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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

Les filles que leur fort conduit dans le Serrai!,ne font pas toujours les mieux partagées; il elìvrai que celle d’un berger peut devenir Sultane,mais combien y en a-t-il de négligées par le Sul-tan. Après la mort du Sultan , on les enfermepour le reste de leurs jours dans le vieux Serrailoù elles sèchent de langueur, supposé qu’elles nesoient pas recherchées par quelque Pacha. Cevieux Serrail qui est proche de la Mosquée deSultan Bujazet, fut bâti par Mahomet II. Ony confine ces pauvres femmes ou filles pour ypleurer tout à loisir la mort du Prince , ou cellede leurs cnfans , que le nouveau Sultan fait quel-quefois étrangler : ce feroit un crime de pleurerdans le Serrail où loge l’Empereur; au contrai-re chacun s’empresse d’y témoigner de la joyepour son avenement à l’Empire.

Les bateleurs & les joueurs de gobelets s’af-femblent dans une grande place qui est auprès dela Mosquée de Sultan Bajazet , & y font lestours, à ce que l’on dit, très-fubtils ; nous n’eu-mes pas le temps de les voir, il faudroit resterdes années entières dans Constantinople pours’informer de tout ce qui fe paífe dans cettegrande ville, & nous n’y demeurâmes que peude jours, pendant lesquels nous ne cessâmes decourir. Malgré toute nôtre diligence, il ne nousfut pas possible d’aller au a Ckateau des sept tours,fitué tout au bout de la ville du côté de la terre-ferme & de la mer de Marmara. Toutlemondefçait que ce château a pris son nom de ces mê-mes tours qui font couvertes de plomb : c’est |uneefpece de Bastille où Pon met en prison les per-sonnes de distinction ; mais on aífûre qu’on enrefuse l’entrée aux étrangers depuis que le Che-valier de Beaujeu qui y étoit prisonnier, trouvale secret d’en sortir. Il avoir fait des prises IIconsidérables fur les Turcs, que le Grand Sei-gneur, pour fe vangcr de son évasion , fit couperla tête au Gouverneur du château. La porte'do-rée qui étoit la plus considérable de Constantino-ple fous les Empereurs Grecs , fe trouve dansl’enceinte de cette prison. Procope assure queJustinien en fit paver le chemin pour le passagedes armées. Du temps des Empereurs Grecs, ily avoir à cette porte une efpece de château qu’onappelloitle Ckateau rond. « Cantacuzene qui futEmpereur pendant quelque temps, nous apprendqu’il le rendît comme imprenable par les fortifi-cations qu’il y fit faire, elles furent démolies parson gendre Jean Paleologue, qui l'obligea de seretirer dans un monastère; cependant comme Ba-jazet menaçoit d’aflîeger la ville, Paleologue

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'€ Cantacnz,, iib% cap 4c, & 4 r.

N T. lettre XII lï

fortifia par de nouveaux ouvrages la porte dorée;à peine furent-ils achevez que d Bajazet par sesmenaces le contraignit de les faire abbatre. Sansla guerre que ce Sultan eut à soutenir contreTamerlan , il auroit sans doute assiégé & prisConstantinople : car Paleologue étoit trop foiblepour l’en empêcher. « La conquête de cette villeétoit réservée à Mahomet 11. : c’est lui qui fiemettre le château en Pétât qu’il est aujourd’hui.Pour y garder ses thresors' il fit ajouter troistours à celles qui étoient à la porte dorée & lafit murer : ces trois tours font dans l’enceinte dela ville , car le côté de la porte dorée regardela campagne : la place est pentagone , mais pe-tite & fans fossé du côté de Constantinople.

Nous avions grande envie d’aller voir les bas-relicfs qui font à cette porte. Mr. Spon assurequ’il y en a trois principaux ; Pun desquels re-présenté la chûte de Phaëton : le second , Her-cule qui mene le Cerbere , & le troisième, Ve-nus à qui Cupidon prête son flambeau pour mieuxdécouvrir îes beautez d’un Adonis qui est endor-mi : mais nous préférâmes la marche du Grand-Vizîr à toutes ces curioíitez. Les étrangers quine doivent pas faire un long séjour dans Con-stantinople, lëroient blâmables s’ils négligeoientî de voir ce spectacle; nous en fûmes éblouis,&cette cérémonie dura une demi-journée : nous lavîmes bien à nôtre aise dans la rue d’Andrinoplechez un particulier , où deux Janissaires deMr. P Ambassadeur nous avoient conduits. Tousles Pachas de PEmpîre qui se trouvèrent à Con-stantinople accompagnoient à cheval le premierVisìr , dont toute la maison étoit montée & équi-pée [superbement ; les autres Visirs furent de latête avec les Beglierbeys & les Sangiacs qui en! pareille occasion font obligez de marcher avec| tous leurs officiers & tous leurs domestiques :

1 les Agas ne manquent pas de s’y trouver , &

| Pon y volt encore passer en reveuë tous les gens; de loi qui ont affaire â ce Lieutenant général del’Empire : c’est un vrai triomphe pour lui. On yvolt les plus beaux chevaux du Levant, couvertsde housses traînantes jusques à terre , relevées cilbroderie f d’or & d’argent traits , qui durent dessiécles entiers , & qui font partie de Pheritagedesfamilles ; le reste du harnois brille de pierreries*La différence des turbans & des bonnets, fait unedes plus agréables varietez que Pon puisse s’ima-giner. Les sabres, les carquois , les fléchés , leszagayes, les vestes, les fourrures, les riches do-limans ; tout cela surpasse la description qu’on enpourroit faire. La seule chose qui me choqua ,B a c’est

d Ducas. cap, 4 ;

e Ducas . 48 . cbalcocondyl. L 7o, Leuncl. Pand, Turc, nttm, Ï19*

f , aurum ductile.