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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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s Description General*

Juge dans toute la Chine que le genoiiil en terre. Aussi leur erige-t’on des Temples,máme de leur vivant, lors qu’ils se sont dignement acquités de leur devoir. Et bienque l'on ne leur déféré pas de si grands honneurs par tout, si est-ce qu’il n’y a pointde Nation si barbare, de Police si déréglée, ni de Religion si monstrueuse, dont lesLoix ne conviennent en çe poinct, déporter du respect auxMagistrats. J’avoiiequ on a grande raison de soutenir qu’encore que cela leur soit deu, il s’en trouvepar fois de si indignes dè leur condition, 8c d une vie tellement scandaleuse, qu oncr oit estre diípensé de les honnorer, pour ne donner pas au Vice trop apparent, cequi n’appartient qu’à la Vertu. Les Charges sont des bases qui font voir les défautsausti-tôt que le mérité des Statués quelles representent. Et l’on peut dire encore* qu estes ressemblent aux riches parures, 8c aux superbes habstlemens, qui augmen-tent les bonnes grâces des belles personnes, & ne servent qu a faire paroistre la dif-formité des laides.

Combien de fois les plus hautes dignités nous ont-elles fait reconnoistre l’indigni-té de leurs Titulaires ? Car les Chinois disent, aussi bien que les Grecs, que la Magi-strature découvre l’homme à nud, 8c monstre quel il est ; 8c ce qu ’Ariftote a attribuéméme à Bias , 8c Diogenes Laërtius à Bit t âge , n est pas moins à la confusion, qu’à la-vantage de ceux quil'exercent. En remplissant un vase de quelque liqueur, on s’ap-perçoit aussi-tôt de son vice s’ii est feflé,que de fa bonté s’il est entier. Et l’Edilité de-vient honorable entre les mains d 'Epamìnondas , un mal-habile homme diffame leConsulat,rend honteuse la premiere place de son pais. Qiaelle apparence donc detraiter également des sujets si différents, & de ne mettre point de différence entre unConseiller rempli d’autant de suffisance que dë mérité, 8c entre un homme de Justi-ce,qui porte neantmoins les habits d’un Saltinbanque, d’un Officier de Cabaret,d’unMagistrat enfariné à la mode,&d’un Juge fans jugement^So/o» permit par ses loix detuer un Magistrat qui íèroit rencontré yvre. Fefyasian traitta avec rigueur aucuns defesConseisters mal-vivans,de peur que ses sujets ne retinssent quelque mauvaise tein-ture : Les gouverneurs 8c les maistres ayans cela de propre, qu’en tout ce qu’ils fontils versent leurs esprits dans celuy de leurs sujets, qui ne font souvent bons, ni mau-vais , que par le rapport qu’ils ont à la vie de ceux dont dependent leurs fortunes.

Les petits Mandarins avec leurs Adjoins sont obligés de faire chaque jour le rap-

Ï >ort à leurs Supérieurs ou Gouverneurs de tout ce qui s est passé dans í’enclos deeurs Villes, 8c au dehors. Et s’ils tiennent quelque chose de caché, qui soit au désa-vantagé du païs,ils sont punis comme traîtres 8c infidèles; ainsi arriva-il à Canton pen-dant nostre séjour, où un Mandarin fut assommé à coups de massues par le comman-dement du Vieux-Vice-Roy.

Personne ne peut exercer la Magistrature en son païs, de peur que ses parëns 8camis ne soient épargnés, cependant que nos Magistrats qui se disent au dessus desloix, & qui les interprètent, comme ils veulent, abusent dune chose bonne ensoy, 8c font que nous souffrons de ce qui devroit causer nostre principale félicité.Il n’y a que les Généraux & Officiers des Armées qui peuvent exercer leurs chargesdans leur propre païs, les croyant plus zélés pour ía defence que les étrangers. Lesfils mémes & domestiques des Magistrats sont obligés de s’enfermer dans leurs lo-gis , de peur qu’estans corrompus par quelques factieux 8c mutins, ils ne viennentaussi à corrompre leurs propres Peres.

u chine de - Personne ne peut entrer dans la Chine , orímis les Ambassadeurs,à moins qu il n aitfendue aux la volonté d’y finir ses jours ; si forte est Lopinion de ces peuples, qui sont persua-étrangers. paíï^s plusieurs siécles, qu’ils seront un jour trahis 8c vendus à quelques Princesétrangers. Ils ne peuvent pas méme trafiquer avec leurs voisins, fans la permissiondel’Empereur. Et lors que la nécessité requiert d’envoyer quelque Ambaííàde end’autres Royaumes, à peine peut-on trouver quelqu’un qui la veuillent entrepren-dre , & lors qu’il l’accepte, il est regretté 8c pleuré de toute fa Lignée, non plus nimoins que s’il estoit porté au tombeau.

ion def an Personne ne peut porter des armes dans les Villes ; les Soldats mémes, les Gene-raux d arm ées, 8c les Sçavans ne sont pas plus privilegés que les Bourgeois en cecy,à moins qu’ils soient obligés de passer monstre, ou d aller à la guerre, laquelle estantfinie ils sont tenus de les remettre dans le magazin public, jusques à la premiere oc-casion. Si on en trouve dans quelques maisons champestres,ce ne sont que quelquesespées enroiiillées pour se defendre contre les brigands. S’ils ont quelques grosses

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