Allemans &c. Lett. II. 249
toit un crime chez eux que de refuser le cou-vert à qui que ce fût, ils faifoient accueil àtout le monde, & traitaient chacun selon faqualité. Aujourd’hui il n’y a pas de Pays auMonde où il y ait plus d’Edits contre lesPauvres que dans celui-ci. On ne fe con-tente pas de défendre qu’on leur donne sau-moné , on les châtie même rigoureusementlorsqu’ils la demandent.
L’Etat pourvois, dira-t-on, à leur subsi-stance. Point du tout : à peine y a-t-il desHôpitaux pour les Pauvres malades ; encorey font-ils fi mal, qu’il semble qu’on les y met,moins pour soulager leurs maux, que pourcorriger l’ignorance des Chirurgiens. Á cetégard la France l’emporte de beaucoup furYMemagne. Les Pauvres chez nous fontmieux dans les Hôpitaux , que de richesBourgeois ne sont dans leurs propres maisons.Quel Etablissement avez-vous ici pour les Sol-dats invalides ? Aucun : toute la grâce qu’onleur fait, c’est de leur permettre de mendier ;& tout ce qui leur reste de tant de travaux& de blessures, c’est le privilège de deman-der saumoné, joint au souvenir d’une in-finité de coups de bâton qu’un bas Officier,ou un Adjudant, leur ont appliqués pouravoir levé le pied un peu trop tôt, ou pourêtre venus à la parade avec une tache imper»,ceptible fur ses armes.
Q, s Cens