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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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x8á l’Ambassade de la C. 0\ DE8 Prov. UniesNature en a fait le theatre de ses merveilles, en faisant naistre dans le Lac de Hoeì-nìao des petits oiseaux noirs, des feuilles d’un certain arbre, qui tombent dans seseaux. L’Horreur y veut aussi porter íes alarmes, lors que dans la caverne de çokieu,on porte ses yeux fur une statue, qui ne pouvant souffrir les regardans, suscite à l’in-stant des tempestes, & des foudres si épouventables, que les coeurs de ces témérairesen deviennent tous glacés.

Cintïen\ v. C i N T i E N, cinquième Ville Militaire a un territoire aussi fertile que le prece-Mìiuaire. dent, Sc n'a pas moins de bergers Sc de laboureurs qui le cultivent. Les habitans quidemeurent vers la montagne d‘ Info , font presque tousiours sains & bien dispos, àcause de la température Sc douceur de l’air. Le Lac de Che ( qu’on nomme aussi lamer de Cìngxuì ) arrouse presque toutes les Montagnes de cette Contrée, où il re-çoit Sc se fortifie de force torrens Sc ruisseaux.

tikang, k Likiang, siziéme Ville Militaire, est habitée par quelques anciens peuplesMilitaire. £hi no i s , q U i pourtant en retiennent fort peu les mœurs, à cause du voisinage, Scde la conversation qu ils ont avec des peuples mal nourris, Sc élevés. Ils font fortaddonnés à la boisson, Sc prennent plaisir à s’eny vrer, à sauter, Sc à chanter : ils sça-vent fort bien manier un cheval, Sc tirer des steches. Leur pais est gras, fertile, Sctres riche en or, en pommes de pin, Sc en ambre. On y voit vers le Royaume deTibet le mont de Sive , qui est tousjours couvert de neiges. Le mont de íÇincin estrenommé pour toutes les pierres de differentes couleurs, qui ne representent, Sc nefigurent que des chevaux.

penkiang. Juenkiang setiéme Ville Capitale avoisine les Royaumes de Laos , Sc de. Tungking , Sc a une Forteresse pour la garde Sc defence de son territoire, qui senomme Lopie » On y trouve force lin, Sc force ebene : la palme Sc l’herbe ûAreca ycroist aussi abondamment : Les Paons y foisonnent. La montagne de Totai embellitextremement cette contrée à cause de sa verdure, & de sa beauté : il faut bien direquelle enferme des grands thresors, puisque les habitans lappellent toute riche Sctoute pretieule.

funchang . Jungch ang huitième Ville Militaire, fut jadis la Capitale du puissant Roy-v. Miiìt. aume à Gaìlao , Sc depuis servit de séjour aux Rois de Junchang , Sc en âpres à ceuxde K^nchi. Elle n’a maintenant que quatre Cités, Sc trois Forts, sous son obeïíïànce.Les habitans ont les mœurs differentes de celles de leurs voisins, car il y en a quicouvrent leurs Dents de lames d’or pour parêtre plus opulens ; d’autres qui se plai-sent à les porter fort noires, qu’ils peignent artistement avec une forte couleur pourse monstrer plus gentils, Sc se moquent des étrangers qui portent les Dents blanchescomme font les Chiens & les Singes. Les plus solastres qui ne veulent pas estre re-devables à la Nature, font peindre íur leurs visages Sc fur leurs corps des passages,ou des portraits de quelques Idoles : ils plastrent leur peau de diverses marqueteriesà la façon des Truittes : ils la percent avec une aiguille, ou avec un couteau pour larevestir de noir. C'est ainsi que les femmes de Thrace se couvroient, du temps deDion Chrysoflome , d’un nombre de Stigmates, ou Balaffres, proportionné au dé-sir qu elles avoient de faire paroistre leur courage, Scieur noblesse. Sc sans douted’augmenter par là leur beauté. L’on auroit peine à le croire, si les Voyages de longcours ne nous avoient fait voir des personnes avec des visages troués Sc découpés

E ar taillades, exprès pour en augmenter les grâces. Le nez camus des Mores , aussiien que des femmes de Tartarie , les fait estimer plus aimables ; Sc la noirceurdes Ethiopiennes , de méme que celles de Groënland, puisque nous apprenons quenonobstant son voisinage du pôle, ilynaist des Negres comme en Guinée, a sescharmes aussi puissans que ía blancheur parmi nous, Sc la couleur olivaste en beau-coup de lieux : en forte que je trouve que la Beauté n est qu’un pur ouvrage dé no-stre imagination, sujette à mille variétés.

Le territoire de Junchang abonde en or, en ambre, en cire, en miel, en mar-bre, en lin, en soye, en pierres précieuses, & en èlephans* Il enferme diversesmontagnes : celle de Mocang a un sommet qui surpassé les nues : celle de Gailo , oude GWo a un puits fort profond, duquelles habitans tirent vers le Printemps unprésagé infallible de l’abondance ou de la stérilité, par la hauteur de ses eaux. Ony trouve aussi une pierre qui represente la forme Sc la figure d’un nez d’homme, quijette par une narine des eaux chaudes, Sc par l’autre des froides.

Il y a encore dans cette Prouince deux Cités Militaires - qui ne sont sujettes à au-cune