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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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184 l’Ambassade de la C.O*.des Prov. Unies

X u n n 1 n g , douzième Ville Capitale, faiíoit jadis une partie du Royaume deJunchangi les Tartares de la Race à’ivena s’en font rendus les maistres.Son territoi*re est affreux, de difficile accès, Ôc stérile pour la pluspart : on n’y fçauroit entrerque par un endroit, voires entre des vallées fort étroites. Ces Montagnars por-tent les cheveux -éparpillés, vont à pieds nuds, dévorent tohtes forte d’iníectes, nesçavent point tailler d’habits, ni en filer, 8c fe contentent de s’envelopper simple-ment d un mefchant drap, pour fe defendre contre le froid. Il n y a rien de remar-quable dans ce pais que le Puits de Quonin , dont les eaux furent suscitées par unvieillard qui frappa la terre de ion baiton, en disant ; forte eau des sombres ca-chots de la terre > 8c incontinent elle força fes prisons ôc sourdit à gros bouillons ; lebon vieillard à la veuë de ce prodige disparut. Beau miracle pour amuser les Idiots.KhcìHg , KioGiNG premiere Ville de guerre est defenduë de tres-bonnes murailles, Sc

ville mm- solides bastions: elle commande à six fortes Cités ) & à plusieurs Chasteaux battis**”** pour arrester les courses des Tungkinovs qui en sont voisins. Les habitans sontfort addónnés à l’agriculture, dont ils pourroient amasser des grandes richesses, s ilsnettoient si fort portés à la chicane, aux procès, & à la tromperie. A la vérité, nousne sommes point moins blâmables que ces Barbares, puisque qu il n y a presquepersonne parmi nous de quelque condition que ce soit, qui s exempte de disputer àquelque Tribunal ; il faut bien dire que l'homme est le plus contentieux de tous leSanimaux, qui fe plaist naturellement à l’injustice ; 8c que comme Platon le reprefen-te fort bien au commencement du second Livre de fa République, il ne fe portejàmáis que par force à ce qui est équitable ; de façon que fi nous possédions l’An-neau de Gyges qui rendoit invisible,nous ferions tous injustes 8c injurieux au dernierpoinct. Or comme il n’y a point d’animal qui vive naturellement en noise 8c endissension avec son semblable à l égal de l’homme; aussi a-t-on observé que les Chre-ftiens font entre tous*les hommes les plus hargneux, 8c les plus processifs, pour userde ce terme de Palais. Les Juifs , dit le Proverbe Espagnol, se ruinent aux folem-nités de leurs Pafques ; les Mores ,ou Mahométans ,aux fomptuosités de leurs nopces,8c les Chrestiens aux poursuites de leurs procès : Judios en Pafquas , Moros en Bodas ,Chriflianos en Pleytos ,gastan fus dîner os, C’est une malédiction que nous ne fçau-.rions trop déplorer ; 8c si j estois pour croire Pline , lors qu'il donne à la pierre Side.rite de couleur de fer, 8c qui vray-semblablement est V Aimant,la for ce démulti-plier les animosités entre ceux qui plaident, comme il attribué ailleurs au poissonEcheneù la faculté de retarder l'issuë des procès, je diróis que nous ferions tous en-sorcelés de quelque vertu Magnétique, & que f ennemi de la Foy auroit dépeupléla Mer des J{emores pour en infecter le Christianisme.

On trouve dans ce territoire force petits oiseaux nommés Xeyens , aises sembla-bles à nos hirondelles, dont les Médecins font un collyre contre le mal des yeux,qu’ils tiennent bien plus excellent que celuy qui est fait de l’herbe de l'efclaire. Aucouchant de la dite Ville de îQocing on voit le Mont de Fukin , qui enferme une fon-taine , dont l’eau aiguise 8c fortifie 1 esprit des enfans. Le mont de Xingung est cou-vert de tres-belles forests : celuy de Xemuen a un chemin de dix stades de longueurentre les rochers, ôte.

YMganjnu Y a o g a n , seconde Ville Militaire commande à trois Cités, & a fait autresíoisle Mthw- une p art j e d u Royaume de Tien, Son territoire est couvert de forests 8c de monta-gnes tres-divertiíiantes,au pied defquelles on voit des valleés tres-fertiles en fruits, 8cen grains,où on trouve aussi force musc. Non loin de la Ville on void un grand puitsd’eau salée, où on en puise pour faire du sel qui est tres blanc, dont on fe sert danstout le pais. On dit qu’il fe treuva par le moyen des brebis , qui avoient accoustu-mé de lecher la terre, 8c de la gratter avec leurs pieds, méme de l'égratigner avecles ongles ; jusques à ce qu’aprés avoir fort long-temps observé 8c remarqué cela,..on y rencontra finalement de la terre 8c de l’eau salée. L’Autheur de la Chine ap-

G lierre p y c- ~ ^ j -- — -- - — - — -- — — - —— —-— —-

sérié à u pelle les habitans de cette Contrée fous 8c insensés, bien que forts 8c robustes, à***** cause qu’ils préfèrent la Guerre à la Paix, qui est directement contre la Politiquedes Chinois qui aiment la paix 8c le repos, 8c aetestent la guerre. Pour moy je tien-drois plustôt le partj.de ceux-cy, car quand on fait réflexion sor la gloire des Césars8c des Alexandres , qui n a pour fondement que le meurtre de plusieurs millionsd’hommes,qui est-ce qui n admireroit qu’on fasse passer pour le plus illustre des Arts,celuy de faire la guerre, 8c pour un mestier héroïque , le desolateur du genre hu T