DE l’EmPIRE DE LA CHINE. J9
mendier : les autres se tiennent dans des cavernes de montagnes, ou enfermés dansdes Cloistres, y croupissans dans une grande pavreté Sc ignorance.
Il y a aussi quantité de Monastères de ces mémes Ordres pour les femmes, nom-mées Nìen : Elles se font raser, Sc renoncent au mariage, & à la conversation deshommes, avant que de s’y engager,
La troisième Secte des Chinois nommée Lau^u reconnoit pour fondateur un Phi- 3 • sefo de'tloíophe de ce nom (par fois nommé Laotanm) dont la mere, dit-on, le porta 80. ans chtnns 'dans son ventre avant que de l’engendrer. Aucunes d’entr eux vivent en célibatdans des Cloistres, Sc les autres se marient ; Ils honnorent le Seigneur du Ciel, leprient, soutiennent qu’on luy a fait beaucoup d’outrage &: l'appellent Jeu: leursfables disent qne ce Jeu estant descendu du Ciel en Terre assis fur un dragon blancpour venir manger avec le Prince Cìam , celuy-cy voyant ion convié empesché à legorger, prit adroitement ion dragon, qui l’emporta au Ciel, dont il se rendit mai-itre en peu d’heures. Jeu bien surpris de cette fourbe, & se sentant trop fossile pourrecouvrer ion thrône si laíchement perdu, trouva bon de s'humilier devant Ciam »lequel meu de pitié, donna à Jeu le gouvernement sur une montagne de la Chine , oùil vit encore à présent. Bon Dieu, quelles rêveries !
Ces Sectaires reconnoissent trois Dieux ; enseignent les lieux destinés pour lesbons, Sc les mauvais ; se servent de force prières & oraisons pour acquérir une vieimmortelle dans le Ciel, & de force medicamens pour prolonger leur vie icy bas ;se mêlent d'exorciser les démons avec des cris horribles, Sc des figures monstrueu-ses representées fur du papier jaune ; provoquent les foudres Sc les pluyes, Sc fontvenir le calme quand bon leur semble : bénissent les maisons neufves : conduisentles Processions soíemnelles qui se font deux ou trois fois par an ; honnorent les pom-pes funèbres de leur présence richement vestus, & y jouent des instrumens ; assi-stent tousjours aux sacrifices de l'Empereur Sc des Magistrats, bref, se trouventdans toutes les Assemblées qui regardent la Religion. Leur Eveíque ou Directeurnommé Cìam (dont la dignité est tousjours recueillie par un de ses Deseendans)tientson séjour à Peking , & y est fort honnoré du Conseil Souverain - & de l’Empereur x.même, qui luy donne de grand revenus, Sc l’appelle souvent en ses Palais pour enchaíser les malins esprits par ses adjurations.
Voilà sommairement les qualités, Sc les opinions des trois Sectes, qui par suc-cession de temps sont venues tellement corrompues par la diversité des sentimens Scinclinations, qu’on en trouve en cét Empire plus de trois cens autres formées furces trois Capitales. v y
LEmpereur Hujnvuns, Tige de fa Race, qui gouvernoit l'Empire au commence-ment de nostre siecle, voulant captiver les cœurs de ses sujets, donna la liberté à cestrois Sectes, combla ses Sacrificateurs de beaux revenus St privilèges, répara leursTemples Sc Monastères, Sc favorisa le service deu aux Idoles, afin d’attirer fur falignée leurs bénédictions.
Le grand nombre d’Idoles que l'on trouve par toute la Chine surpasse preíque nombre d’1-toute croyance, car on n en voit pas seulement dans les Pagodes par milliers, mais d °hs h$finî,aussi les Palais, les* massons Bourgeoises, les navires, les rues, les chemins, Sc mon-tagnes mémes en sont couvertes. Je vous en represente trois dans cette figure sui-vante, dont l'un est nommé T Idole de l! Immortalité, que vous voyez en son embon-point , Sc entouré dune cicogne & d’un cerf, animaux de longue vie. L'Idole deNinifo ou de la Volupté paroit plus gras Sc plus gros,à cause fans doute des aises de laNature qu’ilgouste incessamment. L'Idole de IQngang est plus révéré que les deuxprecedens,à cause des miracles qu il fait journellement, en guérissant les malades,enchastiant les méchans, en élevant les vertueux, en soulageant les femmes enceintes,cn suscitant des orages, en ramenant le beau temps,en ébranlant les Familles Roya-les , en prédisant les choses à venir, &c. Quoy qu’il en soit, ce n'est pas fans íujetqu’on tient que les grâces gratuitement données d’en haut, comme la Prophétie -& les miracles, ne sont pas inséparablement attachées à la sainteté, puisque Balaam ,
Cayphe , Sc les Sibylles , ont eu le don de Prophétie, quoy que le premier fut idolâ-tre , le second Impie, Sc les dernieres profanes, pour ne rien dire de pis.
Quant aux miracles, tous les livres des Gentils en sont remplis, Sc c'est ce qui lesentretenoit dansleu/fausse Religion. Je sçais bien qu’il y en avoit des supposés,dont les hommes de jugement Sc d esprit déniaisé se moquoient, Polybe lait une
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