i8 Description Generale
pour T Art qui s occupe à la dissolution ,6c à la coagulation des corps naturels, jepense qu il nous designe l une des plus considérables parties de la Physique. LaChymìe qui fe contente de travailler tant fur les plantes 6c les végétaux, que fur lesminéraux Sc les métaux, pour les refondre autant que faire le peut en leurs pre-miers principes, n’a rien que de fort digne d’un esprit Philosophique. Toutes lesopérations qui fe font par son moyen, 6c selon fes réglés méritant autant d atten-tion, qu aucune autre qui depende de quelque science que ce soit. Et ceux qui s’ad-donnent à cette forte d’estude par une pure affection de s’informer des secrets de laNature, découvrent tous les jours mille merveilles dans leurs fourneaux ; qui ne fevoyent point ailleurs, Sc qui outre leur rareté peuvent estre de tres-grande utilité àla vie. Mais pource que beaucoup n’estiment la Chymìe qu’autant qu elle s'appliqueà la transmutation des métaux,& qu il y â des personnes qui ne nomment ChymistesSc Philosophes par excellence, que ceux qui travaillent au grand œuvre, comme ilsparlent, 6c qui cherchent la Pierre Philoíbphale ; je déclaré que ce n’est qu'à ceux-cy à qui j’en veux, & qu’il n’y a que cette derniere eípece de Chymìe , dont je con-damne la vanité, 6c contre laquelle je croye qu’on doive donner des préservatifs àla jeunesse, à cause de fes grossières impostures, dont les Livres des Chinois íòntremplis fur toutes les Nations de l’Univers. Ces insensés (suivant la loy de leur pre-mier Précepteur Hoangtìas , qui vivoit plus de deux mille cinq cens ans avant laNativité de Chrìfl) jeufnent Sc s’abstiennent de leurs femmes, devant que de fe met-tre à chercher ce premier des métaux, s’imaginans qu a faute d’obferver cela, ils -ne le peuvent rencontrer, de mefme que les Arabes ufoient autresfois d une chaste-té exacte ; lors qu’ils fe vouloient appliquer à la récolté de l’encens. Mais toutes cescérémonies ne rendent pas plus heureuses leurs entreprises, Sc lors qu’ils fe vantent,de convertir le vif argent en bon argent par le moyen d’une herbe, dont ils croientque les Peres Jésuites font en poslèssion, ôc d’en avoir donné des preuves par devéritables projections, je réponds que tout ce qu on en a dit n’est fondé que íur desnarrations fabuleuses de quelques personnes qu’on fait passer comme des Juifs er-rans, ou Rofe-croix, aprés avoir ébloui la veuë de quelque pauvre credule, si tant estqu’il y ait un seul mot de vérité en tout ce qu’on en conte. Car ceux qui fe mêlentde ce métier, aprés avoir esté trompés par d’autres, prennent ordinairement plaisir àfaire les mémes fourberies,qu’iís ont fouffertes, Sc tafchent bien íòuvent à fe récom-penser par là. Tantôt ils ont de faux Sc doubles creusets ; une autre-fois le charbondont ils les couvrent est plein de poudre d or, Sc le plus coûtumierement imitent letrait de Brutus , qui porta de l or au Dieu de Delphes dans un baston qui le cachoit.On tient que Xa?iga de la Chine (de méme que le fameux Bragadìn de Venise) avoitune verge de fer pareille,au bout de laquelle un peu de cire arrestoit la limaille d’or,qui tomboit dans le creuset, aussi-tôt qu’il feignoit de remuer ce qui estoit dedans.Arnauld de Vìlleneufve fe servit fans doute de quelque tour de passe-passe semblable,si tant est qu’il ait fait dans J{ome ce qu’on luy attribué. Mais la plus grande partie dece qu’on veut faire passer historique fur ce sujet; n’est rien qu’une pure inventiond’hommes,qui ne font jamais si ingénieux, que quand il est question de s’entrabufer.Arnauld de Vìlleneufve , par exemple, estoit un des plus renommés Médecins de sontemps, qui fe fervoit de remedes Chymiques fort heureusement ; Sc pource qu’ilacquit par là de grands moyens auprès des Papes & des Rois de Sicile , il a laiíse desmeilleures maisons de Provence qui portent son nom ; ce qui a donné lieu à la crean-ce commune qu’il fçavoit faire la Pierre Philosophale. Tout ce qu’on a écrit demondde Lulle , de Jaques de Cœur , de Nicolas Flamel peut estre interprété de méme ;plusieurs qui fe sont donnés la peine d’examiner l’histoire de leur vie, ayant trouvédes meilleures causes de leurs richesses prodigieuses, Sc de toutes leurs grandesaóìrions, que ce qu’on allégué de cette Pierre imaginaire. De méme tout ce qu’onnous rapporte de l’opulence d’aucuns Chinois, ne vient pas du recouvrement decette Pierre, mais bien de lad dr esse Sc des ruses de quelques madrez, qui ont trou-vé le moyen de fouiller secrètement dans les riches mines de l’Empire, malgré lesloix qui défendent ces entreprises. De forte que si l’on veut connoistre les vraisChymistes en la Chine , il ne faut regarder qu’à leurs habits, qu’à leurs mines, Scpostures phantastiquées : tout ce qu’ils portent est peint de misere Sc de pauvreté, àcause que la meilleure partie de leur viatique est consumée par le feu de leurs four-neaux , Sc qu’il n en est jamais sorti que des productions imparfaites, 6c au lieu d’or
6c d’ar-