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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS L’EMPEREUR DE LA CHINE.

difficulté d’aller par les montagnes, St méme il est impossible d’y marcher, spécia-lement vers le Zud-Est. An Couchant de la Ville il y a une montagne pleine d'ar-gent, & un Temple dédié aux Héros. Le mont de Hung se voit au Midy de la Ville,comme aussi celuy de Nankin sur le bord de la mer. Le mont de Talao qui a trente-six sommets fort élevés est au Nord-Est. C’est d’icy que sort un ruiííèau en Automnequi jette des eaux azurées, dont les habitans se servent en ce temps là pour teindreleurs étoffes en les y lavant.

On y voit un tres-superbe Temple dédié à un Héros, ou grand Guerrier, qui futfi patient que de souffrir à tort tous les outrages imaginables d’un qu’il tenoit pourson plus fidele ami. A la vérité,quand nous sommes outragés par celuy que nous te-nions pour nostre confident, le coup est si sensible, que tous les remedes de la Phi-losophie se trouvans trop foibles, il n y a qu une grâce particulière du Ciel, quipuisse nous donner assés de force pour l’endurer. Cest ce qui fit dire plus subtile-ment que Chrestiennement à quelqu unque les Loix divines nous obligeoientbien de pardonner à*nos ennemis, mais qu elles ne nous avoient jamais commandéde pardonner à nos amis. Vous voyés bien que je vous veux faire rire de ce fauxraisonnement, où l'on voudroit rendre la qualité d’ami de pire condition que celled’un ennemi. Il faut que je vous dise encore là dessus, qù encore qu’il soit vrai, quenostre Religion enseigne seule avec perfection non feulement de pardonner à nosennemis, mais méme de les aimer ; si est-ce que la lumière naturelle, accompagnéefans doute dune grâce ípeciale, a éclairé de sorte i’entendement de quelquesPayens, quils ne se sont pas éloignés de cette charité parfaite. Aristide injuste-ment banni par la rigoureuse loy de Y Ostracisme , dit pour tout ressentiment, qu’ilprioit Dieu que les Athéniens fussent si heureux que de n avoir jamais sujet de sesouvenir de luy. N’est-ce pas témoigner de 1 amour pour íes plus grands persécu-teurs ? Plutarque qui le rapporte ainsi dans la vie de ce grand homme de bien, ditailleurs fur cela un beau mot d ‘Ariflon Spartiate , ou plustôt, à son avis, de Socrate .

On loiioit devant l’un d eux le sentiment du Roy Cleomene , que l’ossice d’un PrinceSouverain estoit de faire du bien à ses amis , & du mal à les ennemis. Ilvaudroitbien mieux, repartit Ariflon , ou Socrate , faire du bien à tous les deux, & se ren-dre amis par ce moyen ses adversaires mémes. Certes on ne peut pas soutenir rai-sonnablement âpres cela, qu’ils ayent (aussi bien que ce Chinois) tout à fait ignorél’excellent precepte de Morale, d’aiinerjusques à íes ennemis.

Avant que de sortir de cette Province, je me trouve obligé pour satisfaire auxVoyageurs & aux Marchands, de parler tant soit peu des Forteresses de Ganhai & Tons dePlHiamuen , qui pour la magnificence de leurs édifices, pour la quantité de leurs ha- &

bitans, & pour la réputation d eitre des lieux de trafic, & de negoce, pourroientsurpasser plusieurs bonnes Villes.

Lors donc qu’on veut se mettre en chemin pour retourner plus commodémenten nostre Europe , on ne pourroit mieux faire que de s’embarquer dans un navireChinois en ce Fort de G a k h a i pour les Isles Philippines . Le Port y est fortcommode & assuré, & est tousjours rempli d une infinité de Vaisseaux s l’ancrage &la rade y sont à souhait.

On trouve presque les mémes commodités au Fort de Hiamuen, lequel estsitué dans une Isle, qui n’est pas fort éloignée du continent ; Quant à Ganhai , il tou-che à la terre ferme, c’est donc de ces deux endroits,qu’on porte,& envoye les mar-chandises , & denrées dans toutes les Indes , & qu’on en rapporte & amene d’autresde ces quartiers là. Iquon ce grand & fameux pyrate, se rendit autresfois maistre deces contrées : il fut tres-bien connu des étrangers, & sor tout des Espagnols, desPortugais, & des HoIIandois, avec qui ils ont esté obligés de traiter quelques-fois,de peur d’estre tourmentés par fa ilote, qui est bien souvent composée de trois millegrands Vaisseaux. En fin ce qui rend ces lieux en quelque façon recommendables,cest que les HoIIandois s’y transportent aucunes-fois, pour y trafiquer.

On enferme aussi sous cette Province de Fokien l’Ifle de Formofa que les Chinois ifies derov-appellent Talieukieu , & celle de Eaìvcan , que les HoIIandois ont subjugué, Scont entr’autres b asti un Fort qu’ils nomment la Nouvelle glande , dont nous parle- aíwA Jrons cy-aprés plus amplement, aussi bien que de plusieurs autres Isles qui avoifînentcelles-cy. Entrons dans la Province de Quangs, qui tient le treizième rang entrecelfes de cét Empire.