VERS LÎMPEREUR DE LA CHINE. ' 2yp *
gen, àÀndernax , & en plusieurs autres lieux. Non loin de cette montagne on voidun Temple dédié à la Crainte, ou à un Dieu qui prit la fuite à la veuë des armes d’unGouverneur de cette Province. Si vous voulés escouter les fables, levés vos yeuxjusques au Ciel, & vous y reconnoistrez la fuite des Dieux fabuleux de nos Anciens,lors que poursuivis par Tiphœus ils furent contraints de fe sauver en Egypte , & des’y cacher íòus la figure de divers animaux. Cela monstre que la Théologie Payen-ne, ne blâmoit pas toute forte de peur, puis qu elle nous reprefente ceux-mémesqu elle adoroit, qui n en estoient point affranchis. Et c est pourquoy Pmdare vou-lant excuser dans une de íes Odes la fuite d ' Amphìraiis , ne feint point d écrire, queles fils des Dieux y font sujets, comme les autres hommes, lors que le Ciel permetque la crainte surprenne leur résolution. Homere a fait aussi fuir par fois non seule-ment Pâris , ou Nzrée , mais Aìax méme & Hefflor, qui font des premiers entre tousses Héros. Ne vous estonnés donc pas si les Romains (aussi bien que les Chinois) &les Spartiates dedierent des Temples, & dressèrent des Autels à la Crainte, car ilsn ont jugé rien si important qu elle à la conservation de leurs Estais. Car encorequ’il semble que la Crainte, comme opposée à la Hardiesse, mere des grandesactions, soit plus propre à nous empescher d’agir, qu autrement : si est-ce qu il enest par fois tout au contraire, & qu elle imprime souvent des résolutions dans l amed une valeur tout à fait extraordinaire. Un homme qui craint tout, est capable detout faire. Le désespoir qu engendre l'extrémité de la Peur, nous porte à tenterjusques à l'impossible ; Vna j'alus vìBù nullam fperaresalutem.
Hanyang seconde Ville Capitale semble estre bastie dans l’eau, car elle a nanyang ,quantité de Lacs dedans & dehors de fès murailles, comme ceux de Langquon , de viUe -TPaipe , de Kyeuchìn , & autres. Les rivières de Kiang & de Han , y portent aussi deleurs eaux. Toutes ces commodités, secondées de la fertilité des campagnes quil’encourtinent,la rendent fort marchande & peuplée. On y void une Tour fort éle-vée qu on nomme Xeleuhoa , qui fut bastie aux deípens du public en mémoire d uneBru , qui fut innocemment acculée d’avoir empoisonné sa belle mere, luy ayantservi à table dune poule étuvée. Comme on conduiíòit cette travers féchanautpour la faire mourir, elle attrapa en paíîànt une branche d’un grenadier, & dit ens’écriant ces paroles devant le peuple ; si j ay tué ma belle mere, comme on m accu-sé, je prie le Ciel qu’il veuille raire tarir à l’instant cette branche entre mes mains,mais si je fuis innocente, quil la reveste de fruits en un moment, & qu’il me delivred’un spectacle si ignominieux. A peine avoit-elle lâché la derniere parole qu’onvitle grenadier chargé de fleurs & de fruits en un clein d’œil. Les Juges avec les ha-bitans épouvantés de ce miracle, firent eriger cette Tour en mémoire de cette Da-me, & firent une loix, qu aucun Juge ne pourroit à l’avenir faire punir ni gesnerpersonne par précipitation, & fans preuves suffisantes, & qu’il devoir avoir tousjoursplus d’inclination à la miséricorde qu’à la sévérité. A la vérité, c est une piteus e af-faire , quand par une funeste promptitude, on ravit à un innocent en un momentce que jamais on ne luy peut rendre, quand bien on vivroit cent mille ans. Maisc est bien estre injuste jusques à la rage, quand on confirme encore par malice, Sc partyrannie ce qu’on a fait par surprise, comme fit Pism , qui condamna brusquementà la mort un pauvre soldat, soupconné à tort du meurtre de son compagnon, quiestoit vivant. Comme l’innocent tendoit son cou sous l’eípée du bourreau, ce sol-dat , qu’on publioit avoir esté maíïacré, parut plein de vie, Sc cria à haute voix âpresson compagnon. Le Centenier qui presidoit à cette exécution,les ramena tous deuxsuivi d’un grand monde, pour les presenter devant Pison. Ce maudit Juge bouffide colere Sc de honte de la sentence qu’il venoit de rendre si legerement, comman-da au bourreau d’executer sans delai, Sc le Centenier, Sc les deux Soldats. Ce mal- *heureux expia bien-tôt aprés cette cruauté, jointe à plusieurs autres, par un étrangerevers de fortune, Sc une morte tres-ignominieufe.
Dans le territoire de cette Ville on void entr’autres la Montagne de lsieuchin ,c’est à dire de neuf Vierges, où on dit que neuf Sœurs y vesquirent pucelles jusquesà la mort, Sc y employerent tous leurs foins à fe perfectionner dans l’Alchimie-: necroiroit-on pas que ce fut icy le vray séjour des neuf Muses Chinoises ?
Siangyang, troisième Ville Capitale est voisine de la riviere de Han , Sc est sUngyanglembellie d’un superbe Palais, qui reconnoit pour autheur un Roy de la Famille de ViUe '-Tlìminga . Son territoire quoy que raboteux à cause de force montagnes qu il en-
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