Allemans &c. Lett. VIL 309
gris. Je sai fort bien que le même Sortdes Armes, qui aujourd’hui leur est con-traire , peut demain les rendre victorieux ;mais je ne conviendrai jamais que du côtédu courage les Allemans l’emportent fur lesFrançois , & je crois que ceux-ci les égalentpour le moins dans ce point-là. Je n’ignorepas que vous nous reprochez la fréquentedésertion qui règne dans nos Troupes , quevous prenez comme une marque de lâche-té ; & voici comme vous raisonnez, pourprouver que les François ne font pas auílibraves que les Allemans. U déserte les deuxtiers moins de Soldats de nos Troupes : dites-VOUS : donc les Allemans font plus braves queles François de plus de la moitié.
J’ai déjà répondu à ce reproche : maisvoici encore quelques réflexions fur ce su-jet , qui peut-être ne vous déplairont pas.
N’est-il pas vrai que les anciens Romain*étoient de leur tems le Peuple le plus brave& le plus belliqueux qu’il y eût au Mon-de ? Cependant il fe trouvoit parmi euxquantité de jeunes gens qui fe coupoientle pouce (a), pour ne point aller à la guer-re. C’étoit bien pis que de déserter. D’au-V 3 tres
(a) V. Ià-dessus Puffendorf du Droit de laNature & des Gens , Traduction de Barbeyrac,du Pouvoir des Souverains à l’occasion de la dé-fense de l’Etat. Liv. VIII. Chap. II. pag. 367,