Miraculé#*
de l’Empire de la Chine,
suffisante pour obtenir le salut. Chang qui ne manqua pas de respondre affirmative-ment à cette demande, fut sur le champ désabuse par le mourant, qui luy dit enpleurant ; Non non, chér Enfant, tu te trompes, malheureux font ceux qui n’ontpas esté éclairés de plus belles lumières ; aye toutesfois bon courage., car dans qua-rante ans le Créateur du Ciel t envoyera de personnes qui t informeront du vrayphemin de salut. Chang ne se contentant pas de graver dans ía mémoire les dernie-res paroles de son Maistre, comme autant d’oracles d une Divinité plus íainte & pluspuissante que celle à qui il fer volt, les rédigea par écrit avec beaucoup de soin. Quetques années aprés la mort de ce Prophète, le Gouverneur de la Cité de Èwtwg sç-itant fait Chrestien avec toute ía famille, par les sainctes instructions du P . SimonÇmha , qui quittoit fort souvent son séjour de Kjencing , pour venir le fortifier dansía vraye Religion ; il arriva un jour qu’aprés avoir achevé le divin service, lè Gou-verneur pria ce bon Pere de raccompagner jusques à la sos-dite Montagne de Vuy ,dont la renommée éclatoit par toutes les Provinces voisines. Les Sacrificateurs déce lieu ayant appris l’arrivée de ce Gouverneur, ne manquèrent pas de luy venir audevant - Sc de f accueillir avec toute forte de respects deus à ses mérités. Le p. Cun -ha , qui ne cherchoit que les occasions de faire connoistre fa Religion, & ion Dieu, se'canveZen tint quelque discours à Chang , qui agitant tout ce que luy disoit le Pere, dans \ç,fi on d ’ mSamsecret de ses pensées, voire sentant desja au fonds de fa conscience des éclats & des chinois “batailles qu’il avoit peine à dissimuler, s approcha du Gouverneur, & luy dit pleinde feu : Grand Prince, il y a quelques années que mon Maistre m'a dit én mourantqu’il viendroit un personnage qui m’ouvriroit le chemin au salut, qui me parleroitd une Loy toute Sainte, & épurée ; ce sera fans doute le personnage qui vous ac-compagne , & que je viens d'aboucher, qui doit me l'enseigner, car je me sens enun moment charmé de fa doctrine, 8c de la douceur de fa conversation. C’esticyun merveilleux spectacle, Sc digne de la considération des esprits nobles, puis-quede toutes les oeuvres que Dieu fait hors de soy, rien n a tant manifesté fa sagesse, íabonté, ses miséricordes, & fa conduite qu’en la conversion des hommes. Nous re-marquons dans les effets & dans les expériences de la nature quune chose tire uneautre en quatre principales façons, qui sont la Sympathie, le mouvement, la cha-leur , Sc l’attrait secret. La Sympathie , di-je, ou conformité naturelle ; ainsi la pier-re tend en bas dans le sein de la terre, d’autant qu elle y trouve son repos. Le mou-vement , ainsi le marteau pousse le clou, & un homme tire un autre homme par lamain. La chaleur , ainsi le Soleil éleve les vapeurs de la terre, aprés les avoir subtili-sées & échaufées. L attrait secret , ainsi l’ambre tire la paille, & l’aiman enleve lefer. L’esprit de Dieu qui est ingénieux & efficace en nos conversions se sert de cesquatre meímes attraits pour nous tirer à luy ; attraits qui sont capables de gagner lesplus revesches, désarmer les plus farouches, échaufer les plus tiedes, & remuer lesplus stupides.L’attrait de sympathie consiste au bon naturel,& aux belles inclinationsque le maistre ouvrier nous donne à la vertu. L’attrait de mouvement se voit à lahantise d une bonne compagnie, où les exemples de pieté poussent doucement uneame à ce qui est de son bien. L’attrait de chaleur s’iniìnuë par la parole de Dieu,quiest un glaive de feu, pour faire d'étranges divisions en laine d’avec la chair. L’at-trait secret est une touche de Dieu fort particulière qui enleve les hommes par desvoyes cachées, interieures, & extraordinaires. Ce sont ces deux derniers attraitsqui forcerent puissamment le sus-dit Chang , & le firent renoncer à ses passions pourécouter la Vérité. Le Gouverneur donc surpris du raisonnement,& de la résolutionde Chang , en informa le bon Cunha , qui ravi de joye l’embraíïà aussi-tôt comme un
{ >ere embrasseroit son fils,l’obligea par beaucoup de charitables offices,l’instruisit sores articles de la Foy,le baptisa,Sc se mit avec luy à renverser toutes les statues de sesTemples. Chang tout en feu, & tout gros dune nouvelle vie, convia ses confrères àsuivre son exemple, d’abandonner leurs fausses doctrines, pour embrasser la vrayeFoy, de ruiner tous leurs Idoles & phantoímes, Sc planter en leur place la Croix denostre Rédempteur. Depuis cette miraculeuse conversion cette montagne s’estremplie de Chrestiens, qui auroient fans doute fait beaucoup de progrès és envi-rons , s’ils n’avoient esté interrompus par la derniere guerre des Tartares.
C H A-