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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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possible de mettre sur une feuille de papier lesnoms des principales villes de leur Empire. LePasseport du Beglierbey d’Erzcron porte , dit-il,que vous viendrez ici , mais il ne marque pasque vous. passerez plus avant. Comme j’en avoisfait faire une traduction à E r zéro n , je suppliay]e Chiaïa de le relire , protestant que le Beglier-bey. nous avoit fait assurer , que fur son Passe-port on ne feroic aucune difficulté de nous laisserpasser de Cars dans le Gurgilìan qui appartient àl’Empereur d’Agem , & que c’étoit-là nôtre vé-ritable dessein. Après quelques contestations furce Paílèport , nous lui fîmes dire que nous se-rions bien aises de baiser la veste du Pacha . &de luipresenter la lettre du Beglierbey. II répon-dit qu’il se chargeoit de cette lettre , mais qu’aí-surément le Pacha ne nous laissçroit pas sortirdes terres du Grand Seigneur; qu’il alloit s’enéclaircir fur l’heure. En effet il nous quitta brus-quement pour passer, à ce qu’on nous dit, dansl’appartement du Pacha.

Après avoir attendu fort long-temps , on nousavertit que nous courions risque de coucher dans]a rue si nous ne gagnions vîce le fauxbourg oùémit nôtre Caravanserai. Quoique les Turcs &les Persans vivent dans une paix aussi tranquillequ’on la puisse souhaitter , ils ne laissent pas defermer les . portes de leur ville lorsque le lblcillè couche. Avant que de sortir de chez le Chiaïa,je sis prier par nôtre Interprète , un de ses valetsde lui dire , que nous étions obligez de nous re-tirer à cause de la nuit , mais que nous serionsravis d’apprendre nôtre destinée avant que desortir. Il nous fit sçavoir que !e Pacha son Maî-tre, après avoir lû & examiné la lettre du Beg-lierbey , ne pouvoir se. dispenser de nous laisserpasser; mais qu’on feroit assembler le lendemainle Moufti, le Janissaire Aga, le Cadi, & les plusapparens de la ville pour en faire la lecture ; quefans cette précaution le Pacha pouroit bien per-dre fa tête, si on veuoit à sçavoir à Constanti-nople qu’il n’eût pas fait arrêter trois Francs,qui peut-être étoient des espions du Grand Ducde Moscovie. Toutes ces cérémonies nous cha-grinoient fort: nous appréhendions qu’elles netramassent en longueur , & que de difficulté endifficulté on ne laissât partir nôtre Caravane fansnous ; ainsi nous soupâmes assez tristement. DeuxEmisiâires du Chiaïa eurent la bonté le lendemainau matin de nous eveiller à la pointe du jour, &de nous dire fans façon que l’on venoit de décou-vrir que nous étions des espions ; que le Pachan’en étoit pas encore informé,& qu’ainsi la chosen’étoitpas fans retnede , mais que nous pouvionscpmpter que les avis venoient de bonne part.Gomme nous ne paroissiens gueres a!Iarmez deleurs discours, ils nous asseuréreltt que les espions

Y A G E

en Turquie étoient coiidamnez au feu, & queles plus honnêtes gens de la Caravane étoient prêtsà déclarer que fous prétexte de chercher des Plan-tes , nous observions la situation & les muraillesdes villes , que nous en prenions le Plan , quenous nous informions avec foin des troupes qui s’ytrouvoient , que nous voulions sçavoir d’où ve-noient les moindres rivières , que tout cela me-ritoit punition. Ainsi parloir celui qui paroissoitêtre le plus méchant des deux ; l’autre qui scm-bloit plus doux , difoit qu’il n’y avoit pas d’appa-reneeque nous fussions venus de si loin pour n’a-masser que du foin. Nous nous retranchions tou-jours fur les bons témoignages que le Beglierbey.d’Erzcron portoit de nous dans íìi lettre. Ils répon-dolent qu’on n’en pouvoir pas faire la lecture,que le Cadi ne fût venu de la campagne où il de-voir rester encore un jour ou deux. Nous nous.séparâmes assez froidement là-dessus.

Heureusement en nous promenant par la ville,nous rencontrâmes un Aga.du Beglierbey d’Erze-ron , qui ne íaisoit que d’arriver & qui nous re-connut d’abord , parce qu’il nous avoit veû trai-ter des malades dans le Palais. Après les premiè-res civilité/, , nous lui contâmes l’emòarras oùnous étions. Surpris de nôtre avanture , il allachez le Chiaïa du Pacha, & lui témoigna en nô-tre présence qu’on n’avoit pas raison de nous re-fuser le passage ; que !e Beglierbey Coprogli , àqui nous avions été recommandez à Constantino-ple par l'Ambassadeur de l'Empereur de France,nous honnoroit dc fa protection ; que nous avionseû Fhonneur de l’accompagner de Constantino-ple à Erzeron , qu’il s’étoit bien trouvé de nosconseils & de nos remedes, qu’enfin on ne devoirpas recevoir de cette maniéré des gens qui étoientsi bien recommandez de fa part. ïl nous fit signede nous retirer , & nous fit assurer par son valetque nous serións satisfaits dans peujde temps. Nousentrâmes dans un cassé pour attendre la décisionde cette grandeaffaire. Un moment après, les mê-mes Chiodars du Chiaïa , qui nous avoient trai-tez d’espions du Grand Duc de Moscovie, & quiétoient, à ce que je crois, nos espions, car ilsnous gardoient à veue , vinrent nous annonceravec une joye feinte & dans le dessein de tirerquclqu’argent de nous, que tous les passages del’Empire étoient ouverts pour nous ; mais qu'assu-rément on nous auroit arrêtez lans la lettre duBeglierbey d’Erzerou ,iou qu’au moins on nous au-roit fait payer une grosse avanie , comme il arri-ve à tous ceux qui passent de Turquie en Perse.Dans ce temps-là nôtre Aga libérateur sortit , &nous vint prendre pour nous présenter au Chiaïa,qui nous fit donner à fumer & à boire du cassé. IInous assura, que nous pouvions partir quand ilnous plairott; qu’en considération du Beglierbey