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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

désagréable qu’en ce qu’on répctoît toûjours lemême air : comme fi les musiciens n’eussent sçûqu’une seule chanson. Quoique leurs instrumenssoient différons des nôtres, nos oreilles s’en ac-commodoient assez. Un jour le Pacha m’ayantfait shonneur de me demander comment je trou-vais fa musque , je lui répondis quelle e'toit ex-cellente , mais _ un peu trop uniforme. 11 me répli-qua, que •c’ étoit dans P uniformité' que confifloit labeauté des choses. II est vrai que l’uriiformité estune des principales vertus de ce Seigneur, car ilparoît d’une humeur inaltérable. La premierechamade commençoit ordinairement une heureavant la marche , c’étoit pour éveiller tout lemonde. On entendoit la seconde environ demiheure après , elle scrvoit de lignai pour défiler.La troisième commençoit au départ du Pacha quiétoit toûjours à la queue de la Caravane, à ladistance de 4. ou 5. cens pas La musique ceíìoít& recommençait plusieurs fois pendant la route,suivant le caprice des musiciens qui redoublaient jleur íimphonic en arrivant au Conac , où l'on fplantait devant la.Tente du Pacha les deux au- 'fres queues de cheval qui avaient servi à la m a r- Iche. Le Chaoux Bichi ayant reçu Tordre , pré-paie la troisième queue, éts’en alloit marquer legîte du lendemain.

Nous fûmes bien-tôt faits à ce manege, Nousnous levions à la premiere chamade , & nousmentions à cheval à la seconde ; les Officiers duPacha chassaient tout le monde comme des mou-tons en criant Aideder , Aideder , c’est à diremarchez , marchez. Ils ne permettent à qui quece soit de se mêler parmi les gens de la Maison ,& Ton s’exposeroit à quelques coups de bâton fil’on y étoit surpris. Les Turcs font gens d’ordreen tout ce qu’ils font, & fur tout dans leurs mar-ches. Les Catergls ou Voituriers se levoient uneheure avant le signal , & tout étoit chargé avantque la chamade de la marche sonnât. J’admiroissouvent leur exactitude; tout cela se passait sansbruit, K bien souvent nous n’étions avertis quel’on chargeoit , que par la lueur des fanaux.

O11 passa ce jour-là 4. Juin par des monta-gnes fort élevées , & l’on avança toûjours versle Sud-Est. Nous ne prîmes pas la route laipluscourte pour aller à Erzeron ; le Pacha voulutsuivre la plus commode & la moins rude ;plûpart des marchands cn étaient chagrins ,nous en étions ravis , dans Tesperance de voirbeaucoup de pays, persuadez Tailleurs que nousne trouverions jamais de Caravane plus seure.On observa ce jour-là les mêmes plantes que l’onavoit veuës autour de Trebîlonde; mais ce quinous fit plus de plaisir, c’est que nous connûmespar la marche de la Caravane que nous aurionsdans la fuite assez de temps pour découvrir des

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plantes , tant fur les grands chemins , que fur lescollines voisines. En ester, nous mettant le matinà la tête de la Caravane , nous prenions chacunun sac & nous nous détachions à quelques pas ,tantôt à droit , tantôt à gauche , pour amasser cequi se présentoir. Les marchands rioient de nousvoir descendre de cheval & remonter, pour nefaire que cueillir des plantes qu’ils méprisaientfort, parce qu’ils ne les connaissaient pas. Nousmenions quelquefois nos chevaux par la bride,ou nous les faisions mener par nos voituriers,afin de faire nôtre récolte plus à nôtre aise. Aupremier gîte nous décrivions nos plantes tout enmangeant , & M. Aubriet en dessmoit le plusqu’il pouvait.

J’apprehende , Monseigneur , que le détail denôtre marche par journées ne soit languissant ;mais il ne fera pas inutile pour la Géographie &pour la connaissance du pays. Je fuis persuadé mê-me que ce grand détail vous ennuyera moins queles autres, vous qui sçavez faire un si bon usagedes moindres circonstances dont on a shonneurde vous rendre compte. De plus habiles gens quemoi profiteront peut-être aussi de ce Journal; unemontagne , une grande plaine , des gorges, unerivière, servent souvent à déterminer des endroitsoù se font passées de grandes actions.

Le 5. Juin nous marchâmes depuis 4. heuresdu matin jusques à midi à travers de grandesmontagnes couvertes de Chênes, de Hêtres , deSapins ordinaires, & d’autres qui ont le fruit fortpetit , dont nous avions veû de pareils dans lesmontagnes du Monastère de Saint Jean de Tre-bisonde. Nous observâmes dans nôtre route, ou-tre le Charme commun , une autre eípece beau-coup plus petite dans toutes ses parties. Ses feuil-les n’ont qu'un pouce de long , & ses fruits fonttrès-courts. Ce Charme a levé de graine dans leJardin du Roi, & n’a pas changé. Les especes deChamicrhododendros à fleur purpurine & à fleur jau-ne, se faisaient voir assez srequemment le longdes ruisseaux. Nous campâmes ce jour-là dansune plaine couverte de neige, dont la terre n’avoitencore rien produit. Quoique ces montagnes soientmoins hautes que les Alpes & que les Pyrénées,elics font aussi tardives , car la neige 11’y fondqu’à la fin du mois d’Août. Parmi plusieurs Plan-tes rares , nous observâmes une belle espece deRenoncule à gros bouquets de fleurs blanches.

Ses feuilles sont larges de trois ou quatre pou-ces , semblables par leurs découpures à celles deP Aconit ‘ïueloup , vert-gai, lisses, veinées pro-prement , parsemées de poils fur les bords & cndessous, soutenues par un pédicule long de 4. ou5.pouces, vert-pâle, velu, épais de deux lignes,assez rond, fistuleux , large de 4. lignes à fa ba-se , où il est plié en maniéré de goutiere. La tige

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