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VOYAGE
bon ordre, jugèrent à propos de se retirer. Cesmalheureux font des montagnards qui volentquand ils se trouvent les plus forts, & qui n’ontpas l’esprít de s’cntendre ni de bien faire leursparties. 11 est certain que s’ils nous avoient atta-quez avec fermeté, ils auroient enlevé la moi-tié des balles de soye. Quelques voleurs de nuitqui se mêlèrent avec nous fur le matin , dans letemps qu’on chargeoit les balles , furent bienplus habiles car ils détournèrent deux muletsavec leur charge , & l’on n’en entendit plus par-ler. Les montagnes par où nous passâmes fontcouvertes de taillis de Charmes, parmi lesquelson voit des Pins , de la Sabine & d n Genièvre.Les Melons d'eau sont excellens dans tousces quartiers-là ; les meilleurs ont la chair rouge-pâle ; & les graines rouge-brun tirant fur le noir;les autres ont la chair jaunâtre'& la graine noi-re; les moins sucrez ont la chair blanche.
Le z r. Septembre nors partîmes à 5. heures-du matin, & passâmes fur la plus haute, laplusrude & le plus ennuyeuse montagne du pays ,toujours fur nos gardes de peur des voleurs. Lav.eûe d’une infinité de Plantes rares nous confo-loît de nos allarmes ; ces Plantes naissent parmile Chêne commun , le Saule musque ', l’ Alisier ,le Tamaris , les Pins, l’ Epine -vinette à fruit
mtr.
Le 2z. Septembre nous 11e découvrîmes de-puis í. heures du matin jusques à midi, que desroches fort escarpées toutes de marbre blanc ,ou de jaspe rouge & blanc , parmi lesquellescoule avec rapidité, du Levant au Couchant, lariviere de Carmili. Nous eûmes pour gîte unmauvais Ciravanscrài, ou plûtôt une grange danslaquelle nous trouvâmes une banquette haute detrois pieds, fur quoi chacun étendit son équipa-ge. Les Turcs ne portent qu’un tapis pour toutmeuble de nuit. Ce lieu n’étoit éclairé que pardes ouvertures plus petites que les fenêtres deschambres des Capucins. Nous fûmes heureuxde trouver cette retraite , car outre qu’ll plûtpresque tout le jour, il tomba aussi de la grêlependant toute la nuit. Nous observâmes ce j our-la des Amandiers sauvages qui sont beaucoup pluspetits que l ’Amandier commun , maissteurs bran-ches ne sont pas terminées par un piquant com-me celles de l’Amandier sauvage qui naît enCandie. Les feuilles de l’espece dont nous par-lons , n’ont que quatre ou cinq lignes de largefur un pouce L demi de long , & font de mêmecouleur & de même tissure que celles de nosAmandiers. Le fruit du sauvage est à peine de 8-ou 9. lignes de long fur 7. ou 8. lignes de large,mais il est très-dur. Le noyau est moins arna-que celui de nos amandes ameres , & sent leaoyau du fruit du Pêcher. On, voit aussi dans
ces quartters-là une efpece de Micocoulier qui meparut fort remarquable.
Cet arbre ne vient guere plus haut qu’un Pru-nier , mais il est plus touffu ; ses branches ontle bois blanc avec l’ccorce vert-brun ; ses feuillessont plus roides-& plus fermes que celles de nô-tre Micocoulier , plus petites , plus épaisses, moinspointues, longues ordinairement d’un pouce & de-mi , assez semblables à celles du Pommier rmais de la tissure de celles du Micocoulier ; el-les sont vert-brun en dessus. vert blanchâtre endélions , de saveur d’herbe , dentées fur lesbords, & l’une des oreilles de leur base est pluspetite & plus basse que l’autre. Les fruits nais-sent dans les aisselles de ses feuilles, longs de 4.'lignes presque ovales , jaunes , tirans fur le brunquand ils sont bien meurs. Leur chair est jau-nâtre, douce, mais siiptîque, le noyau est verd& renferme une graine moelleuse comme l’espe-ce commune.
Le 25. Septembre nôtre marche fut de 8. heu-res & demi ; on trouva à la sortie du Caravanfe-rai une montagne fort haute , fort rude& toute pe-lée j mais nous entrâmes ensuite dans une grande& belle Plaine où n on s campâmes auprès d’un vil-lage appelle Curtanos. Le 24. nous partîmes à 4.heures du matin de la plaine de Curtanos, &paíïames fur une montagne & dans des valléesfort rudes où coule, à droite du chemin , uneriviere toute rouge par la grande quantité de Bolqu’elle détrempe. Elle serpente par des defilezsort dangereux où à peine des bêtes de somme peu-\ vent passer les unes après les autres. Ces défí-| lez nous conduisirent enfin au pied d’autresmon-j tagnes toutes hérissées de pointes , fur la plusi haute desquelles est bâtie la ville de Chonac ouCouleisar , petite Place disposée en amphithéâ-tre , & terminée par un vieux château. La ri-viere , qui paroît toute sanglante» pâlie au bas.de la montagne & rend le passage encore plus af-freux. Les environs sont horriblement eicarpez,mais on change tout d’un coup de situation , carpassé' Chonac on entre dans une des plus bellesvallées d’Alie , remplie de vignobles & de ver-gers., Ce changement auquel on ne s’attend pasnaturellement , fait un contraste fort agréablequi dure jufqu’à Agimbrat ou Agìmourat peti-te ville à une heure & demi de Chonac. Agim-brat est fur une montagne semblable à un pâtéécrasé', au pied duquel passe la même riviere.Un rocher s’éleve à côté de la ville , fur lequelest un ancien château ruiné qui gardoit ancienne-ment ce passage de la la vallée. Nous ne vîmes quede belles Plantes pendant toute cette journée;,les vignobles font mêlez de Pêchers ,i à'Abrico-tiers, & de Pruniers. Nôtre gîte fut très-agréa-ble , c’est un beau. Caravauíèrai au pied de la ri-viere .