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François &c. Lett. I.
Prince Allemand. Après que j’ai diné, je vaidans mon cabinet répondre aux Lettres quej’ai reçues, ou noter des réflexions que malecture m’a fait faire. En attendant la chaleurse passe ; & fur le soir je me promène dans lejardin , où l’odeur d’une infinité de fleurs,portées fur les ailes des Zéphirs, fait goûterun plaisir infini à mon odorat. Cela est unpeu poétique ; qu’en pensez - vous ?
Et vous, mon Cher, que faites-vous dansce misérable trou de Garnison, où l’on vousa confiné ? II me semble de vous entendrecrier, demi-tour à droite, demi-tour à gauche. Vousvous égozillez, n’est - ce pas ? & le soir vousrevenez chez vous tout enroué, pour avoirvoulu donner de l’adresse à des gens qui fontnés mal-adroits. Voilà, si je ne me trom-pe , où vous en étés. Dites - moi, com-ment va l’amour ? Etes-vous toujours si éprisde la petite de * * * ? Est-elle toujours jolie ?Je vous conseille de ne pas vous morfondredavantage. Si vous avez envie de l’époufer,il ne vous fera pas difficile d’en venir a bout.Avouez , mon Cher , que je fuis heureuxde n’avoir plus rien à démêler avec l’amour.Je fuis l’homme du monde le plus content.Renfermé dans mon cabinet , je m’entre-tiens avec Rome & la Grèce, je veux direque je lis les meilleurs Auteurs de ces Na-tions ; quelquefois avec les Anglois, & leplus souvent avec mes Compatriotes, rare-A 2 ment