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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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sert de couvert à ces sortes de maisons portatives,dont l’encersite, qui fait le corps du logis, est unquarté long fermé par des treillis decannes de lahauteur d’un homme, tapissez en dedans de bon-nes nattes. Lorsqu’il faut déménager ils plientleur maison comme un paravent, & la chargentavec leurs ustencilles & leur enfans fur des b cents& fur des vaches. Ces enfans font prctque nudsdans le froid, ils ne boivent que de l’eau de gla-ce , ou du lait bouilli à la íumée des bonzes devache que l’on amasse avec beaucoup de foin ,car autrement leur cuiiîne fcroit trcs-froide. V oi-la comment les Curdes vivent en chassant leurstroupeaux de montagne en montagne. Ils s’arrê-tent aux bons pâturages , mais il faut en décam-per au commencement d’Octobre & passer dans leCurdistan ou dans la Mésopotamie. Les hommesfont bien montez & prennent grand foin de leurschevaux; ils n’ont que des lances pour armes. Lesfemmes vont, partie fur des chevaux , partie furdes bœufs. Nous vîmes sortir une troupe de cesProferpines qui-venoicntpour voir l’Evêquc, & furtout nous qui passions pour des Ours que l’on me-noit promener. Quelques-unes avoient une bag;uequi leur perçoit une des narines ; on nous aíìuraque c’étoient des Fiancées. Elles paroissien! fortes& vigoureuses , mais elles font fort laides ,& ontdans la phifionomie un certain air de férocité.Elles ont les yeux peu ouverts, la bouche extre-mement fendue, les cheveux noirs commejay, &le teint farineux & couperosé. *

Nous voici pourtant , lans y penser, en paysd’érudition.-Qui lecroiroit, Monseigneur, parmides Proferpines &des Curdes? La montagne oùfont les sources de l’Euphratc doit être une des di-visions septentrionales du Mont ‘Taurtts suivantStrabon ; & ce Mont Taurusavec ses branches &ses Chênes occupe presque toute l’Aiìe mineure.Denys le Géographe nomme le Mont Arménien , ce-lui d'où fort l’Euphrate. Les Anciens l’ont appelleParyardcs. Strabon s’explique plus clairement dansun autre endroit, où il dit positivement que l’Eu-phrate & l’Araxes sortent tous deux du Mont Abos,qui est une portion du Mont Taurus. Pline assureque l’Euphrate vient d’une Province appellée laCaranltide dans la grande Arménie que DomitiusCorbulo, qui avoir été fur les lieux , appelle leMont Aba , & que Nutianus , qui avoir aussi vû cepays-là , nomme Capotes. Eustathe , fur DenysPeriegete, ,1a nomme Aches.

Mitridate passa par les sources de l’Euphrateen s’enfuyant dans la Colchide , après avoir étébattu par Pompée. II y a beaucoup d’apparenceqpe faction se passa dans la plaine d’Erzeron ; carles deux branches de l’Euphrate dont on a parlé ,peuvent être appellées ses sources par les Histo-riens. Procope n’apas connû ces sources , il les

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fait sortir de la même montagne que celles du<Tigre, II y a, dit-il , une montagne en Arménieà cinq milles & démi de Tbeodojìopoìis , d’où sor-tent deux grands fleuves ; celui qui passe à droites'appel le l’Euphrate, & l’autre le Tigre. Strabona eû raison de dire que ks sources de ces rivières^étoient éloignées de deux cens cinquante milles ,ou de deux mille cinq cens stades. Pompée ;comme dît Flores , t'Ut le premier qui fit dresserun pont de batteaux fur l’Euphrate, dans le terrisqu’il pourfuivoit Mitridate. Ce fut apparemmentvers le coude que cette rivière fait après que sesdeux branches fe font jointes à Mommacotum.-Quelques années auparavant Lucullus avoit sa-crifié un Taureau à cette fameuse Riviere pouren obtenir un passage favorable-

On croit ordinairement qu’Erzcron est l’an-cienne ville de Theodojiopolis , neantmoins la cho-se ne paroit pas trop aíïûrée , si ce n’esl que l’onsuppose, comme cela fe peut , que les habitansá'Artze fe fussent retirez à Theodosiopolis aprèsqu’on eut détruit leurs maisons. Cedren rappor-te que fous l’Empereur Constantin Monomaqud 'qui mourut vers le milieu du onzième siécle,Artze ctoit un grand Bourg plein de richesses»habité non seulement par les Marchand du pays,mais aussi par plusieurs autres Marchands ou Fac-teurs Syriens, Arméniens, & autres de différen-tes nations , qui comptant beaucoup fur leufgrand nombre & fur leurs forces , ne voulurentpas fe retirer avec leurs effets à Theodosiopolispendant les guerres que l’Empereur eût avec les ■Mahométans. Theodosiopolis étoit une grande& puissante ville qui passoit pour imprenabledans ce temps-là, & qui étoit située tout proched’Artze. Les Infidèles ne manquèrent pas d’assié-ger ce Bourg ; les habitans fe défendirent vigou-reusement pendant six jours , retranchez fur lestoits de leurs maisons , d’où ils ne cessaient de'jetter des pierres & des fléchés. Abraham Géné-ral des assiégeans , voyant leur opiniâtre réfìslau- -ce & appréhendant que la Place ne fût secouruesy fit mettre le feu de touscòtez , sacrifiant un siriche butin à sa réputation. Cedren assure qu’il fpérit cent quarante mille âmes, ou par le fer oa‘par le feu. Les maris , dit-il , fe précipitoientrdans les fiâmes avec leurs femmes &• leurs en-fans. Abraham y trouva beaucoup d’or & des 1 'ferrements que le feu n’avoit pû dévorer. II enfit sortir plusieurs chevaux & autres bêtes de ;somme. Zonarc raconte à peu près la même cho-se de la destruction d’Artze, mais il ne parle pas tde Theodosiopolis. Cet Auteur assure feulement squ’Artze étoit fans muraille , & que ses habitans <en avoient fortifié les avenues avec du bois , je •crois qu’ils consumèrent tout celui qui étoit aux tenvirons, car depuis ce temps-là l’espece s’en est t