Lettre XXIX. iZr
rangées méthodiquement, & qui ne mêle deson mieux dans son compliment Mercure Dieude l’Eloquence, Demosthene , Cicéron , avecMoise, les Prophètes & les Apôtres. C’estdans le même langage que les Serviteurspublics des Villes souhaitent ou plutôt deman-dent une bonne année aux Citoiens. On s'estmoqué des Héros de l’Opéra, qui expirent enchantant des vers. Je ne sai si on a raison.Mais ceux que la Justice éxécute ici ne meu-rent pas autrement. Du moins leurs dernièresparoles, comme on les appelle, font des chan-sons, , que rimprimeur se donne la peine decomposer, dès la veille de leur supplice. Cequ’il y a de bon dans ce débordement de vers,c’est qu’il augmente le débit de la Fabriquedu Papier, qu’il donne de l’ouvrage à ces Im-primeurs qui en ont peu, que souvent il metles Picarts mêmes dans l’occasion de graverd'excellentes vignettes, & qu’enfìn ceux des Hol-landois qui aiment la Poésie n’ont qu’à lire cesvers, pour savoir ce qu’ils doivent éviter danscet Art.
Je ne vous ai encore parlé que des Villes.Le croiriez vous ? L’ardeur de rimer est encoreplus forte dans les Villages. II n’est pas quevous n’aiez vu dans votre voiage de Rome ceque les Italiens appellent Improvisatcri , Gensqui abondent dans leurs Villes & qui ne sontpas rares dans les campagnes. Les Hollandois