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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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seroit capable de conduire une grande riviere, aulieu qu’il ne s’agissoit que d’une fontaine. II sem-ble que a M', du Ryer n’ait pas entendu cet endroitd’Herodote, car, suivant sa traduction, la fontai-ne devoit passer sur la montagne percée : au lieuque la montagne n’avoit été percée que pour la con-duite de la fontaine.

Environ à yoo. pas de la mer, & presque à pa-reille distance de la riviere Imbràsus vers le cap deCora, sont les ruines du fameux Temple de Junonîa Samiene, ou la protectrice de Samos. Les plushabiles Papas de l’Iíle connoissent encore ce lieu fousle nom de Temple de Junon, b Menodote Samiencité dans Athenée comme P Auteur d’un livre quitraitoit de toutes les curioíìtez de Samos, allure quece Temple étoit l’ouvrage de Caricus & des Nym-phes , car les Cariens ont été les premiers posses-seurs de cette Isle. Pausanias dit qu’on attribuoitcet ouvrage aux Argonautes, qui avoicnt apportéd’Argos à Samos une statue de la Déesse, & que lesSamiens íòutenoient que. Junon étoit venue an mon-de fur les bords du fleuve Imbraíus fous un de cesarbres que nous appelions c Agnus cajlus. Il est vraique ces arbres font fort frequens le long de cette rivie-re, & même par toute Piste, & dans P Archipel.On montra par vénération cepied A! Agnus castuspendant long-temps dans le Temple de Junon,raulànias prouve aussi l’antiquité de ce Temple parcelle de la statué de la Déesse, qui étoit de la mainde Smilis Sculpteur d’Egine, contemporain de Dé-dale. Clement d’Alexandrie , fur le témoignaged’fEthlius Auteur fort ancien, remarque que la sta-tué de Junon à Samos, n’étoit qu’un bout de plan-che grossière , qui fut depuis façonné en statué.Athenée, fur la foi du même Menodote dont nousvenons de parler, n’oublie pas un fameux miraclearrivé lorsque les Tyrrhenîens voulurent enlever lastatué de Junon ; ces pirates ne purent jamais fairevoile, qu’après l’avoir remise à terre. Ce prodigerendit Piste plus célébré & plus fréquentée ; le T em-ple fut brûlé par les <i Perses, & on en regardoit en-core les ruines avec admiration ; mais on ne tardapas à le relever, & il fut rempli de tant de rjehef-íès, que dans peu de temps il ne s’y trouva plus deplace pour les tableaux & pour les statués. V erré srevenant d’Afìe, ne craignit pas le fort desTyrrhe-niens, il ne fit pas scrupule de piller ce Temple ,& d’en emporter les plus beaux morceaux : Cicé-ron lui reproche avec raison cette impiété. LesPirates n’épnrgnerent pas non plus cet édifice dutemps de Pompée. Strabon l’appelle un grandTemple, non seulement rempli de tableaux, maisdont toutes les galeries étoient ornées de ptéces fortanciennes : c’est fans doute parmi ces pièces qu’onavoir exposé le tableau des premières amours de Ju-piter & de Junon d’une maniéré fi naturelle ,

a A?r6 5rw>hf. fíerod. lib, z,

b Is plv t>k Deîpn, lib. 15.

S. Avfcfi; en Grec littéral ix vulgi (

A G E

c qu’Origéne le reproche aux Gentils. II y avoítoutre cela dans le Temple de Samos une cour des-tinée pour les statués, parmi lesquelles on en voyoittrois colossales de la main de Myron, portées fur lamême base. Marc Antoine les avoir fait enlever,mais Auguste y fit remettre celles de Minerve &d’Hercule, ct se contenta d’envoyer celle de Jupi-ter au Capitole, pour être placée dans un petit Tem-ple qu’il y fit bâtir.

De tant de belles choses, nous ne trouvâmesplus que deux morceaux de colonnes, & quelquesbasés du plus beau marbre du monde. De ces co-lonnes l’une n’a qu’un tambour fur fa base, ct l’au-tre en a encore une douzaine : chaque tambour estde 3. pieds y. pouces huit lignes de haut fur 6. piedsde diamètre. Il y a quelques années que les Turcss’imaginant que la plus haute étoit pleine d’or &d’argent, tentèrent de la mettre à bas à coups decanon qu’ils tiroient de leurs galères. Les bouletsfirent éclater quelques tambours, & dérangèrent lesautres; il y en a plus de la moitié hors de leur si-tuation.

On voit encore quelques bases de colonnes quiparoissent comme alignées en quarré long ; maiscomme elles sont entremêlées de plusieurs tam-bours de colonnes abbatués, on n’en íauroit biencomprendre la disposition , ni par conséquent leplan de tout l’édifice, qui étoit suivant f Hérodote,la troisième merveille de Samos : cet Auteur con-vient que c’étoit le Temple le plus spacieux qu’ileût vû , & nous ignorerions fans lui le nom del’Architecte qui l’avoit fait bâtir ; c’étoit un hommede Samos appellé.Rhœcus.

Ce Rhœcus y avoit employé un ordre de colon-nes aslèz particulier, comme l’on peut voir par ledessein qu’on en a fait graver. C’est, pour ainsi di-re, l’ordre Ionien dans sà naissance, & qui n’a pastoute la beauté de celui que l’on pratiqua dans lafuite. La base de la plus grande colonne dont onvient de parler, a deux pieds huit pouces de haut,relevée en bas d’un gros cordon arrondi, haut d’unpouce , & ornée de cinq canelures annulaires ctcreuses : le reste de cette base est du diamètre dufust de la colonne ; mais il est terminé par un petitcordon: cette base est posée sur un piédestal d’unpied huit pouces de haut, bandé de cinq anneaux,en forme de petits cerceaux. II ne reste plus qu’unseul chapiteau que nous fimes découvrir ; car il étoitenterré dans l’enceinte du Temple : ce chapiteauqui est présentement le seul au monde de son espè-ce, a un pied sept pouces de haut, & répond auprofil de la basé : son tympan est relevé d’un grosrouleau d’un pied de haut, fur lequel sont entaillezen rond des oves en rélief, enfermez chacun dansfa bordure ; & des entre-deux des bordures pendentdes pointes en maniéré de flammes. 11 y a un pe-tit

d Vans An. 533;c Lib. 4. contra Cels,f Lib , z.