Buch 
L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
Entstehung
Seite
12
JPEG-Download
 

xi Description Generale

à droit cotté d, signifie Wang , défi à dire Roy : avec un poinct au costé droit cottê e,signifie Joy pu Ju qui veut dire une Perle : mais lors qu’il est au costé gauche cotté/,signifie Sem , qui veut dire creer , ou vie. Finalement le poinct: mis au dessus cotté Asignifie Chu , ou Seigneur.

L’on trouve dans la Bibliothèque de la Chine un certain Livre nommé Tehstig ,dont les figures misterieufes & allégoriques font assés conformes aux Caractères sus-nommés. C’est de ce Livre que les Astrologues puisent toutes leurs prédictions, qui. font le plus souvent autant ridicules qu erronées.

Il n’y a point deïangue qui ait tant de mots à double sens que la Chinoise, & quise doive comprendre par la diversité des sons. L’incommodité qu on en reçoit estfort chagrine, veu que personne ne peut rien écrire en cette langue de ce qu on luylit - ni méme en rien comprendre, à moins qu’il prenne le livre en main, pour y re-çonnoistre le double sens par les caractères, qui ne se peuvent distinguer par l’oiiye ;il arrive méme bien souvent qu’en parlant l’un ne peut entendre ce que l'autre dit:de forte qu’on est obligé non pas seulement de repeter son dire, mais aussi de ré-crire ou le marquer soit avec de l’encre, soit avec de l’eau, ou autrement. Cesdoubles sens se peuvent oster en quelque façon par cinq sons, ou tons principaux,qui font difficiles à estre distingués à cause de leur douceur. Une syllabe reçoit sou-vent par cette variété de tons (& spécialement entre les étrangers) cinq diverses sig-nifications. Il n y a pas aussi un mot qui n’ait un de ces tons, voires qui n’ait vingt outrente significations, selon la diversité des aspirations de ceux qui ont appris cettelangue dés leur berceau ; Ce qui y est bien difficile à l’étranger d’observer. Té-moin le discours d’un Italien tenu à un Chinois, lequel, voulant raconter qu’onbastissoit dans l 'Europe des Navires aussi hauts que des Tours, donna la méme aspi-ration au mot qui devoit signifier Tour , que l’on doit au mot qui signifie une Tuille.Ce qui ne. donna pas peu à rire au Chinois, qui demanda à l’Italien si on bastisiòitdes li grands fours en son pais, pour y cuire des milles si élevées. De forte que pourne pas tomber dans semblables erreurs, les étrangers mieux hupés s’étudient a ap-porter souvent deux ou trois divers mots en leurs discours, qui signifient une mé-me chose.

íeti'iniien- Les PP. Jésuites qui font'envoyés dans cét Empire pour y prefcher l’Euangife,tion des pp. ont i nv enté cinq marques ou points qu’ils mettent fur chaque mot, & sçavent expri-fejHites. mes ^ tons hauts & bas par le moyen d’iceux: Ils font ainsi marqués A — ' ' v &c est par ces signes & traits qu ils peuvent signifier & exprimer diverses choies : parexemple, & ahn de vous faire mieux concevoir, Tâ marqué d’un accent circonflexe,signifie DieUy Td accentué d’un accent aigu signifie une Muraille , Td noté d’un ac-cent grave, signifie lourdife ou stupidité , Ta accentué d’un circonflexe renversé sig-nifie une Oye , & ainsi dune infinité d’autres, dont la connoissance esttousjoursim-parfaite, & spécialement aux étrangers,Sc méme aux menus peuples, qui ne peuventpas si bien comprendre ni retenir ces iliades de notes Sc d’accents que les Lettrés,qui emploient par fois vingt années entieres avant que d’en avoir acquis une plaineconnoissance. On attribué le sujet de ces doubles sens à ce que cette Nation futtousjours plus portée à bien écrire qu’à bien parler, disant que l’eloquence, consiste

Í dustôt en récriture qu’en f expression des mots, Sc qu’il faut fur tout avoir égard àa pensée, comme à celle a qui toutes les paroles font subordonnées. Et en eflét lesgrands hommes ne songent gueres qu’aux bonnes pensées, & ils ne regardent lesparoles qu’autant qu’elles ónt la verni de bien expliquer leurs sentimens. Etquoyque le Pere de l’Eloquence Romaine ait préféré,au i. 1. des Offices,l’Eloquence ver-bale à la pensée toute nue, si est-ce que je crois qu’il n’a voulu dire autre choie, si-non qu’une belle pensée produite au dehors avec éloquence, vaut mieux que cellequi pour estre retenue au dedans fans íe manifester, demeure par ce moyen inutileà tout autre qu à son auteur. Mais hors de cette considération du profit qui peut ac-compagner les belles paroles, il s’en faut tant qu’elles soient préférables à la bonnepensée, que celle-cy comme superieure les rebute par fois, & leur substitue judicieu-sement le silence.

Les Japonais retiennent encore un nombre infini de caractères Sc d’accents,qu’ils ont emprunté des Chinois leurs voisins, mais je 'crois que ce ne fera que pour. peu de temps, veu qu’ils commencent à recevoir les Alphabets, Sc les façons d e-crire de nos Europe ans , qu’ils trouvent mille fois plus faciles que celles de leurs Pè-res,