Allemans &c. Lett. X. Zss
Voilà de quels emplois les Gens d’espritsont jugés dignes en Allemagne , quoiqueceux qui les occupent ne soient pas toujoursgens d’esprit. II faut l’avouer, il y a enAllemagne plus de Savans que dans bien dian-tres Pays ; mais il leur est défendu d’avoirde l’esprit, s’ils n’aiment mieux passer pourfbux. Un habile Professeur, fort connudans la République des Lettres, s’avifa d’a-voir de l’efprit : on voulut aussi-tót qu’il fûtBouffon, & le Souverain l’y obligea parforce. Un de mes Amis pensa composer a-lors une Comédie intitulée le Bouffonmalgré lui, Je l’en empêchai par tou-tes les raisons que la prudence me put sug-gérer. II n’est point étonnant de voir ici unBouffon en titre d’office, être Professeur enPhilosophie ou en Eloquence en mêmetems. Les Arts ainsi avilis & confondus,il n’est pas possible que la Nature ne s’enressente, & qu’on ne suce avec le lait un dé-goût invincible pour les Sciences, & les au-tres choses qui sont du ressort de l’efprit.
Cela n’est pas à craindre en France on yestime l’eíprit, même lorfqu’il est destituéd’érudition. Louis XIV étoit autant en-nemi des Bouffons & des Faux - Plaifans,que protecteur déclaré des Gens d’esprit,qu’il savoit très bien distinguer des Turlupins.Mais tel est le goût général des Princes Aile -mans , de confondre deux Etres si distincts,
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