VERS L’EMPEREUR DE LA CHINE* 28s .
main ? Comment est-il possible qu une Bellone furieuse, Sc toute couverte de sang,trouve des partisans, qui aimênt mieux íes excès, Sc toutes ses injustices, que l’e-quitable proceder de cette divine Astrée , qui décendant du Ciel en Terre , distri- •bue par tout où elle paíse les grâces Sc les bénédictions du lieu d’où elle vient ? Ce-pendant la force Sc la violence l’emportent presque tousjours fur la raison ; &l’onvoit en tous endroits aussi bien qu’en Lacedemone , que les Estats n ont point de pluspuissante, ni de plus ordinaire persuasion, que celle des machines de guerre, Scdu tranchant de f espée; ratio ultima Regum\ ce qui fit representer à Sparte la DeeísePytbo, n’aiant pour tout ornement qu’une lance Sc un bouclier. Mais qu est enfindevenue c est belliqueuse Ville, qui ne faisoit profession que des armes, Sc qui te-noir pour cela son Mars Enyalius enchaiínê dans Tenclos de ses murailles, de peurquil les abondonnât ? Où font ces A thenìens si célébrés, quigardoient soigneuse-ment de méme une Victoire fans ailles, pour dire qu elle ne les quitteroit jamais ?
Si vous pouvés porter vostreveuë jusques au lieu de leur situation, vous n y verrez *qu’une solitude affreuse, Sc des marques horribles de ce que sçait faire le Dieu desbatailles, lors que renonçant à toutes pensées pacifiques, I on n’a point d’autre pro-tecteur que luy. Toutes les Souverainetés qui se conduiront de lá sorte, quelquespuissantes qu elles soient, ne se doivent pas promettre tost ou tard de meilleurs suc-cès i Sc quand je considéré que le plus illustre, Sc le plus sage Monarque, à qui Dieuait mis le diadème fur la teste, receut le nom de Salomon , ou d’ami de la Paix, j’en-tre facilement dans ce sentiment, qu on ne sçauroit sans elle se promettre aucun so-lide contentement. En tous cas, si la condition des choses humaines porte quil yait par fois des temps de troubles, Sc qu’on ne puisse pas tousjours jouir de f agréa-ble sérénité de la Paix, il faut se souvenir que cette Pallas armée des Anciens, Lcqu ils represcntoient la pertuisane à la main, avoit choisi l’Olivier pour son arbre ,afin de nous apprendre qu on ne doit jamais faire la Guerre, que pour parvenir à unheureux Sc pacifique accommodement. Je ne puis que louer Plutarque , lors qu ilobserve dans la vie de Pyrrhus , que la pluípart de ceux qui gouvernent, se serventtantôt de la paix, Sc tantôt de la guerre, comme de deux monnois différentes, qu ilsemploient selon que les affaires Sc les temps divers semblent le requerir.On ne man-quent jamais bailleurs de trouver des étourdis tels que ce Pandarus dans Homè-re , qui soit par inconsideration, soit par malignité, donnent lieu aux ruptures d unepaix, quelque bien établie quelle soit, Sc par elles à toutes les calamités qui les sui-vent. Elles ne sont pas certes en petit nolnbre, Sc si la Paix se peut appeller unesanté politique, la Guerre íans doute doit passer pour la plus grande maladie desEstats. C’est ce qui a fait donner à cette derniere le nom infâme qu elle tient de lalangue Latine Bellum à Belluù, Quelques-uns se fondent fur ce que lespremieresguerres ont esté contre les b estes ; d’autres le prennent de ce qu’íl n y a gueres quedes gens d esprit grossier Sc brutal qui s’y plaisent, & c’est pour cette raison que lesChinois, qui veulent passer pour subtils, Sc ingénieux haïssent la guerre, Sc les guer-riers , Sc aiment la Paix, de laquelle ils obtiennent toute sorte de biens.
Cioking troisième Ville Militaire comprend sous soy trois bonnes Cités, cîoUng,dont les habitans font un grand trafic de muse, de pommes de pins, Lc de tapis. Ils viUevont armés d’arcs Lc de flèches, Sc ne portent pas de parasol ni d’éventoir commeles Chinois. On voit dans son territoire plusieurs montagnes,dont lune est nomméeXepao , fur laquelle sont plantées diverses colomnes-& statués, qui represententl’IdoledeEé, un Eléphant, un Lion, une Cloche, & un Tambour. AuZud-Estde cette Ville 3 il y a une fontaine d’eau chaude, dont les Phtisiques, & ceux quisont íujets aux obstructions, y reçoivent aisement guérison, quand ils s’y lavent.
V u T1N G, quatrième Ville Militaire, commande à quatre Cités environnées Vum*,d’un terroir tres-fertile,tres-gras,& tres-divertissant.On voit force troupeaux de bre - v%lubis dans ses prairies. Ses montagnes sont aussi tres-agreables. Les Planettes se plai-sent d’y travailler aux mines d’or, d’argent, Sc de cuivre, Sc d’azur de roche : LeLuxe y produit du muse Sc des pierres précieuses de grand prix ; Le plaisir y a dresséses parterres de fleurs différentes avec aes forests tousiours verdoyantes, Lc spécia-lement fur la montagne de Cokieu , c’est à dire, Printemps perpétuel: La santé yprepare ses remedes, Sc ses préservatifs dans la fontaine ae Hiangxui , c’est à dire,eau odoriférante, laquelle estant beuë avec du vin, ou avec une liqueur faite de ris,
- conforte Sc fortifie extremement un malade, affoibli dune longue maladie. La
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