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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVANT. Lettre XXL

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gnes fur deux lignes d’épais , noirs , couvertsd’une fleur semblable à celle des prunes fraîches,pleins d’un suc violet moins aigre & beaucoupplus agréable que celui de l’ Epne-vinette. L’ar-brisseau dont nous parlons, a les feuilles longuesd’environ deux pouces fur près de 10. lignes delargeur , aigrelettes & dentées. Le bois en estjaune , garni d’épines dures , quelques-unes sim-ples , & les autres à deux ou trois piquans.Cette plante a levé de graine dans le Jardin duRoi.

Le 16. Septembre on marcha depuis quatreheures St demi du matin jusques à une heure aprèsmidi , dans une vallée étroite , désagréable , in-culte , où l’on ne trouve qu’un seul Caravanse-rai , & où l’Euphrate qui coule toujours versl’Ouest fait plusieurs détours. Nous fûmes obli-gez de passer deux fois cette rivière , ayant ap-pris par une Caravane composée de r4- Chameaux,qu’il y avoit beaucoup de voleurs fur le cheminde Tocat. A cette nouvelle nous nous rassem-blâmes pour tenir Conseil, & il fut décidé qu’ontâcheron de faire la meilleure contenance qu’il sc-roit possible. On ne manqua pas de mettre dansle centre de la marche tous les chevaux chargezde soyes, & nous nous trouvions tantôt parmieux , & tantôt à l’arriere-gardc. On arriva furles 11. heures à l’entrée d’une vallée encore plusétroite , & tandis que nous nous retranchionsfur la pente de la colline à la veuë dececoupe-gorge , on détacha trois fufeliers pour aller rc-connoître le passage, heureusement ils rapportè-rent qu’ils n’avoient vû que trois ou quatre ca-valiers armez qui se retirofent dans les monta-gnes; ainsi nous passâmes le défilé fans dire mot& le plus promptement que nous pûmes. C’estdans cet endroit-là que l’Euphrate fait un coudeconsidérable vers le Midi pour s’approcher del’autre de les branches, laquelle passe à Mamma-cautum. Nous continuâmes nôtre route vers leSud-Ouest, & fûmes obligez de camper à demiheure du défilé, presque à mi-côte d’une monta-gne assez rude , daná une solitude affreuse où l’onne voit ni village ni Caravanserai; 011 eut mêmeassez de peine à trouver des bouzes de vachespour faire bouillir la marmite.

Le 17. Septembre nôtre route fut courte ,mais fort incommode ; on pasla fur une mon-tagne toute pelée , au pied de laquelle on entredans une vallée bien cultivée, ou nous campâmesaprès 4. heures de marche , auprès de Carabuu-ìac village assez joli. Nous fumes joints ce jour-là par une Caravane de Marchands de soye, aussiforte que la nôtre ; elle étoit partie d’Erzerondeux jours après nous , mais elle avoir fait plusde diligence, fur le bruit qui courait qu’un Pa-cha Manfoul s’étoit mis à la tête des voleurs. CetteT O M. I I.

[ recrue nons fit plaisir & nous partîmes tous en-semble de Caraboulac sur les 5 heures du matinpour venir à Acpmnar autre vissage où nous ar-rivâmes à une heure après midi. ‘Laroute feraitassez commode n’ecoit qu’il faut passer par unemontagne fort élevée & toute découverte.

Le 18. Septembre on partit à 4. heures dumatin pour n’allcr pourtant pas bien loin carnous campâmes fur les 8. heures & trois quartsauprès d’un ruisseau qui coule vers l’Oucsi. Ilest vrai que nous passâmes fur une montagne cou-verte de Pins, dont la descente est fort rude, &qui conduit dans une vallée étroite & tortuesur la gauche de laquelle on voit le reste d’unvieux Aqueduc à arcades arrondies qui pa-raît assez ancien. Nous passâmes ce même jourla rivière qui va sc jetter dans la Mer Noireà Vatiza ; cette rivicre vient du Midi ; au lieuque dans nos Cartes on la fait couler du côtédel’Est.

Le 19. Septembre on continua de marcherau Nord-Oueli, dans une autre vallée fortétroh-. te ; après quoi nous entrâmes dans une assez,belle plaine à l’Ouest, où coule un agréable ruis-seau fur le bord duquel est le village de Sukmé.Un peu en deçà de ce village , à droite du grandchemin , fe voyent deux morceaux de colonnesantiques fur le plus petit defqucls il y a des ca-ractères grecs fort anciens , que la peur des vo-leurs nous empêcha d’examiner ; & d’ailleursl’infcription nous en parut très-uíëe. Peut-êtrequ'elle fait mention du nom de quelque ancien-ne ville fur les ruïnes de laquelle Sukmé a étébâti. Après une route de cinq heures & demi ,on campa auprès d’un autre village appelle Ker~merï.

La marche du 20. Septembre fut de‘7. heures;& nons nous arretâmes ìSarvtwlar autre villagebâti de même que Kcrmeri, c’est-à-dire fort pau-vrement. A la descente de la montagne & à1 l’entrée d’un coupe-gorge , on découvrit cinq o»six voleurs achevai , qui sc retirèrent, fur cequenous les menacions de tirer fur eux. On mit piedà terre en tenant le fusil , les pistolets, le labreou la lance à la main ; car nous avions dansnôtre troupe des gens armez de toutes cesdiflèren-’ tes pieces, mais il yen avoit peu qui fussent bienrésolus de s’en servir ; pour moi j’avouëfranche-ment que je ne me semois pas l'arne guerriere cèjour-là. Les halles de foye étoient au milieu dela marche , & les Cavaliers les plus lestes s’é-toient partagez à la tête & à la queue. Quelquesvoleurs parurent à un quart de lieue de là fur leshauteurs voisines ; cependant nous ne laissâmespas d’entrer dans une petite plaine terminée parun vallon, à feutrée duquel s’étoient postez 15.ou Lo. de ces voleurs , qui nous voyans venir enY bon