%i8 l’Ambassade dë la C. 0\ des Prov. Unies
faire part. A peine nïa-t’on donné le loisir de faire un crayon de ses bâtimens, &principaux ouvrages, car quelques Truchemens me vint advertir de la part duGrand Maistre de la Cour, que j usse à reprendre ma place (dont je m’estois tantfòit peu éloigné, pour en mieux figurer chaque partie) & qu u n étranger ne pou-voit, selon les Loix, s’égarer de fa troupe. Quant au Gouvernement, & aux Offices& Charges de cette Cour, nous en parlerons amplement en nostre seconde Partie.
CHAPITRE XLIX.
Les Ambassadeurs font magnifiquement traite spar ordre de r Empereur*
Tffiis fe- /"^'est une coutume receuë passe long-temps dans cette Cour de traiter par troisftins faits h V-/fois, & cela de dix jours en dix jours, tous ceux qui sont envoyés en Ambassa-fadctírs!*^ de vers fa Majesté Impériale, mais parce que nos Ambassadeurs preísoient fort leurretour, ils furent traités trois jours de fuite, non fans un octroy tout particulier ob-tenu par le Grand Maistre de la Cour.
On les pria donc pour la premiere fois le mefme jour qu ils parurent devant leThrone, Sc furent conduits fur les deux heures âpres Midy en l'Hostel du GrandConsul (Lipn) où le festin fe devoir faire. Ils y furent accompagnés de tous lesMandarins, Capitaines, & Officiers de Canton . jLes Ambassadeurs des Sutadfes , desLammasy&c du Grand Mogol furent auíïì de la partie. Nos Ambassadeurs Sc celuy duGrand Mogol furent priés de s asseoir à la droite, Sc les autres à la gauche, chacunestant entouré par derriere de fa fuite. Le premier service estoit de fruits, de confi-tures Sc de pâtisserie ; le second estoit assorti de chair de mouton, de bœuf, & dechameau rôtie, Sc bouillie. Chaque Ambassadeur avoir à chaque changement íàtable couverte de trente plats d’argent. Le Maistre d’Hostel de fa Majesté y com-parut aussi, Sc y prit le haut bout, Sc fe tint à jambes croisées, comme un tailleur futfa table. Il avoir à fes costés deux Seigneurs de haute marque,qui prenoient foin detout le festin ; Sc tous ceux qui y fervoient estoient Gentiis-hommes, Sc revestus dedrap d or.
Vous remarquerez en passant que les Ambassadeurs furent obligés, avant que defe mettre à table,de tourner leur face vers l'Occident (à cause que l'Empereur estoitpour lors de ce costé là) Sc de s agenouiller par trois fois, comme ils firent devantson Throne.
Si les Sages Aréopages ûfsont esté de nostre partie(qui ont jadis fait une inquisitionrigoureuse fur la marmite de chaque Citoyen pour en reformer les abus) ils n urenticy rien trouvé digne de censure, car toutes les viandes y estoient si simplement, Scfi salement assaisonnées,que nous n’en avons goûté qu a contre-cœur. Les Tartaresnous dirent lors quils aiinoient mieux la franchise que la rareté des plats, Sc que lasimplicité des viandes grossières donnoient plus de lue Sc de nourriture aux corps,
Î ue le déguisement dicelles, Sc l’abondance nuisible des divers appétits de cuisine.
e crois qu ils suivent l opinion de Socrate , qui distuadoit l’ufage des mets, qui pro-voquoient, Sc chatoiiilloient l’appeti. L’amas de viandes (dit-il) de differentes qua-lités , preparées avec trop de délicatesse, Sc de friandise, Sc entassées dans un esto-mach, engendrent des crudités par l’indigestion, pestes mortelles à la santé deshommes.
Sur la fin de ce banquet un chacun fat obligé de remplir fes poches des restes desviandes, de peur de choquer les coutumes du Païs. Si les plus fameux brifaus de no-stre Europe ûísegt eu cette rencontre, je ne crois pas qu ils ussent presque pû fe ré-soudre à imiter ces Chinois», qui s’attachans indifféremment au rôti, Sc au bouilli,engarniísoient par tas leurs pochettes Sc leurs habits d une si belle maniéré, qu on au-roit dit que leurs bottines estoient détrempées en une graisse ou fauíse diaprée detoutes sortes de couleurs.
Apres le repas ils nous servirent des vases d’or Sc d argent pleins de Sampfou, quilsverferent dans des bassins, Sc en emplirent des tasses avec lesquelles ils nous festoyè-rent. Ils nous firent accroire que cette boiíson estoit composée d’un lait distillé, Scque ía Majesté nous l’avoit envoyé par un de fes Bouteillers pour nous en regaler, àcause que nous estions venus de si loin pour la reconnêtre. Et quoy que ce breuva-ge fut presque aussi puiíïant que nostre eau de vie, si est-ce que nos Ambaílàdeurs
furent