VERS LËMPEREUR DE la CHINE, - 21}
donna le nom de Jeu ; celle de Cina l'appella Xangkp , & celle de H ana Quangiang.Sous la race de Cyn , elle fut nommée Fanyang , & fous Sunga Jenxan. Ce fut fouscelle-cy que Paul le Venetien visita cette haute AJìe , Sc que les Tartares s en empa-rèrent , lesquels furent bientôt aprés défaits par la Famille de Taiminga , qui luy im-posa les noms deXuntien, ScdePeJ^ing, retenus encore aujourd'huy. Ce mot dePeking ne signifie qu une Ville Métropolitaine située au Nord, comme celuy deNankìng ,une Ville située au Midy. Le mot de Xuntien^eut dire,Ville obéissante auCiel. Les Tartares Sc les Maures appellent par fois cette Ville Camhalu , c est à direVille du Seigneur, dont semble faire mention le dit Paul de Venise.
Elle surpasse en nombre d’habitans, de Magistrats, de Noblesse, Sc de soldatscelle de Nanking , mais non pas en nombre de bátimens massifs, en Forts redouta-bles , en grandeur, Sc en beauté de rues, Sc de remparts. Elle est située à lextre-mité du Royaume vers le Nord,fans estre éloignée de cette célébré Muraille (qu ona fait contre les invasions des Tartares) que de cent milles d Italie. Elle est en-vironnée au midy de deux murailles hautes Sc fortes, dont la largeur est telle, quedouze chevaux y peuvent aisement courir de front, lans s'empefcher. Elles sontbasties de briques, si ce n est que toute la charge des murailles s’appuye au bas sorde grosses pierres de taille : Elles sont d une telle hauteur que je ne crois pas que lesmeilleures places de nostre Europe fe puissent vanter d’en avoir de semblables. AuNord elle n est ceinte que d une feule muraille z les soldats y font aussi bonne gardede nuit, que s’il y avoit grande guerre par tout. De jour les Eunuques ont la gardeaux portes, à tout le moins le veulent-ils faire croire, mais c’est plustôt pour en tirerquelque profit, Sc y recevoir quelques droits pour la table de leur Maistre.
LEmpereur Taisungm , qui regnoit l an de Chris mil quatre cens quatre, embel-lit de beaucoup cette Ville, car c est le premier de la Race de Taiminga qui y tintíà Cour, ayant abandonné celle de Nanking s à fin que comme il fçavoit que sonAyeul avoit chassé les Tartares de son voisinage, il leur pût aussi faire tête plus aise-ment, en cas qu ils voulussent entamer quelque chose sor fesEstats. Il y fit fairedes murailles carrées, ayans de circuit quarante stades Chinoises , Sc vingt coudéesen largeur.il y erigea force Tours pour fa defence,ientoura de fosses tres-profonds.Sc la munit de toute forte de munitions de guerre.
Elle a douze Portes, où tous les Chinois abordent continuellement de tous co-stés ; tous les Magistrats, les Gouverneurs, tous les Lettrés, Sc tous ceux qui désirentd’estre avancés aux Dignités Sc Offices de l’Empire s y rendent à la foule ; Toutesles raretés, les marchandises, Sc les richesses des Indes s’y transportent à l’envie, desorte que tout y est à vil prix. Laquaptitéde monde n'y est pas moindre : il n’y arien de nécessaire, rien de délicieux que vous ne l'y trouviés. Plusieurs milliers denavires Royaux, fans parler de ceux des particuliers, s’y equipent, Sc ne font em-ployés que pour pourveoir cette Cour de toutes les denrées neceíïàires à la vie hu-maine , & à la volupté : Sc cela fe fait tres-aisement par le moyen des rivières Sc descanaux que les Chinois ont rendu par tout navigables, non fans frais excessifs, Sc in-croyables travaux. De là vient qu’encore que cette Ville soit située dans un lieu sté-rile Sc instructueux, si ne laisse-f elle pas d estre nommée la Corne d abondance ; Desorte que les Chinois disent d’elle en forme de proverbe, Que rien ne crois dans Pe-king , toutessois que rien n y manque.
Il y a fort peu de rues dans Peking , qui soient pavées de briques, ou de çaillous ;c est pourquoy on ne fçauroit dire en quelle saison on a plus de peine à y marcher :car on est également incommodé, en esté de la poussière, en hyver de la boue,mais parce qu il pleut rarement dans cette Province, de là vient que toute la terre seréduit en poudre, qui pour si peu que le vent l’agite, il n'y a point de lieu dans lesmaisons où elle n'entre, Sc quelle ne salisse. Ceux qui ont cherché le moyen de re-) medier à cette incommodité, ont introduit une coutume, qui, comme je m’imagi.ne, seroit trouvée ailleurs fort étrange : Car il n’y a presque personne qui aille à piedou à cheval, sans porter un voile qui luy descende depuis le chapeau jusques sor lapoictrine, Sc luy couvre le visage, sans pourtant qu’il l empesche de voir, bien qu’iJfe garde de la poudre. Dans la Ville on tire aussi une commodité de ce voile,qui estde n estre pas connu si l’on ne veut : par ce moyen on est dispense d une infinité defaluades, on n’est pas obligé de prendre soin de s’ajuster, ni de se mettre en peined’estre suivi d’un beau train,pour l’entretien duquel il faudroit souvent engager tou-te sa chevance, U