Buch 
Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
Seite
100
JPEG-Download
 

O Y A G E

Elles sont dures, ligneuses, couvertes d’une écor-ce brune , & produisent plusieurs tiges de diffe-rentes grandeurs, lesquelles environnent le tronc.Le bois en est blanc, cassant, revêtu d’une écor-ce grisâtre , plus foncée en quelques endroits.Les branches lbnt assez touffues & naissent desle bas , mal formées , inégales , garnies feule-ment de feuilles vers les extrémité?,. Ces feuilles,quoique rangées fans ordre , font d’une grandebeauté & ressemblent tout - à-fait à celles duLaurier-Cerise. Les plus grandes ont sept ou huitpouces de long fur environ deux ou trois poucesde large ; & font terminées en pointe par leSdeux bouts, vert - gai, lisses, presque luisantes,fermes & solides. Le dos qui n’eít que rallonge-ment de la queue , laquelle a près de deux pou-ces de long , est relevé d'utre grosse côte Allouéeen devant, dont les subdivisions principales fontcomme alternes. Les feuilles diminuent à mesurequ’elles approchent des sommitez , quoiqu’on yen apperçoive assez souvent qui sont encore plusgrandes que les inferieures. Depuis la fin du moisd’Avril jusques à ta fin de Juin , ces sommitez ,font chargées de bouquets de 4, ou 5. pouces dediamètre , composez chacun de vingt ou trentefleurs , à la naissance desquelles se trouve unefeuille longue seulement d’un pouce & demi,membraneuse, blanchâtre , large de 4. qu y. li-gnes , creuse & pointue. Le pédicule des fleurs adepuis un pouce jusques à 15. lignes de longueur,mais il n’est épais que d’environ demi ligne. Cha-que fleur est d’une feule piece, longue d'un pou-ce & demi ou deux , rétreciedans le fond, évaséecfe découpée en cinq ou six parties. Celle d’en hautqui est quelquefois la plus grande, est large d’en-viron sept à huit lignes » arrondie par le bout demême que les autres , légèrement frisée, ornéevers le milieu de quelques points jaunes ramassezen maniéré d’une grosse tache. Les parties d’enbas font un peu moindres & recoupées plus pro-fondément que les autres. A l’égard de la couleurde cette fleur, le plus souvent elle est violette ti-rant sur le grisdelin. On trouve des pieds de cetteplante à fleurs blanches , & d’autres à fleurs pur-purines plus ou moins foncées , mais toutes cesfleurs font marquées des mêmes points jaunes donton vient de parler, & leurs étamines qui naissenten touffe, font plus ou moins colorées de purpu-rin , quoique blanches & cotonneuses à leur nais-sance , ces étamines font inégales , crochues &environnent le piítile. Leurs sommets font posezen travers, longs de deux lignes fur une ligne delarge , divisez en deux bourses pleines d’une pous-sière jaunâtre. Le calice n’a qu’environ une ligne& demi de longueur , légèrement cannelé en cinq ,six, ou sept côtes purpurines.- Le pistile est une

espece de cône de deux lignes de haut , relevé Zfa baze d’un ourlet verdâtre & comme frisé. Unfilet purpurin, courbe & long de 1 y. ou 18. lignes,termine ce jeune fruit & finit par un bouton vert-pâle. Les bouquets de fleurs font très-gluants avantqu’elles s’épanouïssent. Lorsqu’elles font passées,le pistile devient un fruit ciiindtique , long d’unpouce à 15 ligues, épais d’environ quatre lignes,cannelé, arrondi par les deux bouts, 11 s’ouvrepar le haut en cinq ou six parties , & laisse voirautant de loges qui le partagent en fa longueur,séparées les unes des autres par les ailes d’un pivorqui en occupe le milieu. C’est ce pivot qui est ter-miné par le filet du pistile; & bien loin de se des-sécher , il devient plus long tandis que le fruit estvert , & ne tombe point ìorsqu’il est mur. Lesgraines sont très-menuës, brun-clair, longues deprès d’une ligne. Les feuilles de cette plante sontstiptiques. Les fleurs ont une odeur agréable,mais qui se passe facilement.

Cette plante aime la terre grasse, humide, &vient sur les côtes de la Mer Noire le long desruisseaux , depuis la riviered’Ava a jusques à Tre-bisonde. Cette espece passe pour malfaisante.. Lesbestiaux n’en mangent que lorsqu’ils ne trouventpas de meilleure nourriture, Quelque belle quesoit sa fleur, je ne m’avisai pas de la prescnter auPacha Numan Cuperli , Beglierbei d’Erzeron,dans le temps que j’eus l’hontieur de raccompa-gner fur la Mer Noire ; mais pour la fleur de l’es-pece précédente, elle me parut si belle, quej’enfis de gros bouquets pour mettre dans fa Tente ;cependant je fus averti par ion Chiaia, que cettefleur exdtoit des vapeurs & caufoit des vertiges.La raillerie me parut assez plaisante, car le Pachase plaignoit de ces fortes d’incommoditez. LeChiaia me fit connoître qu’il ne rail loir point, &m’assûra qu’il venoît d’apprendre des gens dupays , que cette fleur étoit nuisible au cerveau.Ces bonnes gens par une tradition fort ancienne ,.fondée apparemment fur plusieurs observations,as-surent aussi que le miel que les abeilles font aprèsavoir succé cette fleur, étourdit ceux qui en man-gent , & leur cause des nausées.

Dioscoride a parlé de ce miel à peu près dans-les mêmes termes. Autour d'Heraclée du Pont tdit -il, en certains tems de l'année , le miel rend'infenjez ceux qui en mangent, & c’est fans doute parla vertu des fleurs d'où il est tiré. Ils suent abon-damment , mais on les soulage en leur donnant de laRhuë , de s Salines , ífi de l'Hydromel à mesureqnìh vomissent. Ce miel , ajoûte le même Auteur,est acre & sait éterniser. Il efface les rousseurs duvisage fi on le broyé avec du Coflus. Mêlé avec du-fiel ou de PAlols , il dissipe les noirceurs que laissentles meurtrisures. Si Us- Chiens m les Cochons ava-

S SaSjjarí 1