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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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de l’Empire de la Chine". 29

Sc d’argent de bon alloy, une matière propre seulement à faire de la fausse mon-noye. De sorte que je me moque de tous ceux qui soutiennent que la Pierre Philo-íophale ait esté diverses fois trouvée & en la Chine Sc en nostre Europe , car íì cettebonne fortune estoit arrivée à quelques-uns, Sc qu ils eussent possédé en fin ce prixinestimable de leurs travaux, ils auroient, à mon avis laiíse des témoignages de leurfélicité, tels que toutes les Histoires en parleroient, Sc que personne n en pourroitdouter. Car soit du costé des richesses incompréhensibles que donneroit la moin-dre poudre de projection, soit de la part du long âge, Sc de l’exemption de touteforte de maladies que causeroit cét Elixir de vie,Sc cette medecine universelle,com-me parlent quelquesfois ceux de la cabale,qui osent méme toucher icy d une eípeced’immortalité, il est certain qu avec un tel avantage, «Sc un si miraculeux présent duCiel, ils seroient comme des Dieux en terre, qui ne trouveroient rien pour tout quileur pût résister, ni qui les empefchât de faire universellement tout ce que bon leursembleroit. C est ce qui fit dire gentiment à un Chiaous du Grand Seigneur, qui en-tendoit parler \ Venise , il n’y a pas fort long-temps, d’un certain Mamugna> commed un homme qui fçavoit fart de faire l’or : Si cela efl , mon maiflre ne peut eviter qtìilne devienne son valet . Et véritablement, il avoit raison, quiconque pofsederoit ceprécieux métal de la sorte, se pourroit rendre facilement Monarque de toute la ter-re , de quelque condition qu il fust auparavant ; bien loin de se voir réduit à la gue-serie de tous ces souffleurs Chinois, qui charmés d une sotte eíperance cherchentce qui ne fut jamais. En effét, leur pierre imaginaire seroit mieux nommée fuyar-de que Philosophale, puiíque celle qui servit d’ancre aux Argonautes s’appelìoitainsi, Lapù Eugitivus. Il y a cette disserence que ceux de Ci^yque (aujourd’huySpiga Natolie) tenoient celle-cy attachée Sc chargée de plomb dans leur Ville, pourl’empefcher de s'en aller, comme elle avoit fait plus d une fois ; & l'autre ne futjamais que dans la fantaisie de ceux qui sc plaignent tousjours qu elle difparoitquand ils la pensent tenir. On ne peut rien alléguer de plus précis pour I expressionde leur vaine recherche que la fable de Sisyphe ; qui roule incessamment un rocher,tombant autant de fois qu il pense l avoir élevé au lieu de son repos : Voilà une figu-re naïfue de ces misérables enfumés, soit quand ils promènent incessamment dansleur eíprit le dessei n de cette pierre fantastique, soitlors qu âpres mille travaux, ilsfont contraints de recommencer leurs opérations, qui se trouvent toujours faussesau poinct de leurs plus grandes eíperances. Pour moy, je pense que ce sont là lesmétamorphoses qui leur conviennent le mieux, cqmme je crois que de toutes lestransmutations qu’ils entreprennent, il ne leur en réussit point d'autre, que cellequ'ils font ordinairement de tout ce qu’ils ont de biens en des charbons, selon leproverbe des Grecs, Sc des Latins.

Si la curiosité de sçavoir l’avenir, a porté les Chinois avec tant d’ardeur à I’estude i* mgiede T Astrologie Judiciaire ,& si l’envie de devenir riches leur fait deferer avec un c ° m ™? e o .tel aveuglement aux vaines promesses de la Chymie , selon que nous venons de le moti *faire voir dans les discours precedens, il ne faut pas s’étonner qu ils sc laissent auffisurprendre aux illusions de la Magie , Sc quun Art qui se vante de donner luy seul,

Sc sans peine, tout ce que les autres ne font esperer qu’aprés de longs travaux, lesattire à soy si facilement. En essét, il n’y a point de passion que la Magie ne flatte,

Sc de quelque mouvement que nous soyons transportés, elle se fait entendre qu’ellenôus pourra satisfaire, Sc qu’elle a dequoy nous combler de toutes sortes de conten-tement. Car soit que l’Amour nous agite, soit qu’un désir de vengeance nous tra-vaille , ou que quelque autre passion, telle qu’est l’ambition, l’avarice, Sc le jeu, ex-erce son pouvoir fur nostre ame, la Magie ne veut qu’un tour de main, avec deuxou trois paroles mystérieuses pour les appaiser, & pour nous mettre en possession detout ce que nous sçaurions souhaiter. Elle présumé méme de nous pouvoir rendreparfaits aux Sciences, Sc si nous voulons croire des Relations Sc des Histoires, nousdirons qu’un bon nombre de Philosophes Chinois, & méme entre nos Europeans,que Jean Merlin , l’Abbé Thriteme , Albert le Grands Jean Pic , Sc tels autres prodi-ges de sçavoir, tenoient d’elle leurs plus belles connoissannes, Sc ce qui faisoitqu’on les regardoit avec tant d’admiration. Je n entends pas parler icy de la Magienaturelle, ni de cette partie de Philosophie, qui est toute dans les secrets de la Physi-que, Sc qui par l’application de quelques agens, dont elle connoist les propriétésoccultes , fait beaucoup de.choscs qui paroissent surnaturelles. Mais bien de la Ma-

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