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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVANT. Lettre XI.

J’àvòuë cependant, que les objets que nousavions vûs de nôtre vaisseau, nous parurent tout àfait differens , quand nous les comparâmes avecceux qui se presentérent à nous lorsque nous eûmesmis pied à terre. Je ne sçai lì ce furent les oignonsque son vend aux coins des rues, qui réveillèrenten nous Fidée de ces fameux Temples des Egyp-tiens, dont les dehors éblouissaient, mais je ne pusm’empêcher de comparer Constantinople avec cessuperbes édifices, dans lesquels on ne trouvait quedes crocodiles, des rats, des poireaux, des oignons,que ces idolâtres regardaient comme leurs aivini-tez. Les maisons de Galata où nous débarquâmesfont basses, bâties la plupart de bois & de boue ,ainíï. le feu en consomme des milicrs en un jour :les soldats dans le dessein de piller, ou les Turcsen fumant dans leurs lits, y mettent quelquefois lefeu : on se consolerait ii son n’y perdait que lamaison, car on y bâtit à fort bon marché, & lescôtes de la Mer Noire font capables de fournir dubois pour rebâtir tous les ans Constantinople s’ilétoit nécessaire : mais la plûpart des familles fontentierement ruinées dans ces incendies, par la pertede leurs marchandises. C’est peu de chose quandon ne parle que de 2. ou 3. mille maisons brûlées :on a souvent le chagrin de voir abbatre & piller lasienne, quoique le feu n’en soit qu’à 200. pas, furtout quand le nord-esl que les Turcs appellent a levent noir est en furie : on n’a pas trouvé d’autre re-mede pour l’empêcher de dévorer toute la ville ,que de faire de grands abbatis, autrement s incendiedeviendrait generale. Les marchands étrangers lefont avisez fort sagement depuis quelques années,de faire bâtir à Galata des magasins très-solidesde pierre de taille, isolez, & qui ne reçoivent lejour que par des fenêtres absolument nécessaires,dont les volets aussi bien que les portes sont garniesde tôle.

La peste & les Leventis font après le feu , lesdeux fléaux de Constantinople : il est vrai que lesTurcs font indignes de vivre , ils voyent mourirtranquillement jusques à cinq ou six cens person-nes par jour de cette cruelle maladie , fans pren-dre aucunes mesures pour l’éviter ou pour lacombattre & ne commencent leurs processionsque lorsque le mal en emporte environ douze censpar jour ; les bardes des pestiferez. fe vendent avecautant de facilité que celles des personnes mortesde vieillesse ou de mort violente. Nous nousétions bien précautionnez : nous avions fait enpartant de Marseille provision de pierres à cautè-re , & certainement si le moindre bubon eût parufur nôtre corps, nous n’eussions pas manqué de lecerner avec une lancette , de le scarifier & de lecouvrir de cette pierre pelée, afin de consumer auplutôt une. partie où il semble que se décharge laplus grande force du poison ; tandis que d’ailleursnous eussions mis en usage la ther jaque, l’orvie-

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tan, les gouttes d’Angleterre & les autres remèdescordiaux & spiritueux, dont nous avions des boctespleines. Il faut que le tartre emetique précède fusti-ge de ces remedes, & qu’on le réitéré suivant lebeíòin, fans différer de le donner dès le momentque la tête est menacée, ou qu’on sent la moindrenausée.

Pour les Leventis qui font des soldats de galè-res qui courent fur les gens le coutelas à la main,en faisant des grimaces à faire peur à ceux qui neles connaissent pas : il y a quelques années que leCaïmacan ou Gouverneur de la ville, à la sollicita-tion des Ambalíàdeurs, a permis aux étrangers dèfe défendre contre eux, & l’on a mis ces canaillesà la raison, à coups d’épée & de pistolets. Quoi-que les plus braves Musulmans nous traittent demal-adroits, qui 11e sçavons pas manier les armesnoblement ni de bonne grâce, ils ne laissent pas defuir devant la pointe de nos épées. Ces chiens deChrétiens , difent-ils, serpent le ventre tout brusque-ment sans donner le temps de se défendre : nos épéesportent leur coup fur le champ, au lieu qu’il fautfaire deux mouvemens pour sabrer. Dès que l’onapperçoit dans les rués de Constantinople des gensqui viennent à vous en camisole & en calçon, lesjambes nues, l’escarpin aux pieds, & le poignard àla main, il faut tirer son épée du fourreau ; quel-ques-uns même ont la précaution de la porter nuesous le juste-au-corps ; ii l’on est en veste, il 11efaut pas marcher fans pistolets de poche bien char-gez & bien amorcez, ou au moins il faut faire sem-blant d’en tirer de la poche. Un Marchand Fran-çois arrêta un jour deux Leventis avec une groíïe& longue écritoire de chagrin, qu’ils prirent pourquelque arme à feu : ils s’imaginent qu’il y a deslames cachées dans toutes nos canes, & prennentleurs mesures suivant la contenance que l’on fait :pour éviter leurs insultes, on fe fait escorter par desJanifïàires.

Mr. le Marquis de Ferriol nous en donna quel- -ques-uns de fa garde pour nous accompagner; ilnous fit loger dans le Château Gaillard, qui est unquartier du Palais de Ftance qu’il nous avoit desti-né : ce Palais nous parut un lieu enchanté, car lamisere de l’Archipel, d’où nous venions, nousavoit donné une idée fort désavantageuse du reste dela Turquie. Le Palais de France est la maison deConstantinople la plus logeable &'la mieux enten-due pour des personnes %levées en Europe : il futbâti par ordre d’Henri IV. dans le temps que Mr.de Brèves étoit Ambaíîàdeur, mais 011 y a fait debeaux appartemens fous M>. de Nointcl : les hon- •nêtes gens y font reçûs avec toute forte d’agrémens.Hors de ce palais, quand on iroit jusques au fonddu Japon, on ne íçait ce que c’est que de faire bon-ne chere: on est servi chez M r . l’Ambassadeur,comme dans les meilleures tables de Paris : au lieude vaisselle de cuivre étamé dont on fe sert mêmeZ 3 diUL

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