crie I(oe , c’est à dire, retire% vous .
Lors que nous estions empeschés à ces belles Cérémonies, nous urnes une infinitéde Scribes pour témoins. Cecy sellant passé assés plausiblement, 011 nous ramenaavec pompe à nostre Hostel. Les Ambaííàdeurs faisoient leur conte de comparêtretrois jours aprés devant la face de fa Majesté, mais la morte subite de íòn frere puis.né,arrivée le 25. d’Aoust les en empescha. NosTruchemens nous dirent qu’ilestoit aagé de seize ans, Sc que sa mort n’estoit venue que d une colere furieuse con-tre l’Empereur, qui avoit tellement frappé son imagination, Sc remué son sang Scson esprit, que vous ûssies dit alors que son cœur n’estoit plus qu’une boutique deVulcain , où ses pensées comme autant de Cyclopes travailloient à produire desgreíles, des foudres, Sc des orages dans l’Empire. Le Conseil ennemy de sembla-bles manies, le jugeant indigne de vivre âpres tant de tonnerres, le fit empoisonner.C’est ainsi que cette étrange passion, lors qu elle rencontre une fois un sang brûlé,une bile fumeuse, qui est comme entre les mains de f imagination, touchée dequelque déplaisir, s’insinuë la dedans comme dans une nuée grosse de tempestes, Scde tourbillons. qui jette des feux, fait gronder des tonnerres, lance ‘des dards - Scíie machine que ruiqes.
Quelques-uns attribuent cette mort à une autre cause, Sc nous dirent que ce jeu-ne Prince, ayant eu permission de fa Majesté Sc de fa mere, de tenir fa Cour en par-ticulier , il s’esehaufíà tellement le sang dans le combat d amour avec quelques Da-moiselles , qu on luy conseilla d’avaller un verre d’eau de glace pour le rafraischir.11 le prit avec plaisir, mais il en mourut incontinent âpres avec regret de toute laCour, Sc particulièrement de l’Empereur, qui en devint si chagrin, & si mornel’eípace de quelques semaines, que les paroles de ses plus grands Favoris ne luyestoient que par trop importunes. Le Corps de ce Prince ne fut enterré que le 28.de Septembre, ce qui fut cause que les Ambassadeurs ne peurent estre admis à l’au-dience que le 2. d’Octobre.
Nos Ambassadeurs apprirent le quatorzième de Septembre que l’Ambaíïàdeurde Moscovie estoit parti íans avoir receu audience de íà Majesté, à cause qu’il nevoulut s’agenoiiiller devant le Seau del’Empereur, comme je viens de dire. Leméme jour un Officier du train de cét Ambassadeur, vint en nostre Hôtel suppliertres-humblement nos Ambassadeurs, qu’ils ûssent la bonté d’attester par un écrit,qu’ils avoient veu, Sc visité son Maistre dans la Cour de Eeksig , Ce qu ils firent tres-volontiers, Sc luy firent souhaiter un bon Voyage. C’est une chose étrange que cétAmbassadeur ne voulut pas se ranger à la raison, Sc considérer que f Empereur mé-me estoit obligé à cette cérémonie : s’il ût seeu borner ses prétendions & ses désirs
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