VERS lEMPEREUR DE LA CHINE,. , t
CHAPITRE LII.
tArrìvfe des Ambassadeurs d Single , Lincing , àc.
L e 2 3. d’Octobre nous arrivâmes à Single , & le jour suivant à Sinkocìen , le 25. àTonquam , & le 27. àTachu. Le Mandarin qui commandoit à cette derniereplace n oía attendre nostre arrivée, de peur d’estre obligé de nous pourveoir de T i-teton™*reurs, qui luy manquoient : De forte que nous fumes forcés de nous abandonner àla conduite des vents.
Nous arrivâmes le 31. du méme mois à Lincing , où nos Ambassadeurs furentmagnifiquement receus du Mandarin Pinxentou, qui s’y estoit rendu par terre. Nousen partîmes deux jours âpres, fortifiés de la compagnie de Pinxentou , & de fa fem-me , 8 c revîmes le cinquième du mois de Novembre la Ville de Tmcham , 8 c le len-demain Xantjiu , où les Magistrats s’eclypserent pareillement, n ayant pas ailés detireurs pour nous contenter. Nous fumes fort incommodés du froid en cette con-trée, à cause dune rude gelée qui nous surprit, laquelle toutesfois n empefchoitpas les réjouissances de ceux qui estoient commis à la réparation des Temples, desGrands Chemins 8c des Ouvrages publics de l’Empire, lesquels nous venoient prefque tous les jours à la rencontre, comme des petites armées navales.
Nos Ambassadeurs, qui ne vouloient pas perdre le temps, employerent le verd8c le sec pour attraper par tout des Tireurs. Un certain Prestre voyant que son va-let estoit condamné de tirer avec les autres, vint tout émeu se jetter à genous de-vant nos Ambassadeurs, St leur remonstra que les serviteurs des Saints ne dévoientestre traités si rudement ; mais ce fut en vain, veu que le commandement de l’Em-pereur, 8c le service de ses Vassaux dévoient marcher devant ces frivoles considéra-tions , eu égard que son valet n avoit à attendre qu une bonne nourriture, 8c un li-béral payement.
Le 8. de Novembre nous découvrîmes Cinning , & le 13. Taujencien. De là nousentrâmes dans la riviere Saffranée , & le 17. dans la Ville de Jamcefu , là où le Frerebastard du jeune Vice-Roy de Canton reçût les Ambassadeurs, 8c les traitta splendi-dement en son Hostel, dont ils le remercièrent fort courtoisement. Le 20. nousnous trouvâmes dans le fleuve de IQang , 8c le lendemain aux pieds des murailles de1 Sanking.
Nous mîmes derechef pied à terre devant la Porte à l'eau, 8c fûmes obligés de -à'râ -nous y arrester quelques jours, à cause que le Gouverneur, qui estoit sor son départ, Nankin Z'avoit loué la pluspart des Vaisseaux & des Tireurs. De sorte que nous ûmes assés detemps pour visiter la Ville. Je me traníportay encore une fois au vieux Palais (dontj ay fait mention à la page 132.) & je pleuray sor les funestes ruines de ses superbesbâtimens, qui parleur solidité dévoient braver le temps, 8c je vis bien qu’encoreque le monde soit l ouvrage des mains de Dieu, il ne tient rien de l’immutabilitéde son Autheur : tout y passe, tout y change, 8c il n’a point de parties qui n ait sesvicissitudes : Si la Terre a ses abondances, elle a ses stérilités ; Si la Mer a ses bonna-ces,elle a ses émotions 8c ses marées ; si l'Air a ses sérénités Sc ses calmes, il aiesbrouillards 8c ses agitations ; si le Feu a ses élévations 8 c ses activités, il a ses len- 1teurs 8c ses descentes ; Si le Ciel a ses douceurs, il a ses . malignités 5 si les Diadèmesont leur gloire, ils ont leurs épines 8 c leurs malheurs 5 si les Villes enfin ont leursforces, leurs puissances, 8 c leurs beautés, elles ont aussi leurs chûtes - leurs pertes >
8 c leurs fins.
Le jour suivant nos Ambassadeurs furent conviés à l’envie de divers Grands Sei-gneurs , mais ils les refnercierent tous tres-humblement, sexcufans tant sor les fati-gues du chemin, que sor lmtemperie de l’air,car il gréíla,il venta, & neigasiétrangement ce jour là, qu à peine oíames-nous mettre la teste hors de nos barques.
Le lendemain nos Ambassadeurs allerent saluer les deux Sur-Intendans des Péa-ges , dont l'un estoit Chinois, 8c 1 autre Tartare de Nation, qui tenoient leur rési-dence aux Faux-bourgs. Ces deux Seigneurs les recensent à son de trompeté, 8cavec beaucoup de tendresse, 8c les entretindrent de plusieurs ferieux discours jusques à bien avant dans la nuit.
Je visitay encore le Temple de Paolinxi , pour en recevoir le Portrait de la main
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