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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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bâti, ce ruisseau coule ensuite dans des vallées deChênes, du côté du Midi. Je crois que c’est leLoufer qui va passer vers Montania. II y a dixou douze mille familles de Turcs dans Pruse ,lesquelles font plus de quarante mille âmes, àne compter que quatre personnes par famille.On y compte quatre cens cases ou familles deJuifs, cinq cens cases d’Arménienstrois censfamilles de Grecs. Néanmoins cette ville ne nousparut pas fort peuplée , & son enceinte n’a pasplus de trois milles de tour. Les murailles fontà moitié ruinées & n’ont jamais été belles,, quoi-que fortifiées par des Tours quarrées. On n’yremarque ni vieux marbres ni Inscriptions. Onne voit même que peu de marques d’antiquitédans la ville , parce qu’elle a été. rebâtie plusieurs fois. Sa situation n’est pas (i avantageusequ’elle paroît , puisqu’elle est dominée par descollines du côté du Mont Olympe. II n’est per-mis qu’aux Musulmans de loger dans la ville.Les fauxbourgs qui íont incomparablement plusgrands, plus beaux, & mieux peuplez, font rem-plis de Juifs , d’Arméniens & de Grecs. LesPlatanes y sont d’une beauté surprenante & fontun passage admirable,, entremêlez avec des mai-sons dont les terrasses ont une vue tout-à.-faitcharmante.

Les Tombeaux d’Orcan, de fa femme & deses enfans, sont dans une Eglise Grecque cou-verte en Mosquée,, qui n’est ni grande ni belle.A 1’entrée font deux groíïès. colomnes de mar-bre, & tout au fond quatrej petites qui fermentle Choeur, auquel les Turcs n’ont pas touché ;ainsi leurs bases ne sont pas à la place de leurschapitaux, ni le.s chapitaux à la place des'bafes ,comme Mrs. Spon & Wheler l’ont écrit.Ce Chœur, quoique revêtu de marbre , n’a ja-mais été beau ; la pierre est d’Un blanc sale ,sombre, & jaspée en quelques endroits. Le Sanc-tuaire y subsiste encore avec un perron à quatremarches-. On fait voir aux étrangers, dans leVestibule de la Mosquée, le prétendu Tambourd’Orcan, lequel est trois fois plus grand que lesTambours ordinaires. Quand on le remue if faitbeaucoup de bruit , par le moyen de quelquesboules de. bois ou d’autre matière qui le font ré-sonner, au grand étonnement des gens du pays.Le Chapelet de ce Sultan est aussi dans le mê-me lieu , ses grains en sont de jay & gros.commedes noir.. Il reste encore à la porte de cette Mos-quée une piece de marbre fur laquelle on lisoitautrefois une Inscription Grecque, car pour au-jourd’hui on n’y connoît plus rien. Outre lesMosquées dont j’ài parlé, il y a dans Pruse plu-sieurs Colleges d’Institution Royale, où les Eco-liers sont nourris & instruits gratuitement dans laLangue. Arabe à. dans. la. coiuioissance.de. l’Alco-

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ran. On les distingue par la fesse blanche de l'eurs-Turbans , laquelle forme des nœuds gros commele poing, disposez en étoiles On garde dans uneChapelle Turque,, auprès de la ville, une ancien-ne épée fort large , que l’on prétend être l’épéede Roland. La Chapelle est fur une éminencedu côté du Sud-Ouest.

Il y a un Pacha dans Pruse, un Janissaire Agaqui commande environ L50. Janissaires , & unMoula ou grand Cadi qui est le plus puiílant Of-ficier de la ville. Dans le teins que nous y étions,c’étoit le fils du Moufti de Constantinople quioccupoit cette place, & même il avoit la furvi-varice de la charge de Moufti, qui est une chosesans exemple en Turquie il suivit peu de temsaprès le sort de son perej, non seulement le filsfut dépouillé de ses biens & honneurs, mais misà mort dans le tems que le pere fut traîné fur uneclaye à> Andrinople.

Les Arméniens n’ont qu’une Eglise dans Pru-se, Les Grecs en onCtrois. Les Juifs y ont qua-tre Synagogues. Nous fûmes surpris , en nouspromenant dans cette ville, d’y entendre parleraussi bon Espagnol que dans Madrid. Les Juifsâ qui je. m’adressai , m’aísûrerent qu’ils avoienttoujours conservé leur langue naturelle , depuisque leurs peres s’étoient retirez de Grenade enAsie. Il est vrai qu’ils choisirent la ville dumonde, qui par fa situation & par scs fontaines,,ressemble le plus à Grenade , comme je l’ai ditci-devant.

Le r 1. Novembre nous.partîmes à sept heuresdu matin pour aller voir le Mont Olympe, dont.la montée est assez douce : mais après trois heu-res de marche à cheval , nous ne trouvâmes quedes Sapins & de la neige ; desorte que , fur lesonze heures, nous fûmes obligez, de nous arrê-ter près d’un petit lac dans. un lieu fort éle-vé. Pour aller de là au sommet de la montagne,qui est une des plus grandes d’A fie, &,femblabJeaux Alpes & aux Pyrénées ., il faudrait que lesneiges fussent, fondues., & marcher encore pen-dant toute une journée. La saison ne nous per-mit pas d’y voir les Plantes les plus curieuses.Les Hêtres ,.les-Charmes , les Trembles, lesNoisetiers n’y font pas rares. Les Sapins ne dif-fèrent point des nôtres , car nous en examinâ-mes les feuilles & les fruits avec exactitude. Aprèstout nous ne fûmes pas trop contens de nôtreherborisation, quoique nous y eussions remar-.qué quelques Plantes singulières ,, parmi beau-coup. d’autres qui sont communes fur les mon-tagnes d’Europe., C’est.près de ce Mont Olym-pe , que nos pauvres Gaulois furent défaits parMimlius qui, fous prétexte qu’ils avoient suivile parti d’Antiochus , voulut fevanger fur eux desmaux que leurs peres avoient faits en.Italie,.

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