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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

bre aux Etrangers de voir dans le Serrail : pourpénétrer plus avant , la curiosité coùteroit tropcher.

Les dehors de ce Palais du côté du port, n'on trien de remarquable que le Kiosc ou pavillon quiest vis avis de Galata:. ce pavillon est soutenupar douze colonnes de marbre, il est lambrillé,peint à la Persienne , & richement meublé. LeGrand Seigneur y vient quelquefois pour avoirle plailir.de remarquer ce qui se passe dans le port,ou pour s’embarquer lorfqu’il veut se promenersur le canal. Le pavillon qui est du côté du Bos-phore, est plus élevé que celui du port, & il estbâti fur des arcades qui soutiennent trois salonsterminez par des dômes dorez. Le Prince s’yvient divertir avec ses femmes & ses muets ;tous ces quais font couverts d’artillerie , maisfans affûts : la plupart des canons font braquezà sieur d'eau; leplus gros qui est celui qui obli-gea , dit-on , Babylonne à fe rendre à SultanMourat, est par distinction dans une loge particu-lière. Cette artillerie fait grand plaisir aux Maho-métans, car on la tire pour les avertir que le ca-rême est fini , & qu’ilne faut plus jeûner : on ladécharge aussi ks jours de réjouissance , &pour les conquêtes des Sultans ou de leurs Gé-néraux.

Quand le Grand Seigneur est à Constantinople,il s’amuse quelquefois à observer de ce Kiosc lesa cérémonies ridicules que font les Grecs le jourde la transfiguration , à une b fontaine qni est au-près. Non feulement ils croyent que cette eauguérit la fièvre , mais encore les maladies les plusfâcheuses tant présentés que futures. C’est pour celaqu’ils ne se contentent pas d’y amener les mala-des pour les faire boire, ils les enterrent dans lefable jusques au col & les déterrent un momentaprès : ceux, qui se portent bien s’y lavent, & boi-vent jusques à ce qu’ils rendent seau toute clairepar le fondement. Toute la Grece est rempliede pareilles fontaines ; mais ces sortes de sourcesne font pas minérales , elles doivent leur réputa-tion à la crédulité des .peuples. Il y a une grandefenêtre proche de cette source, par où l’on faitpasser la nuit ceux que l’on a étranglez dans leSerrail, & l’on tire autant de coups à canon quel’on jette de personnes dans l’eau. Les remisesdes calques, des chaîouppes, & des petites galèresdeitinées pour les promenades du Grand Seigneur,font proche ces Kioscs , & font commises auxsoins, du Bostangi-Bachi ; on s’en sert pour allerfe promener au Serrail de Scutari ou à FanariKiosc ; ces bàtimcns. dont le Bostangi-Bachi tientle timon, quand le Grand Seigneur les monte,font très-Iegers & très-propres ; il n’y apastjuf-

I* Rainezan »« Ramazan,,

N T. Lettre XII $

I ques aux rames qui ne soient peintes ct dotées.

I Fanati-Kiosc est un pavillon que Solyman 11 . fit-j bâtir au pied du fanal qui est fur le cap de Calce-j doine ; on dit que ce pavillon est tout â fait char-mant, & que ses jardins sont plus beaux & mieuxentendus que ceux du Serrai!.

Nous entrâmes dans le port, après avoir vérif-ia fontaine des Grecs, & nous allâmes nous-pro-mener du côté d’Ayva-Serai, qui signifie le Ser*rail des Miroirs : son enceinte n’clt pas grande,ct la e place où les Turcs s’exercent à tirer deTare , fe trouve derrière scs murailles. II y a prèsfde' là une efpece de tribune où les T ures viennentcomme en procession la veille des grandes-batailles prier pour le salut de l’aimée. On yvient aussi quelquefois pour supplier le Seigneurde faire cesser la peste, mais c’est lorsqu’elle fait desravages extraordinaires: c’est à dire lorfqu’il meurtdans la ville mille ou douze cens personnes par jour.-

En continuant nôtre promenade dans le port,on nous fit remarquer des pieux enfoncez dansl’eau pour faire connoître jusques où les plusgrands vaisseaux peuvent donner fond. De là nousfîmes le tour du cul de sac des eaux douces, &passant à la veuëde Validé Serai', nous nousran-geâmes fur la côte de Caffun-Pacha, où l’on trou-ve d’abord Ayua-Seraï on le Serrail des Coìgnas-sters , qui est tout près de l’Arcenal de la marineappelle ‘ïers-hana , des mots Persiens Ters vaisse-aux, & tìana lieu de fabrique, Mahomet II. fit.creuser le port dans cet endroit-là, & il y bâtitl’Arcenal & les remises des galères : on y con-struit aujourd’hui les bàtimcns du Grand Seigneur:nous y comptâmes 28. beaux vaisseaux, depuis.60. jusques à too. pieces de canon. 11 y a 120. re-mises voûtées où les galères sont à couvert ; lesmagasins & les atteliers du Grand Seigneur font-; bien fournis & bien entretenus : tout est soumisau Capitan-Pacha dans ce quartier-là* Les prin-cipaux officiers de marine y-logent, & l’on y volt.peu de Chrétiens, si ce 11’eíTles forçats & les escla-ves qui sont dans le Bagno , c’est à dire.dans unedes plus affreuses prisons du monde, située entreAyna-Seraï & l'Arsenal.: Il y a trois chapellesdans cette prison, une pour les Chrétiens du riteGrec, & deux pour ceux du,-ri-te Latin ; fune-ste celles-ci appartient au Roi de France, fautreest à l'usage des. Vénitiens, des. Italiens, des AI-.lemans, & des Polonois : les Missionaires y con-fessent, disent la messe, administrent les sacre-,mens, font les exhortations avec pleine, liberté,en donnant quelque petite gratification au Com-mandant' du Bagno. C’est le Capitan-Pacha qu?le nomme i car il est comme souverain dans soudépartement, ct ne rend compte de fa conduite"A 5 qu’au>.

b Sylarpti) lu Fontaine Sainte- e Ocmefian..