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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVANT. Lettre XI.

ne ville qui n’en étoit pas éloignée, & dont le nomseroit peut-être aujourd’hui dans l’oubli , fans lapaix qui y fut conclue entre a Mithridate & Sylla,General de farinée Romaine : ce détroit de mera été nommé bras de Saint George , à cause d’unvillage situé au delà de Gallipoli, & qui s’appelleb Periftàsis , où il y a une fameuse l’Eglise de SaintGeorge, fort respectée des Grecs.

.La canal est dans un beau païs, borné à droite& à gauche de collines aise?, bien cultivées , furlesquelles on volt quelques oliviers , quelques vi-gnes, & beaucoup de terres labourables : en y en-trant, on laisse la Thrace & le c Cap Grec à maingauche : la Phrygie & le d Cap janistàri à droite:la Propontide ou mer de Marmara se présenté auseptentrion ; l’Archipel ou la Mer Blanche reste aumidi. L’embouchure du canal, a près de 4. milles& demi de large ; elle est défendue par les nouveauxchâteaux que Mahomet IV. y fit bâtir en 1659.pour y mettre les ilotes Othomanes à couvert desinsultes des Vénitiens qui les venoient attaquer àla vûë des vieux châteaux des Dardanelles. LesGénéraux Moroíini , I 3 embo , Mocenigo, s’ysignalèrent plus d’une fois pendant la guerre deCandie.

Les eaux de la Propontide qui passent par ce ca-nal, y deviennent plus rapides , de meme qu’unerivière qui coule fous un pont : lorsque le vent dunord soufle, il n’est point de vaisseau qui se puistepresenter pour y entrer ; mais on ne s’apperçoitplus du courant avec un vent du sud , & il n’y aque les châteaux à ménager.

Cependant une armée qui voudroit forcer lepaílàge, ne risquerait pas beaucoup, ces châteauxétant éloigne? l’un de l’autre de plus de 4. milles :l’artillerie Turque, quelque monstrueuse qu’elle pa-roisse, n’incommoderoit pas trop les vaisseaux quidéfileraient avec un bon vent ; les embrasures descanons de ces châteaux , font comme des portescocheres. ; mais les canons qui font les plus grosque j'aye vû de ma vie, n’ayant ni affust ni recu-lée , ne sçauroient tirer plus d’un coup chacun.Qui seroit l’homme assez hardi pour oser les char-cr en présence des vaisseaux de guerre , dont lesordées renverseraient en un instant les muraillesdes châteaux qui ne font pas terrassées , qui ense-veliraient les canons & les canonniers fous leursruines ? six bombes seraient capables de démolir cesforteresses.

Les vaisseaux marchands en venant de Constan-tinople , s’arrêtent trois jours auprès du châteaud’Asie pour y être visitez, car les Turcs ne préten-dent pas qu’on enleve leurs esclaves : cependant

a P/iiWi? fa Sali.b Tltpíç-aets.

*c Promomoríum Mastusia, Tlin. Hìst. nat. lib. 4. cap. ïï. So-lìrt. cap, jo. CapelL lib. 6. ‘Metç-cvriît Ptol. lib. z. cap. 12.

T« TlpcÉTís-h.iùíV. Str*b. lib. 13.

d Promonrorium Sigxum. P lin. ibid. ’Xiytíac a*?*. Straù. ìbìd.ïmpetum deinde íumit Hellefpoutús Lc maie iacumbit, voitici-

malgré leur visite, ces malheureux sçâvent fi biense cacher, qu’il s’en fauve tous les jours quelques-uns : les vaisseaux de guerre, de quelque nationqu’ils soient, ne sont dispensez de cette visite quepar un ordre de la Porte; il est vrai que cette visiteest plutôt une cérémonie, qu’une recherche.

Les Géographes croyent ordinairement que les-châteaux des Dardanelles font bâtis fur les ruinesde Sestos & e d’Abydos, deux villes anciennes &fameuses par les amours d’Hero & de Leandre ;mais ils se trompent manifestement ; car les châ-teaux sont vis-à-vis l’un de l’autre, au lieu que cesdeux villes étoient situées bien différemment : Se st-ras étoit íì avancée vers la Propontide , que Stra-bon qui compte avec Hérodote 875. pas d’Abydosà la côte voisine, en compte 3750. du port de çct-te ville à celui de Sestos : f Leandre devoir êtrebien vigoureux pour faire ce trajet à la nage,quandil vouloir voir g Hero fa maîtresse, aum l’a-t-onrepresenté sur des médailles de Caracalla & d’A-Iexandre Severe, precedé par un Cupidon qui vo-ioit le flambeau à la main pour le guider , qui nelui étoit pas d’un moindre secours que le fanal quefa maîtresse prenoit foin d’allumer fur le haut dela tour où elle l’attendoit : il falloit être un Héros,& tout des plus robustes, pour faire l’amour de cet-te maniéré. II vaut mieux s’en tenir à ce que ditStrabon, pour la situation de Sestos & d’Abydos :d’ailleurs on ne trouve aucuns restes d’antíquitéautour des châteaux, & fendrait le plus étroit ducanal est à 3. milles plus loin, fur la côte de Mai-ta en Europe : on voit encore des fondemens &des masures considérables fur la côte d’Asie , oùAbydos étoit placée.

Xcrxés dont le pere avoit fait brûler cette ville,,de peur que les Scythes n’en profitassent pour en-trer dans l'Afie mineure, choisit avec raison ce dé-troit pour faire passer son armée en Grece ; carh Strabon assure que le trajet sur lequel il fit jetter'un pont, n’avoit que 7. stades, c’est-à-dire qu’en-vîron un mille de largeur ; mais par une vanité’tout à fait ridicule, comme s’il eût voulû comman-der aux élemens, il fit donner 300. coups de fouetà la mer, & y fit jetter une paire de menotte, fur cequ’elle avoit osé emporter le premier pont qu’on yavoit dressé : les entrepreneurs essuyèrent un châ-timent plus rigoureux , on leur trancha la tête::quelques jours après le Prince voulant íe réconci-lier avec la mer, y fit des libations avec une phio-le d’or, & pria le Soleil de détourner les obstaclesqui pourraient l’empêcher de subjuguer toute l’Eu-rope : la phlole fut jettée dans le canal avec une:coupe d’or & un cimeterre. Je ne saurais assurer,.

dit.

bus limitem fodiens, donec AGam abrumpat Europs. f Un. fíijì,n*t. lé. 5. «p. j z.

e Abydos magni quondam. atnotis commcici» insignis est»..A rem. Marcel, lib. I. cap. I§.f %erum Cetg. lib. I z,g lierai. Iib. 7.b Utrtd, ibíd.