de l’Empire de la Chine. 9
querelles,, ils emploient pour toutes armes la langue ; où les ruses & la mine hardietriomphent, parfois contre toute raison-, Sc lors que les parties^cleViennent tropéchauffées, elles decident le tout par des brusques soufflets, Sc coups de poings* Ilssont ennemis jurés des Duels, qu’ils tiennent transformer la nature - dés hommes eno«e/àMune brutalité du tout sauvage Sc cruelle : Belle leçon pour nos Europeans qui mesu-rent leur vaillance par un cartel de deffi. Ces misérables tantost pour Interpréta-tion d une parole, & tantôt par pure gayeté de cœur se provoquent, Sc se donnentl’aílïgnation, choisissent des parrainscomme s’ils vouloient faire un baptefme d’urfsacritìce des furies ,• ils empruntent des seconds, qui entraînés tyranniquemenffparles loix d’un vain respect, qui n a autre fondement que la folle cervelle des hommes;vont de sang froid hazarder leur vie en un malheureux combat, dontre un homme*qui ne les a jamais offensé, ni méme connu. Tous ont bien souvent plus de mineque d’envie, leur face plus hideuse que celle d’un treípassé de quatre jours qu’onviendroit de tirer du sépulcre, monstre 1 horreur qu’ils ont de leur entreprise, leurcœur tremble en la considération du danger auquel ils s'exposent, Sc leur bouchene quitte pourtant jamais les rodomontades. Us cherchent les lieux écartés, comme'les Sorciers, Sc quelques-fois au clair de la Lune, ils consomment cette détestableboucherie, ne voyans pas que Dieu les regarde avec autant d’yeux de vengeanceque le Ciel a d’estoiles. Au bout de tout cela, ils pensent faire une action pleine decourage Sc fort héroïque. Que peut-on reípondre à cecy,sinon que de dire avec lesChinois que cette passion est une rage plus que brutale, qui a pour son appannagela mort du corps, la perte eternelle de l ame, l ire de Dieu inévitable, la colere desRoix, lá foudre des Loix, l'execration des justes, Sc la malédiction du Ciel Sc de laterre. Les mêmes Chinois dégradent des prérogatives de Noblesse,& de leurs Char-ges, tous ceux qui veulent vuider leurs differens par quelque combat, disens que ceiont des marques des hommes imprudens, lafches, voires possèdes du malin esoràEt en effét, un jeune Seigneur qui a quelques fois pere Sc mere, femme, ensens <honneurs, richesses, delices en la vie, iroit-il de sang froid, se priver de tout cela >descendroit-ils les yeux ouverts en Enfer, s’il n y avoir quelque esprit noir de l’abys-me qui le trainast au dernier malheur ? II fait pour une mine un peu froide, & uneparole égarée,ou un caprice d’eiprit,ce qu il ne feroit ni pour Dieu,ni pour son Roy,ni pour le monde. Il faut bien dire qu’il y a de la maladie des petites Maisons, Scvous prenés cela pour vaillance ? Venés, Duelistes, venés à l’Eseole d’un des plusgrands Empereurs du monde Auguste César , Sc vous y apprendrês, par la refponfequ’il sit à Marc Antoine lors qu’il le provoqua en duel, que quand bien le désespoirde vos affaires vous auroient réduits à cette rage de haïr la vie, vous deveriez enco-re chercher d’autres voyes de mourir un peu plus honnestes que cette carnacierefureur. Si vous dites que c est une reíponse de couard,je vous repliqueray que ce futcependant ce couard, qui a fondé le premier Empire du monde, luittant à force debras contre un torrent d’armes Sc d’opinions qui luy en fermoient l’entrée, contrai-gnans tous les plus forts de se soumettre à fa valeur, Sc celuy qui le provoquoit avectout son courage, est mort entre les bras dune femme, la rage Sc la mollesse parta-geant les restes de se vie,aussi bien que le triomphe de fa mort. Ne voila pas un beaucourage ? Quoy que c’en soit, en refusent le Duel, on ne peut, me dires vous, éviterle déshonneur du monde. Mais,je vous prie,qui est-ce monde, un tas d’écervelés, Scde testes creuses : si vous avés juré de leur plaire, leur faisent un sacrifice de vostresang, de vostre vie, & de la damnation de vostre ame, n’estés-vous pas les plus misé-rables esclaves,'qui furent jamais dans les ceps des Arabes, ou des Sarrazins > Avisezdonc à vivre au monde, soulans aux pieds les opinions du monde, assujettissans lesloix de la terre à l’Empire du Ciel, Sc vous n’aurez alors que trop de courage.
On peut diviser tous les Magistrats de cét Empire en neuf Ordres, aufquels on tieufordretdistribué tous les mois quelques sommes d’argent, & secs de ris, pour l’entretien de Ma S*~leurs familles, mais assés chichement, puis-que les Magistrats du premier Ordre ne^tirent pas annuellement mille efcus de leurs Charges ;& à la vérité s’ils n’estoientpoint par fois gratifiés de quelques presens, ils auroient aises de peine à entretenirleur train.
Tous les Magistrats tant des Conseils des Philosophes .que de ceuk de la Milice,tant grands que petits, portent un méme sorte de chapeaux ou bonnets, pour une- soeciale marque de leurs dignités ; ils sont tissus de soye noire, Sc ont aux deux
B côtés