DU L E V .
II yalong-temps, Monseigneur, que je n’ai eûl’honneur de vous parler Botanique, quoique nousavions vû de très - belles Plantes depuis Tocat,mêlées avec la plûpart de celles que nous avionsobservées en Arménie , & avec plusieurs autresqui ne font pas rares en Europe. En approchantdu Mont Olympe on ne voit que des Chênes,des Pins, du Thym de Crete , du Ciste à Lada-num , d’une autre belle espece de Ciste , queJ. Bauhin a nommé » Ciste de Crete à larges feuil-les , lequel non seulement vient à la campagnede Montpellier, mais à l’Abbaye de Fontfrede,& dans tout lc Rouíïillon. C. Bauhin remarqueavec raison , que Belon l’a observé sur le MontOlympe, mais Bauhin l’a confondu avec le Cisteà Ladanum , dont Belon & Prosper Alpin ontfait mention. L’Aune , l’Ieble, le Cornouillermâle & femelle , la Digitale à fleur ferruginée,le Pissenlit, la Chicorée, le petit Houx, la Ron-ce sont communes aux environs du M on t Olym-pe : mais combien d’autres choses rares n’y a-t-ilpas? II faut les réserver pour Y Histoire des.Plan-tes du Levant , à laquelle j’espere travailler quel-que jour.
Nous arrivâmes enfin à Pruse , après cinqheures de marche dans des défilez couverts debois , lesquels vont aboutir aussi à cette belleplaine qui est au Nord du Mont Olympe. Oncommence à y voir des Plantes & des Châtai-gniers auïïï hauts que les Sapins qui font fur lamontagne. A la vérité les Landes font un peugâtées par les pierres que les eaux charrient ;mais à mesure qu’on approche de Pruse , leschamps font couverts de M entiers & de vigno-bles. La plûpart des Meuricrs font bas & com-me plantez par pepinieres. Les plus grands fontserrez les uns près des autres, & forment de pe-tites forêts entrecoupées par de grandes brossail-les , parmi lesquelles naît une espece d , Aj>ocin ,laquelle non seulement se tortille sur les bayes,mais qui grimpe auísi fur les plus grands arbres.En arrivant à Pruse, du côté d’Angora, on nedécouvre qu’une partie de la ville , au traversdes futayes. Le plus bel endroit de cette place,qui est le quartier du Serrail, neparoîtpas; c’est-pourquoi j’ai l’honneur de vous en envoyer deuxPlans differens. Le premier a été dessiné auNord-Est sur le chemin d’Angora , & l’autredu côté des Bains au Nord-Nord-Ouest.
Pruse , capitale de l’ancienne Bithynie, est laplus grande & la plus magnifique ville d’Asie.Cette Place s’étend du Couchant au Levant aupied des premieres collines du Mont Olympe,dont la verdure est admirable. Ces collines fout,pour ainsi dire , autant de degrez pour aller íur
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cette fameuse montagne. Du côté du Nord laville se trouve à feutrée d’une grande & belleplaine où l’on ne voit que Meuriers & arbresfruitiers. Il semble que Pruse ait été faite exprèspour les Turcs, car le Mont Olympe lui fournittant de sources , que chaque maison a ses fon-taines ; & je n’ai point vû de ville qui en ait au-tant, si ce n est Grenade en Espagne. La plusconsidérable des sources de Pruse , est au Sud-Ouest auprès d’une petite Mosquée. Cette sour-ce qui fournit de l’eau , de la grosseur du corpsd un homme , coule dans un canal de marbre &va se distribuer dans la ville. On assure qu’on ycompte plus de trois cens Minarets. Les Mos-quées font très-belles , la plûpart font couvertesde plomb , embellies de dômes , de même queles Caravanserais. Au delà de la rue des Juifs .à main gauche en allant aux Bains, est une Mos-quée Royale, dans la cour de laquelle font lesMausolées de quelques Sultans , dans des cha-pelles solidement bâties êc séparées les unes desautres. Nous ne trouvâmes personne assez ins-truit pour nous apprendre les noms de ces Sul-tans. On peut consulter Leunclaw qui a faitun fort beau Traité b des Tombeaux des Sul-tans.
c Le nouveau Serrail est fur une colline escar-pée dans le même quartier ; c’est l’ouvrage deMahomet IV. car le vieux Serrail fut bâti dutemps d’Amurat ou Mourat I. Les Caravanseraisde la ville font beaux & commodes. Le Bezesteinest une grande maison bien bâtie où sont plu-sieurs magazins & boutiques semblables à cellesdu Palais de Paris , & l’on y trouve toutes lesmarchandises du Levant , outre celles que l’ontravaille dans cette ville. Non seulement on yconsomme la soye du Pays , qui passe pour laplus belle soye de Turquie , mais encore cellede Perse, qui n’est ni si chere ni si estimée. Lasoye de Pruse vaut jusques à 14. ou 15. piastresl’Oque & demi. Toutes ces soyes y font bien em-ployées , car il faut convenir que les meilleursOuvriers de Turquie font à Pruse , & qu’ils exé-cutent admirablement les desseins de Tapisseriesqu’on y envoyé de France ou d’Italie.
La ville Tailleurs est agréable , bien pavée,propre , fur tout dans le quartier du Bazar. O ty boit d'assez bon vin à trois parais l’Oque. Lspain & le sel y sont à fort bon marché. La vian ide de boucherie y est bonne. On y mange d’ex-cellentes Truites & de bons Barbeaux. Les Car-pes y font d’une grandeur & d’une beauté sur-prenante , mais fades & mollasses à quelque sau-ce qu’on les mette. F.11 venant d’Angora à Pruseon passe un beau ruisseau, sur un pont assez bienA a a bâti j
C Lcmrf. Hift. MnsvUin- Lib. x.
ft Cifìta letton (rttìcum latls»liam % I. B.b UbrlsurHii Index Osmunidarum. Francosxrti. 1591.