10
V O Y
l’on nous montra la colonne brûlée : on a rai-son de lui donner ce nom , car elle cil devenueíi noire & si enfumée par les incendies des mai-sons voisines , qu’on a de la peine, à distinguer dequelle matière elle est. Cependant à l'examinerde près, on s’aperçoit que les pierres qui la com-posent , sont de propbyre , & que les jointuresen font cachées par des cercles de cuivre, a Oncroit qu’elle soutenoit la figure de Constantin ,& l’inscription qui est tout au haut & que nousn’eumes pas le temps de copier , marque b quecet ouvrage admirable , fut restauré par letrès-pìeuxEmpereur Manuel Com,lene. Glycus rapporte quefur la fin de l’Empire de Nicephore Botoniate,qui fut razé & mis dans un cloître, le tonnerre ab-battit la colonne de Constantin , qui soutenoitla figure d’Apollon, a laquelle on avoit donné le•nom de cet Empereur..
La colonne qu’on appelle Historique n’cst pasd’une matière si précieuse, puisque ce n’cst quedumarbre blanc; mais elle est eítinnble par fa hau-teur qui est. de 147. pieds & par ses bas-reliefs quifont d’un assez bon goût pour ce temps-là ; c’eíìdommage que le feu les ait maltraité : ils rcprc-sentent les victoires de l'Empereur Arcadius: lesvilles- conquises y paroiss.nt fous la forme defemmes, dont les têtes font couronnées de tours:les chevaux en sónt assez beaux & ne font pastort à la main du sculpteur ; mais ['Empereurest dans une-espece de fauteuil avec une robe &une fourrure, qui approchent fort de celles d’unProfesseur en Droit.. L z Lnbarum est au dessusde fa tête soutenu par deux Anges, avec la devi-se des Empereurs Chrétiens, c . J. Christ est vain-queur. Pour la colonne de Marcian , quoiqu’ellesoit de granit , ce n’est pas un ouvrage fort re-cherché; elle fait plus d’honneur à Mrs.Spon &Wheler qui Pont découverte les premiers, qu’àTatianus qui l’avoit dressée pour soûtenir la sta-tue, & peut-être l’urne où l’on avoit mislecœurde l’Empereur Marcian. II est surprenant quecette colonne ait échapé à la curiosité de Mr.Gilles dans son exacte description de Constanti-nople :. cette colonne est dans la cour d’un par-ticulier, proche la rué d’Andrinopole, auprès desbains d’Ibrahim Pacha.
Après avoir bien considéré cette rue la pluslongue & la plus large de la ville , ordinaire-ment on va fe promener aux Bafars ou Bezeslinsqui font les lieux où se vendent les plus bellesmarchandises. Le vieux & le nouveau Basiir nefont pas éloignez l’un de l'autre : ce font degrands bâtinhens quartez, couverts de dômes revêtus de plomb, soutenus par des arcades ct despilastres. Ii y a peu de marchandises fines dans
a Tí Jìjíi ïj'j'íí j íS’e.
Ami il. fart. 4 ,
AGE
le vieux d Basar, bâti par ordre dc Mahomet ÏLen 14.61. mais on y vend des armes & fur toutdes sabres & des siamois de chevaux : on y eutrouve d’enrichis d’òr , d’argent & de pierreries.Le Basar neuf est destiné pour toute fortes demarchandises; quoiqu’ii n’yait que des boutiquescl’orfévres , ou y vend aussi des fourrures, desvestes, des tapis, des étoffes d’or » d’argent, dcsoye, de poil de chèvre : les pierres précieusesct !a porcelaine n’y manquent pas. On travailleà le rebâtir depuis quatre ans : non feulement lesvoûtes feront tontes de briques, mais il fera beau-coup mieux éclairé qu’il n’étoit : on y fait mêmedes appartemens en divers endroits pour les offi-ciers qui font la garde & la ronde jour & nuit.Les marchandises font en grande sûreté dans ceslieux ; les portes eu fout fermées de bonne heu-re. Les Turcs vont coucher chez eux dans laville ; mais les marchands Chrétiens & les Juifsse retirent au-de .là de l’eau, ct,reviennent le len-demain au matin.
Le marché aux esclaves de l’un & de l’autresexe n’esl pas loiil de là : ces malheureux y fontassis dans une posture assez triste ; avant quede les marchander, on les considéré de tous cò-tez, on les examine , on leur fait frire l’exer-cice de tout ce qu’ils ont appris ; & bien souventtout cela se fait plusieurs fois dans la jour-née, fans que l’on conclue le marché : les hom-mes & même les femmes ausquelles la nature arefusé des charmes, font destinées pour les ser-vices les plus vils; mais les filles qui ont de labeauté ct de la jeunesse ne font .malheureusesqu’en ce qu’on les oblige [ordinairement à sui-vre la religion du pays. On va les choisir chezleurs maîtres, ct ces maîtres qui font des Juifs,prennent grand foin de leur éducation , afin dcles mieux vendre: car.il est du marché aux escla-ves , comme du marché aux chevaux où l’onn’amene pas souvent les plus beaux : 11 faut al-ler chez les Juifs pour voir de belles personnes:ils leur font apprendre à danser , à chanter, àjouer des instrumens, ct ne leur lastlènt rien né-gliger de ce qui peut inspirer de la tendresse. Ony voit des filles fort aimables, qui fe marientavantageusement ct qui ne fe ressentent plus del’esclavage ; elles ont la même liberté dans leursmaisons que les Turques de naissance.
Rien n’est si plaisant que de voir venir inces-samment de Hongrie , de Gréce , de Candie,de Russie, de Mengrclie & de Géorgie une pro-digieuse quantité de filles destinées pour le ser-vice des Tuics. Les Sultans , les Pachas ct lesplus grands Seigneurs choisissent souvent leursépouses parmi elles.
Les
c I. x. NIK A
<J Dam. Hist. íjSi **g. 4}