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Lettres sur les
phénomène qu’un François de cette espèce !Non, mon cher Ami, vous me faites tropd’honneur de penser h avantageusement surmon compte. La prévention semble fairepartie de notre essence ; & il nous est aussidifficile de n’en point avoir, qu’à un Espagnolde manquer de gravité. N’exigez point demon amitié une chose où peut-être je ne réus-lìrois pas assez à votre gré, & souffrez que jevous parle d’autres affaires.
J’ai reçu vôtre dernière Lettre un peu tard,j’étois à la promenade lorsqu’on me la remit.
Í e la lus plusieurs fois ; car vos Lettres & nies.ivres font la feule conversation que j’ayedans ma solitude.
Voici la vie’ que j’y mène. Je me lève lematin à six heures, je fors en robe de cham-bre , & m’en vai chercher quelque arbretouffu, où je puisse éviter l’ardeur du soleil.Je me couche là sur un gazon verd, & me,mets à lire jusqu’à midi. Le charmant séjourque la campagne en Eté ! Je m’y plais infini-ment. Quand j’ai lu une heure de fuite, jefais une pause, & m’amuse à entendre le Ros-signol. Ah qu’il est joli ce petit animal ! queson chant me plaît, & celui de sa soeur laFauvette aussi ! Dès que midi sonne, je ren-tre , & me fais servir à dîner. J’ai un nou-veau domestique qui me divertit par mille sin-geries ; c’est une espèce de bouffon que cethomme, tout propre à figurer à la Cour d’un
Prince