Allemans &c. Lett. X. Z4s
monde qui puisse faire un excellent Poèted’un homme qui n’a reçu aucun talent de laNature qui l’y rende propre ? il y auroit del’absurdité à le penser. Et comment s’ima-giner qu’il y en aura une qui fera un ob-stacle aux grands Génies, & les empêche-ra de s’élever ? cela feroit-il moins absurde ?Ce n’est donc point à la Langue Allemande quevos Poètes doivent s’en prendre du peu deconsidération où ils font. Elle ne manqueni de force , ni d’énergie, ni de termes. Ellene flatte pas l’oreille à-la- vérité ; mais qu’est-ce que cela fait aux belles pensées, & à l’artde les bien exprimer ? N’est-ce que dans ladouceur du Langage que consiste la beautéde la Poésie en général ? Et n’est-ce pas plu-tôt dans la solidité des Pensées, le tour &l’arrangement des Expressions ? Qui ose-ra dire que la Langue Allemande exclut cestrois choses ? Quelle contrariété y a-t-il en-tre elles ?
Que manque-t-il donc à YAUemagne pourproduire de grands Poètes ? rien que de l'ef-prit. Passez-moi ce que je vai dire pour leprouver, Les AUemam font de beaux-hommes,grands, bien faits, bien membrés ; mais neleur en déplaise, ils ne font pas mentir leProverbe , Homo longus raro fapiens. La Na-ture leur a prodigué les avantages du Corps,ce scroít trop qu’elle leur eût accordé encoreceux de TEfprit. Elle est trop sage pourY 5 réunir