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Lettres sur les
aveuglément, que de les préférer en toutaux Modernes, ni jusq’u’à me persuader quela Nature soit si épuisée , qu’elle n’ait puproduire de notre tems Génies aussi dignesde notre admiration , que ceux qui ont pa-ru il y a deux mille ans. Voilà tout ceque je vous dirai fur ce sujet. Je ne vousparlerai ni de nos Philosophes, ni de nosHistoriens, ni de nos Poëtes : ces gens-làfont fi connus, & on en a tant écrit, que ceseroit perdre son tems que d'en discourir en-core. Je m’étendrai donc un peu sur lecompte de Mr. de Voltaire , puisque vous levoulez absolument. Outre que personnen’en a parlé en détail, je me plais à m’entre-tenir de cet Homme , illustre par tant debeaux Ouvrages qui lui ont acquis une sijuste réputation. Je vous avertirai d’abordque je ne l’ai jamais connu fort particulière-ment ; mais j’ai si bien étudié ses Ecrits quej’en sai une partie par cœur, ce qui ne m’apas peu servi à me former une idée juste deIon caractère. G’est-là qu’il se déploie danstout son jour : c’est dans ses propres Ouvra-ges qu’un Ecrivain lé fait voir commedans un miroir, où l’on peut lire ses plussccrettes pensées, & connoítre quelles sontses passions. Sur ce principe , je m’en vaivous dépeindre Voltaire tel que je me le re-présente , & peut-être tel qu’il est en effet.Vous me verrez l’admirer en certaines cho-ses,