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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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dit Hérodote de qui nous avons apçris cette céré-monie , lì Xerxés voulut faire un sacrifice au So-leil cn jetrant toutes ces choses dans la mer, ou lìtouché de repentir de savoir fait fustiger, il cher-choit à réparer par les offrandes l’injure qu’il croyaitlui avoir faite,

» Mr. Gilles croît que les Poètes Grecs ontprêté ce ridicule à Xerxés,& qu'Hérodote a pris lachose trop sérieusement : les coups de fouet, sui-vant Mr. Gilles, marquent autant d’ancres qu'o navoir jettées dans la mer pour arrêter les naviresqui fervoient à la construction du second pont ;& la paire de menottes désigne deux chaînes defer , qui fervoient à les lier par les deux bouts &de chaque côté.

b On vit défiler fur ce second pont pendant 7.jours & 7. nuits 1700. mille hommes de pied, sui-vant c Hérodote, & 80. mille hommes de cava-lerie, fans compter les chameaux & les chariots,d Diodore de Sicile ne lui donne que 800. millefantassins ;e Isocrate en a retranché 100. mille hom-mes ; f iElien s’en tient à ce nombre pour toutesles troupes d’infanteric & de cavalerie; Justin &Orose y ajoutent 300. mille hommes de troupesauxiliaires ; enfin g Cornélius Nepos fixe l’infan-terie à 700. milles hommes : mais il augmente lacavalerie jusques à 400. mille.

II s’en faut bien que les Turcs n’ayent fait passertant de troupes fur ce canal dans leurs premièresconquêtes; mais avant que de parler de leur entréeen Europe , il est bon de remarquer que Parme-nion eût ordre d’Alexandre le Grand de faire pas-ser sa cavalerie & la plus grande partie de son in-fanterie de Sestos à Abydos, fur i< 5 o. galères fanscompter les bâtimens de charge. Chalcocondyleassure que fous l’Empire d’Othoman, 8soo. Turcsav oient déja franchi l’Hellespont , & pénétré jus-ques au delà du Danube , d’où ils furent chassezpar les Scythes, & obligez de revenir cn Asie, tan-dis que les Empereurs de Constantinople Andronicle vieux & le jeune de la maison des Paleologues,ruinoient l’Empire par leur division : les Musul-mans ne furent pourtant pas si bien chassez de Thra-ce, qu’il tfy en restât encore une partie, & ceux-ci enfin y cn attirèrent un plus grand nombre sousSolyman fils d’Orcan.

h Suivant Leunclave ce passage se fit à y. milledes Dardanelles ; car il suppose que i Maita n’cnest éloigné que de z. milles fur la côte d’Europe,& il place à 2. milles de Maita le château de i< Ze-menic où les Turcs abordèrent. Solyman se pro-menant un jour sur les côtes de la Phrygie qu’ilvenoit de soumettre , fut si frappé des ruines de

a De Bospk. Thrae. ìlb. 2. cap. XI,b Aria. tìb. t. de Exped. <Aítx.c Herod. ibid.d Biblìotb. lib. z. part. 2.

€ In Panathenaic.i Var. Hifc, lib . 13. cap. 3,

AGE

Troye, qu’il tomba tout d’un coup dans une pro-fonde rêverie : Jusuph Ezés Bey qui étoit un de lesprincipaux Officiers, ne pût s’empêcher de lui endemander le sujet : je voudrois bien,dit Solyman,passer la mer pour entrer en Gréce , fans que lesChrétiens en fussent avertis ; Ezés pour le satisfairese mit dans un bateau avec un seul de ses amis,il alla à la découverte & emmena un prisonnierGrec : ce captif qui se croyoit perdu , fut bien trai-té & s’engagea de montrer aux troupes du Princele chemin le plus court pour entrer en Grece àl’insçû des Chrétiens. On fit pastèr pendant la nuit7. ou 8. cens soldats d’élite, le prisonnier les me-na droit au château de Zemcnic, ou l’on ne trou-va aucune résistance , car les habitans étoient oc-cupez à la moisson , & le château étoit presquetout couvert de grands tas de fumier , qui étoienttout à feutrée du bourg. Les Turcs bien loinde maltraiter les gens du pars, Jeur firent des ca-resses dr des presens : on sc contenta d’envoycr desprisonniers à Solyman pour l’affirrer de la prise dela place : quelque temps après la cavalerie s’y ren-dit. Enfin on attaqua Gallipoli qui fut prise en1357. Solyman mourut la même année d’une chu-te à la chasse. Orcan ne lui servécut que deuxmois. Mourat son second fils lui succéda; celui-ci prit Andrinople en 1360. & en fit la capitale deson Empire en Europe, comme Prusse l’étoit enAsie.

J’ai ouï dire souvent à Constantinople, que lesAnnales Turques étoient remplies des contes ct desstratagèmes dont les Turcs se vantent de s’être ser-vis dans leurs conquêtes fur les Chrétiens. Envoici un qui est rapporté par Leunclave, & qui aété traduit des originaux Turcs, c’est à propos dece Solyman dont on vient deparler. 1 Ce Prince,à ce que dit la Chronique Turque , fit pasler furl’Hellespont 80. hommes, qui s’étant cachez dansles vignes auprès du bourg , firent prisonniers aupoint du jour six vignerons qui alloient à leur ou-vrage ; la nuit suivante 70. de ces Musulmans semirent eu embuscade auprès du bourg, tandis queles 10. autres resterent fur le grand chemin avecles vignerons. Cependant quatre de ces malheu-reux furent égorgez & pendus à des arbres qui é-toient fur une éminence : on les éventra la tête enbas comme des moutons que l’on étale à la bou-cheríe;il y en eut un qui fut embroché comme un co-chon , & l’on obligea ceux qui restoient en vie dele tourner auprès d’un bon feu pour le rôtir. Lelendemain comme les paysans rctournoient à lacampagne, les Turcs firent encore des prisonniers;c’étoient de bons vieillards qui avoient de la peine

à íc?

g In Themifiacl.

h ^Anna!. Sultan. Osmen, & Hijf. Muftlm.ï M ct «T:'rí?, Fìerod , ,

k XifiJ'ax.ctç-fi'i. Cimenlic llsai méchant vilU^e à 20. milles ««Gallipoli.

1 Hi(l. Mufti. lib. 4« .