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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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DE LÍMPIRE DE LA CHINE. ï|

res, qui ont blanchis dansl’efhîde de semblables laborieux caracteres .1 Lk§ Is/s-nois encore se servent & employent quelques fois le D ^&1 H, ce qui n’ejfp,as,uíité>

& ne s’observe jamais parmi les Chinois , pasrœ qu ds n’ont aucun de çe$ Ideux cara-ctères. Poux i’R, c’eít une lettre qui ne peuvent jamais exprimer , ni .prononce#,quelque soin 3c diligence qu’ils apportent. *• j.: o

L'Eseriture des Chinois se tire du haut en bas comme les HierogiiphjqueS des IeíEgyptiens , Sc elle exprime les choses entieres, ou les dictions sans~settres, en telse tZaZlí*forte qu elle se peut lire en toutes langues s en quoy ils diffèrent de tputesjes Na-.rions du monde, qui écrivent ou de droit à gauche, comme les Heárem , ses Chah-,deens , les Syriens , les Arabes , & Egyptiens , ou de gauche à droit comme les Grecs>

Latins Sc autres peuples de P Europe , Lee. Encore que chaque Province ait ion pa*tóis particulier, iì eít-ce que les habitans ne se servent que des mémes livres, Lc ca-ractères , dont ils peuvent tous comprendre aisément le sens. II y a aussi en cet Em-

{ >ire une autre Langue generale, que les Chinois appellent Quonhoa , c’est à direangue de la Cour, ou des Tribunaux dont on se sert non pas feulement dans lç$

Conseils & Parquets de Justice, mais aussi dans toutes les meilleures maisons no-bles Sc bourgeoises : Et c est en cette feule langue que nos Europeans se perfection-.nent, pour se faire entendre, à cause qu elle est plus facile Lc mieux regsee ; Lc com-me elle surpasse toutes les autres en quantité des lettres, aussi est-elle beaucoupplus eseharíe en mots, car elle n’en a que trois cens Lc vingt-six qui font tous d unesyllabe, & quz.se terminent presque en voyelle, orsmis quelques-uns qui ont leur ter-minaison en M, ou en N.

* La brièveté de cette Largue est si agréable, que j’oserois presque luy donner lepremier rang entre toutes celles qui nous font connues jusques à présent : Car lorsque nous voulons exprimer en nostre Langue la façon de manier quelque chose,soitavec la plaine main, ou avec certains doigts, nous sommes obligés d'y adjouster leverbe, Manier z mais les Chinois se sçavent exprimer tout autrement ; car chaquenom signifie le verbe, Lc en méme temps la maniéré de le faire : par exemple Nien ,signifie Prendre avec deux doigts ; T%o , prendre avec un doigt entier ; Chua pren-dre avec tout le creux de la main ; Tcie , prendre avec la main ouverte jusques auxdoigts. Le méme se void au verbe Stare , ou Efire debout s Car fi nous disons ,foùdebout au logû s fm debout èn mangeant , ou fois debout en dormant , les Chinois ontun verbe qui signifie en méme temps estre debout en toutes ces postures. Lors aussique nous voulons exprimer le pied d’un homme, d’un oiseau, ou de quelque ani-mal, il nous faut necessairement y joindre le mot de pied, mais les Chinois n ontqu un mot pour cela, car KJo est le pied d‘un homme, Chua , la patte d’un oiseau, LcThi , la patte ou le pied de tous animaux.

La plus essentielle partie de la Philosophie des Chinois, fut la Morale s Sc en effét J* ^/«si-ses préceptes sont les Georgiques de nostre ame ; Lc l'amour de la vertu qu elle nous enseignée*imprime,est le seul bien qui unit à Dieu tous les hommes de quelque condition qu’ils P* r le Pbimsoient, Lc la vraye marque qui les distingue du reste des animaux. On peut dire par- cLfJm.ticulierement à f égard des Rois, que fans elle ils ne règnent qu a demi, si c’estregner en quelque façon que de commander au dehors, Lc estre chez soy dans laservitude. Un des plus beaux mots que nous ayons dans Diogene , est celuy qu’il dità Alexandre , lors de leur conférence Alexandre se croyoit le plus grand Monar-que du Monde, & Diogene qui prenoit son plaisir de tout, luy fit entendre froide-ment , que bien loin d’estre son inferieur, il avoit l’avantage fur luy d’estre le mai-ftre de ses maistres. Sans mentir, ce Philosophe avoit raison au sens qu’il le prenoit,j8c s’il avoit véritablement domté ses passions ; puis qu 'Alexandre , comme tant d au-tres , estoit esclave des siennes, nonobstant toute ía puiííance. Il n’y a que la disci-pline des mœurs qui nous apprenne comme il faut soumettre à la raison de si dange-reuses ennemies. Sans son aide leur tyrannie n’a point de semblable ; elles sont cessuperbes Geans qui attaquent Jupiter méme dans son Thrône ; Lc il n’y a point dePotentat qu elles ne précipitent enfin dans une infâme captivité. Je ne trouve per-sonne entre tous les Philosophes Payens du Levant, qui ait fait des meilleures ré-flexions sor tout ceci que le Philosophe Confutius , dont les Chinois ont la mémoireen telle vénération, qu’ils élèvent fa Statué dans les Temples, avec celles de quel-ques-uns de ses Disciples. Ce n est pas pourtant qu ils le tiennent pour un Dieu, niqu ils l’invoquent en leurs prières ; mais ils pensent qu’apres le souverain Estre, l'on

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