DU LEVANT.. Latte XXI.
prise quelque temps auparavant; ainíi cette villese trouva la capitale de l’Empire des Turcs ; &Mahomet I. ayant défait son frere Musa ouMoyse, fit mettre dans la prison de Tocat , ap-pellée la grosse Corde , Mahemet Bay & Jacob Bayqui étoient engagez dans le parti de son frere.Il paroît par-là que cette ville ne tomba pas pourlors en la puissance de Tamerlan , mais que cefut fous Mahomet II. Jufuf-Zes Begue , Gé-néral des troupes de Uzum-Caliàn Roi des Par-thes, ravagea cette grande ville , dit Leunclaw,& vint fondre fur la Caramanie. Sultan Musta-pha, fils de Mahomet le deffit en 1473' & l’en-voya prisonnier à son pere qui étoit à Constanti-nople.
Nous cherchâmes inutilement compagnie pour'aller à Cefarée de Cappadoce. Cette ville n’est qu’àsix journées de Tocat, & n’apas changé de nom,puisque les Grecs rappellent Kesaria depuis letemps de Tibere qui en fit changer les anciensnoms á'Euzebia & de Mazaca. Cefarée eut l’a-vantage d’avoir pour Pasteur le Grand S. Basile ,& son Archevêque occupe aujourd’hui le premierrang parmi les Prélats qui font soumis au Patriar-che de Constantinople. On nous assura qu’îl yavoit des Inscriptions à Cefarée qui faiíbient men-tion de S. Basile , mais nous ne pûmes pas nousécarter de la campagne de Tocar. Cette cam-pagne produit de fort belles Plantes , & fur toutdes végétations de pierres qui font d’une beautésurprenante. On trouve des merveilles en cassantdes cailloux, & des morceaux de roches creusesrevêtues de cristallisations tout-à-faît ravissantes.J’en ai dans mon Cabinet qui font semblables àl’écorce de citron confite, quelques-unes res-semblent si fort à la nacre de perle, qu’on lesprendroit pour ces mêmes coquilles pétrifiées ; ily en a de couleur d’or , qui ne diffèrent que parleur dureté, de la confiture qu’on fait avec l’é-corce d’orange coupée en filets.
La riviere qui passe par Tocat n’est pas l 'Irisou le Cafalmac , comme les Géographes le sup-posent , c’est le ‘ïosanlu qui passe aussi à Neocc-sarée , & c’est sans doute le Loup , dont Plinea fait mention , & qui va se jetter dans l’Iris.Cette riviere fait de grands ravages dans le tempsdes pluyes , & lorsque les neiges fondent. Onnous assura qu’il y avoit trois rivières qui s’utiis-soient versAmasia, 1 cCouleisar-sou, ou la rivierede Chonac , le !’ïosanlu , ou celle de Tocat& leCa-salmac ; cette derniere retient son nom jusques àla mer.
Nous partîmes de Tocat pour Angora le io.Oélobre 1701. avec une Caravane composée denouveaux venus, & de celle que nous avions sui-vie'jusques à Tocat. Ces nouveaux venus avoientmis 24. jours à venir de Gangel àErzeron, &
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; par conséquent allongé leur marche de 6. jourspour éviter la Douane de Tcflis où l’on fait pa-yer des droits très-considérables. Ils conduisoient; 75- chevaux ou mulets chargez de 150. baies| de soye , qui pesoient chacune 16. Barmans. Sor-1 tant de Tocat on entre dans une belle plaine où| la riviere serpente : c’est peut-être la plaine quePaul Jove appelle les Champs des Oyes , oùse donna la bataille entre les troupes de Ma-homet. I I. & celles d’Uzum-Caíi'an Roi dePerse.
Apres quatre heures de marche on campa au-près du village à'Agara , dans le cimetiere duquelse voyent quelques morceaux de colomnes & decorniches anciennes de marbre blanc ctd’unbeauprofil, mais fans inscriptions. Toutes les mon-tagnes des environs font de marbre comme cel-les de Tocat. Pour ce qui est du Bol, je ne dou-te pas qu’il n’y soit fort commun , car il yadesendroits escarpez & taillez à plomb qui sontd’unrouge vif , semblable à celui des roches , dontparle Paul Jove, dans les cavernes dcsquelles seretira Techellis fameux Mahométan , discipled 'Hardual grand Interprète de la Loi, pour yvaquer non seulement à la méditation & à la priè-re mais aussi pour éviter les persécutions deceux qui s’opposoient à la doctrine de sonMaître.
Le 11. Octobre nous continuâmes nôtre rou-te dans la plaine de Tocat , laquelle se rétrécità six milles en deçà de Turcal , & s’élargit ensui-te à mesure qu’on en approche. 7 drcal est unebelle Bourgade à 15. milles d’Agara, située au-tour & fur la pente d’une colline escarpée, sépa-rée des autres , terminée par un vieux château,-,& mouillée au pied par la riviere de Tocat. Toutce quartier est plein de beaux vignobles , les-champs y font bien cultivez , les villages fre-quens , & les bouts de colomnes antiques assezcommuns dans les cimetières ; ce qui marque bienque le pays étoit autrefois peuplé par des gensaisez. Passé Tocat on n’entend plus parler de Cur-des, mais bien de Turcmans , c’est à dire d’uneautre efpece de voleurs encore plus dangereuxen ce que les Curdes dorment la nuit, & que lesTurcmans volent jour & nuit. Nous campâmespourtant fans crainte dans la plaine à une demilieue au-dessous de Turcal. On entra le len-main dans une vallée assez étroite , bornée parune montagne considérable d’où l’on descenddans une autre vallée étranglée & tortue oùnôtre Caravane s’arrcta. Tout le pays est agréa-ble ct couvert de bois , mais les Pins & les Chê-nes y font plus petits qu’ailleurs. La riviere deTocat tire vers le Nord à Turcal , ct va se jetterdans le Cafalmac vers Amalîa. Nous la laissânjes ;à droite pour suivre la route d’Angora , & ne
trouva-