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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

A Tégard des autres Cavaliers , qu’on appelleZaims & Timariots , ce font des Chevaliers à quile Grand Seigneur donne à vie des Commande-riez appellées Titnars , à condition qu’fls entre-tiendront un certain nombre de Cavaliers pourson service. Les premiers Sultans étant les maî-tres des Fiefs de l’Empire, les érigèrent en Ba-ronies ou Commanderiez pour récompenser lesservices des plus braves , & fur tout pour le-ver 6c pour entretenir des troupes fans dé-bourser de l’argent : mais Soliman II. établitì’ordre & la discipline parmi ces Chevaliersou Barons de l'Empire, & l’on régla par ses or-dres le nombre des Cavaliers que chacun d’euxseroit,'obligé d’entretenir. Ce Corps a été non seu-ment très-puislant , mais très-illustre par toutl’Empire. L’avarice qui est le vice ordinaire desOrientaux, l’a fait tomber depuis quelques années.Les Vicerois & les Gouverneurs de Provincesfont fi bien par leurs intrigues à la Cour, que lesCommanderiez mêmes qui font hors de leursGouvernemcns, font données à leurs domestiques,ou à ceux qui en offrent le plus d’argent.

Les Zaims 6c les Timariots ne différent quasientre eux que par le revenu. Les Zaims ont lesplus fortes Commanderies, ót leurs revenus fontdepuis vingt mille , jusques à quatre-vingt dix-neuf mille neuf cens quatre-vingt dix-neuf aspres.S’il y avoit un afpre de plus , ce seroit le revenud’un Pacha : ainsi lorsqu’un Commandeur vient àmourir, l’on partage la Commanderie, supposéqu’elle ait augmenté de revenu sous le déifiant,comme cela arrive ordinairement ; car on les au-gmente plutôt que de les laisser dépérir. LesZaims doivent entretenir pour le moins quatre Ca-valiers , à raison de cinq mille aspres de rentepoux la dépense de chacun.'

Il y a deux sortes de Timariots , les uns reçoi-vent leurs provisions de la Porte , 6c les autresdu Viceroi du païs ; mais leurs équipages fontmoindres que ceux des Zaims , 6c leurs tentesplus petites 6c proportionnées à leur revenu. Ceuxqui reçoivent leurs patentes de la Cour , ont de-puis cinq ou six mille , jusques à dix-neuf milleneuf cens quatre-vingt dix-neuf aípres ; s’ils a-voient un afpre de plus , ils passeroient au rangdes Zaims. Ceux qui prennent des Lettres paten-tes des Vicerois , ont de revenu depuis trois mil-le aspres j ufqu’à six mille. Chaque Timarìot estobligé d’entretenir un Cavalier par chaque troismille aspres du revenu qu'il tire de fa Comman-derie.

Les Zaims 6c les Timariots doivent marcher•en personne à Tannée, aux premiers ordres qu’ilsreçoivent, fans que rien les. puisse dispcnscr.dece devoir; les malades vont en litière, 8c les en-sens. dans des paniers ou dans des berceaux. Les

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Timariots font oblige?, de fournir des paniers àleurs Cavaliers , qui s’en servent à porter la terrenécessaire pour combler les fosse? 6c les tranchéei.Cette cavalerie est mieux disciplinée que celléqu’on appelle proprement Spahis , quoique lesSpahis soient plus lestes 6c plus vigoureux : ceux-ci ne combattent que par pelotons à la tête desplus anciens Cavaliers , au lieu que les Zaims6c les Timariots font divise? par regimens , 6ccommande? par des Colonels fous les ordres desPachas. Le Pacha d’Alep est le Colonel géné-ral de cette cavalerie lorfqu’il se trouve à l’ar-mée, parce qu’étant naturellement le Seraskierde Tannée , c’est à lui à la commander en chefquand le Grand Vilìr n’y est pas.

Je devrois parler ici, Monseigneur, dela milice d’Egypte , mais comme je n’en ai pasfait le voyage, je ne la comtois pas asse? pouravoir Thonneur de vous en rendre compte. Jepasse donc à la Marine dont je me fuis informéavec foin à Constantinople 6c dans les Isles del’Archipel. II n’est pas surprenant que les Turcs 1soient lì foibles fur mer , car ils manquent debons Matelots , d’habiles Pilotes 6c d’Oíîìciersexpérimente?. À peine les Pilotes du Grand Sei-gneur savent-ils se lervir de la Bpusiole, 6c il n’enest pas question fur les Saïques qui font leursvaisseaux marchands. Ils ne comptent que par laconnoissance des côtes , qui est fort trompeuse,6c ils s’en rapportent ordinairement, dans les'longs voyages comme ceux de Syrie 6c d’Egypte ,à des Grecs qui ont fait là course sous des arma-teurs Chrétiens , ôt qui ont appris par routine àconnoître les terres d’Asie 6c d'Afrique. Cepen-dant si les Turcs vouloient s’appliquer à la na-vigation , ils se rendroient aisément les maîtres de‘la Mediterranée , 6c ils diffiperoient les Corsai-res qui font tant de tort à leur trafic. Sans com-pter le secours qu’ils pourroient tirer de la Gre-ce, des Isles de l’Arcbipel , de l’Egypte, & de lacôte d’Afrique ; la mer Noire seule leurfourni-roit plus de bois 6c plus d’agrets qu’il n’en fau-droit pour entretenir des armées formidables.Aujourd’hui les forces maritimes de ce grand Em-pire sc trouvent réduites à ?8. ou 30. vaisseaux deguerre , 6c Ton n’arme guere plus de 50. galères.Les Turcs ont eu des ilotes beaucoup plus puissan-tes du temps de Mahomet II. de Selim, de S0- 1liman II. mais ellës n’ont jamais fait de gran-des expéditions. Depuis la guerre de Candie osea fort négligé la marine , 6c peut-être qu’elle leseroit encore davantage, si Me?omorto Capitan-Pacha ne l’eût relevée de nos jours. L’àvantagequ’il ■ remporta aux Isles de Spalmadori fur lesVénitiens , lui valut la prise de Scio , 6c ranimale courage des Mahométans. Il avoit les talentsd’un grand homme de mer , 6c il n’oublioit rientE. 3 pour