14.6 V O Y
' La capitation est divisée en trois classes dans cet- Jte Isle; la plus forte est de dix écus trois parats ; la ,moyenne de cinq écus trois parats, la moindre dedeux écus & demi trois parats; les trois parats fontpour celui qui donne la quittance ; les femmes &les filles ne payent point de capitation : pour dis-tinguer ceux qui la doivent on prpnd avec un cor-don la mesure de leur cou, après quoi on doublecette mesure dont on met les deux bouts entre lesdents de la personne en question ; si la tête passefranche dans cette mesure, la personne doit payer,aucontraire elle ne doit rien si la tête n’y passe pas:fur cent billets de capitation on en met quatre-vingt de cinq écus ; dix de dix écus, & les dix au-tre font de deux écus & demi : on ne paye pointde taille réelle , mais seulement quelques impôtsarbitraires pour acquiter les dettes de la ville, dontles affaires patient par les mains de quatre nouveauxdéputez élus tous les ans, & de huit des anciens;dans chaque village on élit deux administrateurs &quatre anciens.
Le 12 . Mars nous allâmes au nord de l’Islevoir les ruines d’un ancien Temple à cinq millesde a Cardamyla village à i8. milles de Scio, audelà du port Dauphin : Cardamyla & le port Dau-phin ont conservé leurs anciens noms ; pour cequi est du Temple , on ne fçait pas à qui il étoitconsacré ; mais on n’y voit aucuns restes de magni-ficence. Il étoit bâti de gros quartiers de pierrecendrée au fond d’une méchante cale dans une val-lée étroite & désagréable : b la situation du lieu &les amours de Neptune avec une Nymphe de cetteIsle, nous firent soupçonner qu’il avoir été dédiéà ce Dieu; car pour le Temple d’Apollon, dontparle Strabon, il étoit au sud de l’Isle, & par con-séquent fort éloigné de celui-ci : au dessous de ceprétendu Temple de Neptune coule une belle sour-ce qui sort d’un rocher, & qui peut-être avoir don-né lieu d’y élever cet édifice: il n’y a pas d’apparen-ce que cette source ait été la fontaine d’Helenedans laquelle, comme dit Etienne le Géographe,cette Princesse avoir accoutumé de sc baigner : lacascade en est assez belle, car elle sort d’un rocher;mais on n’y voit plus ces marches de marbre dontparle Mu Thevenot, il ne paroi t pas même qu’ily en ait jamais eu de semblables ; ce voyageur avoirété fans doute mal informé, ou pour mieux dire,on avoir confondu dans le manuscrit d’où il a tiréfa principale description de Scio , la source deNaxos avec la fontaine de Sclavia qui coule fur lemarbre dans le quartier le plus délicieux de l’Isle,
& que l’on fait voir aux étrangers avec raison com-me une des merveilles de Scio. c S’il faut donnerquelque chose aux conjectures , il n’est personne
A H* KatpíTífUi/x». Thucyd. Ub. 8.
Tò Ai> piytoy hijuívaç ibid.
b Paufan. tn <-Achdic.
c EVì x-tì Kpm» E*sí« t p 1 « ZhUit Stepb*
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qui ne juge que Sclavia ne soit la fontaine d’Hele-ne, dont Etienne le Géographe a fait mention.
Á propos de fontaines, nous isolâmes pas de-mander des nouvelles d’une autre fontaine de Scio,qui au rapport de d Vitruve faisoit perdre l’eíprità ceux qui en buvoient, & auprès de laquelle onavoit mis une épigramme pour avertir les passansdes méchantes qualitez de scs eaux : nous enparlâmes pourtant en paslant à e Mr. Ammiralliqui a étudié à Paris & qui exerce la Medecine avecapplaudissement dans Scio fa patrie ; il nous aííuraqu’on ne parloir plus de cette fontaine dans l’Isle,non plus que de la terre de Scio dont Dioscoride& Vitruve ont parlé : il est vrai que personne nes’attache à l’histoire naturelle dans ce pays-là : legrec littéral même y est très-negligé. Mr- Ammi-ralli qui a traduit l’Anatomie de Bourdon en cettelangue ; les Papas Gabriel & Clement , sont lestrois feules personnes de l’Isle qui l’entendcnt ; ilsestiment les lettres Gréques de Budée, & les Poé-sies que Mr. Ménagé a écrites en cette langue.
f Cette Isle a produit autrefois de très-habilesgens: Ion le Poète tragique, Theopompe l’His-torien, Theocrite le Sophiste : ses S dotes préten-dent même qu’Homere , reconnu pour le Prin-ce des Poètes étoit de leur pays , & en montrentencore l’école au pied du mont Epos fur 1e bordde la mer à près de quatre milles de la ville : c’estun rocher aísez plat , fur lequel autrefois on ataillé au marteau une cspecc de bassin rond , devingt pieds de diamètre , & fur 1e bord duquel onpouvoit s’aíseoir ; du milieu de ce bassin s’éleveune piece de rocher taillée en cube, haut d’environtrois pieds, & large deux pieds huit pouces , íùr
les côtez duquel on a sculpé anciennement des ani-maux si défigurez qu’on n’y connoît plus rien, quoiqu’on s’imagine d’y trouver quelque rapport avecdes figures de lions.
g 11 est difficile de décider de quelle ville étoitHomère : il semble qu’il ait voulu cacher lui-mê-me 1e lieu de sc naissance : car il n’en dit mot enaucun endroit de scs ouvrages, h Léo Allatiustres-sçavant homme, natif de Scio, n’a rien oubliépour prouver qu’il étoit de cette Isle; & tout bienconsidéré , quoique sept grandes villes sc soient àl’envi attribuées la naissance d’Homere , il y abeaucoup d’apparence que ce grand homme devoirêtre de Smyrne ou de Scio : peut-être que l’Ecoled’Homere que l’on y fait voir comme un illustremonument, fervoit à exercer ceux qui en vouloientapprendre ses vers ; car ses Homerides, du con-sentement de tous les Auteurs, étoient habitans &citoyens de l’Isle : on ses fait descendre d’Homére;& dans cette superstition , ils pourroient avoir fait
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f Strab. KeYum Geograpb. Mb. lo.g E'a-Tfit tri *uç fiípi^ouviv rrept O/uáfW,
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