DU LEVANT. Lettre XI. r 77
l se traîner, & qui furent très-surpris quand lesTurcs leur dirent qu’ils étoient Turcs, & qu’ils nevivoient que de chair humaine : après quelques dia-logues fort tristes on les renvoya, en disant que lesTurcs étoient accoutumez à manger de meilleuresviandes, & ce tut à condition qu’on leur arnene-roit de jeunes gens pour en faire bonne chere, Enattendant, la broche tournoit toujours. Ces vieil-lards qui n’avoient vû que io. Turcs s’en retournè-rent au bourg plus vîte qu’ils n’étoient venus, &commencèrent à jurer comme des enragez: à quoivous amusez-vous canailles, dirent-ils à leurs com-patriotes ? ne voyez-vous pas ce spectacle ? il n’y aque dix Turcs qui rôtissent un de nos freres & l’onne nous a renvoyez que parce que nous avons la'peau trop dure-, ils. en veulent aux jeunes gens. LeCommandant du lieu qui étoit à la fleur ie son âgeordonna fur le champ à toute la jeunesse de courirà ce feu, & de tuer les Turcs : tout le monde sortde la place. Dans ce temps-là les 70. Musulmansqui étoient ventre à terre dans les broílàilles, nemanquèrent pas d’entrer & de se saisir des portes,dès qu’ils virent la foule à une certaine distance: lapopulace avançoit toujours fans se douter du strata-gème. Enfin les Turcs qui faisoient rôtir le Chré-.tien, au lieu de s’enfuir bien loin, se mirent à cou-rir à toutes jambes hors la ville : quelle folie, di-soient les Grecs, ce font des enragez qui ont per-du l’esprit, ils vont se réfugier dans nos maisons ,laissons les passer, nous les massacrerons tous en-semble ; néanmoins dès que ces enragez furent dansle bourg , ils fermèrent les portes & montèrent furles murailles avec leurs camarades , & la piûpaftdes enfans qui étoient restez dans les maisons. Lespauvres Grecs furent bien sots à ce spectacle : onleur fit dire qu’on égorgeroit tous les enfans, s’ilsne revenoient chez eux; & on les assura qu’ils n’a-voient rien à craindre. La populace consternéerentra ; mais les personnes de distinction ne voulu-rent le faire, qu’aprés que les Turcs eurent juré furl’Alcoran, qu’ils ne les dépouilleroient pas de leursbiens. Quoique les faux sermens ne coûtent rienaux scélérats, ils eurent recours à une espece de res-triction mentale, à laquelle les Grecs ne s’attcn-doient point : on mit à mort les gens de distìhc-tion, & l’on répondît fur les plaintes qui en furentfaites, qu’on ne s’ctoit précisément obligé, qu’à nepas toucher à leurs biens, ce qu’on avoit observé,& que l’on promettoit encore d’observer fort reli-
f ieuíèment. Voila comme les Turcs traînent lesChrétiens dans leurs histoires : les Musulmans nemanquent pas de ces sortes de distinctions : Maho-met II. après la prise de Negrepont, fit scier lecorps d’Erizo Gouverneur de la place, disant qu’ílTom. I„
a Callipclís. Pila. lii, 4. t , 1. k
b Grenr. ix. Epi fl. 313 lii,. 9. Dh C*»p H,fl. its Emf. itUnfi.fit. 3 . Joannes Ducas qui 8c Batatïa generque Theodoii Lasca-
v à I ? 1 P ei11 ‘ e “ em babuit Magoefia ad Sijpylum anais 3 3, Dhcai,ftijt . ByjAnt.
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avoit promis d’épargner fa tête, mais non pas sesflancs.
Les Historiens Grecs varient fur toutes cesavan-tures; car Ducas prétend que les Turcs ne parlè-rent l’Hellespont pour la première fois qu’en 13 yó.& 1357. que ce furent Homur fils d’Atîn & Orcanqui ravagèrent toute la Thrace : l’un étoit le maî-tre de Smyrne & d’Ephese, & l’autre de Prusse. Ccqu’il y a de certain est que les Musulmans n’otitinfecté l’Europe qu’environ 700. ans après réta-blissement du Mahometisme en Asie : car l’Egireou l’Ere Mahométane, qui se prend depuis le jourque Mahomet s’enfuit de la Meque , commençal’an 622. de l’Ere Chrétienne, & Othoman pre-mier Empereur des Turcs ne mourut qu’en l’année1328.
GALLIPQLI -> fut la premìcre ville où ilsse cantonnèrent en Europe : la situation de cetteplace est si favorable pour passer en Thrace, queles Princes qui ont eu des vues fur cette Province-,ont toujours commencé par se rendre les maîtresde cette ville. Elle fut du partage des V enitiens ,après la prise de Constantinople par les Latinsmais b Vatace Empereur des Grecs, qui faisoit sareiiden.ee à Magnésié du mont Sipylus , étant enguerre avec Robert de Courtenai quatrième Empe-reur François, l’assiegea, la prit, & la mit à feu6cà sang en 1237. Les Catalans qui se signalèrent entant de rencontres dans la Grece, se fortifièrent àGallipoli en 1306. sous Roger'de Flor Vice-Ami-ral de Sicile. c Après la mort de ce General, as-sassiné à Constantinople contre la foi donnée & leserment que l’Empereur Andronic avoit fait surl’image de la Vierge peinte par Saint Luc, les Es-pagnols assommèrent la plupart des Bourgeois de laville, & s’y retranchèrent lì bien, que Michel Pa-leologue fils de l’Empereur, fut obligé d’en leverle siège : d Remond Montaner, & les femmes desCatalans dont les maris étoient à Farinée qui tenoitla campagne, .s’y défendirent íi genereusementcon-tre Antoine Spinola qui forma un lêçoud siégé par..ordre de l’Empereur, que les Génois furent con-traints de se retirer : enfin les. Catalans persuadez
S Vils ne pourrdlent : pas se fbûtcmf fÔngstcmps dansallipoli, en rasèrent les fortifications en e 1307.Ainsi Solyman fils d’Urcan en eut apparemmentbon marché cn f 1377. car la ville étoit encoredémantelée, & l’Empereur g Jean Paleologuepour se consoler de sa prise, dit qu’il n’avoit perduqu’une cruche de vin « une érable à cochons, fai-sant sans doute allusion aux magasins de vivres &aux «caves que b Justinien y avoit fait bâtir nonseulement pour Pentretien d’une forte garnison ,mais pour celui -des troupes qui dévoient garder leZ pais.
d Pacbim. l\b. T z. . 24.
C Di* Cange ihid !»f C/t ‘vif.
xsi»naL Turc*
frefíp, de 7 h/?, lii', a. X,