de l’Empire de la Chine. 23
íbit dans leur théorie, soit dans leur pratique ordinaire, si peu analogues à la Na-ture , je veux dire qui n’ont pas aisés de rapports à tous ses efféts. Ils ne se verroientpas réduits, comme ils font souvent, à la nécessité d'accuser nos Dessinées, Sc deprendre le Ciel à garand du mauvais succès de leurs cures. Pour en parler franche-ment , la plus-part d eux promettent trop, & tiennent trop peu. Car si la Medecinen’est rien íëlon Platon , & Galien méme , qu'un art de conjecture, & si cette con-jecture ne peut estre pBise pour autre chose que pour une connoiísance imparfaite,
& moyenne entre le íçavoir, & l’ignorer ; pourquoi ne temperent-ils pas tous leursdogmes d’un grain de Sceptique , & pourquoi ne íìibstituent-ils pas des doutes in-génus & raisonnables, en lá place de tant d assertions trompeuses, & de tant d axio-mes contestés dans leurs propres Escholes. Quant à moy, je pense que l’Epoche ypeut estre admise sans leur faire de préjudice ; & f estime que je fais de la modesteretenue de cette secte me fait croire aisément, que le Médecin XJranius EpheSliqueou Pyrrhonien , comme le décrit Agathicis , n’eltoit point si ignorant quil le repre?.sente, veu sur tout le grand estât que fit de luy Cosroës Roy de Perse , qui ne man-quoit pas vray-semblablement d'excellons Médecins. L’on pourroit donc soupçon-ner que ceux de son métier le décrièrent, comme il arrive tousj ours quand quel-qu’un se séparé d une cabale puissante.
Pour retourner à nos Médecins Chinois, ils se servent ordinairement de cautè-res actuels & de frictions ; ils emploient fur tout les simples & les décoctions, lesrefrigeratifs, & le regime de vivre pour temperer la masse du sang, & affirmentque íi le pot bout, il ne faut pas pour cela répandre & verser le bouillon, mais qu ilfaut oster le feu pour l’empescher. Le P. de Rhodes remarque quils font Médecins& Apothicaires , comme aussi au Royaume de Cochinchine , & que leurs Medeci- 1nés ne font si cheres, ni si fâcheuses à prendre que les nostres. 11 asseure quils nepurgent point aux fievres intermittentes , se contentant de donner des medica-mens qui corrigent le tempérament des humeurs fans évacuation extraordinaire. Ildit méme que de certaines familles font en possession d’enseigner cét art de pere enfils ( aussi n y a-il pas dans la Chine d'Escholes publiques à cét effét ) aiant des livressecrets pour cela, qu ils conservent fort soigneusement sans les communiquer. Etil nous apprend que plusieurs divisent le pouls en trois parties, dont la premiere ré-pond à la teste, la seconde à lestomach, & la troisième au ventre, touchant pourcela toujours avec trois doigts ce méme pouls,. Nos Livres vous peuvent avoir en-seigné qu’on a distingué parmi nous vingt especes de pouls simples, qui se peuventmêler les uns avec les autres, & beaucoup d'autres choses dontl’Esehole s’entretientfur ce sujet: Mais peut estre n’avez vous jamais ouï parler de cette division ternairepratiquée avec trois doigts pour prendre indication de ces trois parties du corps hu-main ; laquelle à la vérité je ne voudrois pas vous cautionner pour irréprochable a-natomiquement parlant. Tant y a H errera aVec plusieurs autres confirme presquetout cela en parlant de la Medecine des Chinois .
Il n’y a point d’Escole publique en la.Chine ( comme quelques Relations avan- rw y a patcent ) mais chacun entretient un Pédagogue à fa fantasie dans fa maison, à cause de d ^/^ q 0 lt l e e mla difficulté des caractères Chinois qui se doivent monstrer au doigt, & de la trop u chmt.\grande liberté que pourroit prendre la jeunesse en sortant du logis, & en conver-sant avec d autres.
Ceux qui Rappliquent à la Morale (dont nous avons amplement traitté cy de-De-vant ) & qui aprés un examen y ont esté trouvés capables, sont élçvés à trois divers felsfavLt ¥Degrés d honneur ; dont le premier est appellé Sieucai , le second Kiugin , & letroisième Cinfu , & cét examen ne consiste presque qu’en écriture.
Le Degré de Sieucai se donne en chaque Ville par le Ehio ou Chancelier autorise 1. vegrLà ces fins par l’Empereur, non toutesfois fans une préalable résolution de quatreGouverneurs, qui de quatre ou cinq mille Examinés, n’en choisissent & élèventpar fois que deux ou trois cens à ce Degré, auquel personne ne peut parvenir qn’a-prés trois examens bien exacts & rigoureux,âpres lesquels le Chancelier les déclaréBacheliers, & commande à un chacun de les reconnoistre & honnorer comme Sça-vans, &: dignes d’estre avec le temps avancés aux hautes Charges. Ces Graduezportent pour marques une Robbe , un bonnet , & des bottes , dont le portnestpermis qu a eux seuls. Ils tiennent un rang tres-honnorable és Assemblées publi-ques , sont doués de tres-beaux privilèges, Lc ne sont responsables, & ne peuvent
estre