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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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voleurs étant à nos trousses , nous leurs avionsdérobé une marche : si la chose étoit ainsi elleí’étoit passée fort innocemment de nôtre part,car aucun de nous n’avoît pensé à les tromper;heureusement nous n’entendîmes plus parlerd’eux. Nous descendîmes le lendemain , des mon-tagnes fur les dix heures pour entrer dans uneassez belle plaine où nous campâmes à Chaîneméchant village fur un ruisseau qui tombe dequelques collines où l'herbe ne saisoit que denaître. A peine trouvoit - on à faire paître leschevaux dans les meilleurs fonds. Les chemins yfont bordez de cette belle espece à’Echium àfleur rouge, que Clusius , le plus grand obser-vateur de Plantes de Ion temps , avoit découver-te en Hongtie. Les tiges naissent trois ou quatreensemble , hautes d’un pied & demi ou deux ,épaisses de trois lignes, vert-pâle , piquées derouge brun , cassantes , hérissées de poils blancs,garnies de feuilles longues dc demi pied & largesseulement de demi pouce , de la même couleur& tiffûre que celles de VEch'mm commun , maisbeaucoup plus hérissées des deux côtez. Elles di-minuent jusques en haut ; & de leurs aisselles,presque depuis la moitié de la tige jusques à l’ex-trémité, naissent des brins longs d’un pouce &demi courbez en queue de Scorpion , fur les-quelles s’appuyent deux rangs de fleurs hautesde 8. ou 9. lignes, rétrecies en maniéré de tuyaurecourbé, évasé & découpé eu cinq parties ar-rondies , dont les inferieures font plus courtesque la superieure. Ces fleurs font rouges couleurde Garence & fans feu. Les étamines, qui dé-bordent de trois côtez, font un peu plus éclatan-tes, mais leurs sommets font foncez. Le caliceest d’environ demi pouce , découpé en cinq par-ties fort étroites & fort velues. Lepistiieest à 4.embryons, lesquels dans la fuite deviennent au-tant de graines longues d’utie ligne & demi ,brunes, de la figure de la tête d’une vipère.

Le iî. Juillet on partit fur les quatre heuresdu matin , & nous marchâmes jusques à mididans une des plus belles plaines qu’011 puisse voir.La terre , quoique noire & grasse , n’y produitpas beaucoup, parce qu’il y gèle la nuit, & noustrouvions souvent de la glace autour des fontai-nes avant le lever du soleil. Quelque chaud qu’ily faste le jour , le froid de la nuit retarde fu-rieusement les plantes : les bleds n’avoient pasplus d’un pied de haut, & les autres fiantes n’é-toient pas plus avancées qu’clles le font à la find’Avril aux environs de Paris. La maniéré de la-bourer ces terres est encore plus surprenante,car on attache jusques à dix ou douze paires deBœufs à une charrue. Chaque paire de Bœufs ason postillon , & le labotreur pousse encore lefoc avec le pied; tous lems efforts aboutissent à

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faire des sillons plus profonds qu’à l’ordinaîrc»L’expérience fans doute leur a appris qu’il falloircreuser bien avant, soit pour mêler la terre su-perficielle qui est trop seche , avec celle dedessous qui l’est moins , soit pour garentir lesgraines des grandes gelées , car fans cela ils neprendroient pas tant de peine & ne ferolent pastant de dépense inutilement. Nous en demandâ-mes plusieurs fois la raison à nos conducteurs,qui se contentèrent de nous dire que c’étoit lamode du pays. On ne voit aucun arbre parmices champs , mais seulement quelques Pins quel’on traîne fur les grands chemins pour les con-duire dans les villes & les villages, en y attelantautant de Bœufs qu’il eu faut pour les transpor-ter. Cela ne nous surprenoit pas. On ne rencon-tre autre chose en Arménie que des Bœufs oudes Bustes attelez ou chargez à dos comme desmulets. Les Pins cependant, de l’aveu des gensdu pays, commencent à devenir fort clair se-mez , & l’on en découvre peu qui levent de grai-ne. Je ne sçai comment ils feront quand on auracoupé tous les grands arbres, car ils ne sçauroientbâtir sans ce secours ; je ne dis pas les meilleu-res maisons où l’on n’employe les poutres que poursoutenir les couverts ; je parle des chaumièresqui font les maisons les plus communes , dontles quatre murailles font fabriquées avec des Pinsrangez par la pointe , à angles droits , les unsfur les autres jusques au couvert, & arrêtez dansles coins avec des chevilles de bois. Nous 11etrouvâmes aucune Plante nouvelle ce jour-!à, &nous fûmes un peu allartnez de voir parmi quel-ques Plantes rares que nous avions observées plusd’une fois , des Mauves ordinaires , du Plan-tain , de la Pariétaire , & fur-tout d u Bouillon-blanc , du Pelar & de cette Plante que l’on vendà Paris pour le cours de ventre , fous le nom deThalitron. Nous croyions être revenus en Euro-pe , cependant nous arrivâmes insensiblement àCars après une marche de sept heures.

Carscft la derniere place de la Turquie fur lafrontière de Perse, que les Turcs ne connoilsentque sous le nom d y Agem. Je me trouvai embar-rassé un jour chez le Beglierbey , qui me fit de-mander ce que l’on diíoït en France de l’Empe-reur d’Agcm ? Heureusement il me souvint d’a-voir lû dans Cornuti que le Lilac de Perse s’ap- *pelloit Agem Lilac , & cela me fit comprendrequ 'Agem devoir lignifier la Perse. Pour revenirà Gars, la ville est bâtie fur une côte exposée auSud-Sud-Est. L’enceinte en est presque quarrée& un peu plus grande que la moitié de celle d’Er-zeron. Le Château de Gars est fort escarpé surun rocher tout au haut de la ville. II paroît assezbien entretenu , mais il n’est défendu que parde vieilles tours. Le reste de la place est comme

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