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que médiocrement le François , on leur don-ne íì peu de chose, qu’ils font obligés dese dépêcher furieusement, s’ils veulent vi-vre de l’honoraire de leur travail. Qu’est-ce en effet qu’un florin par feuille pour depauvres Etudians qui n’ont pas d’autre res-source ? Ce n’est ni ambition, ni certainamour-propre, ni defír de gloire , ni ému-lation qui font agir les Beaux-Esprits de cePays ; c’est le gain , c’eít l’intérêt. UnTraducteur se met fort peu en peine s’il tra-duit bien, pourvu qu’il traduise beaucoup.Ceux qui traduisent bien, cessent d’écriredès-qu’ils ont amassé dequoi vivre. Un Can-didat (a) avoit commencé à traduire VHi-stoire Ancienne de Rollix; fa Traductionplut, on souhaita qu’il continuât, & pourl’y encourager on lui donna une bonne Cu-re. Cela fit un effet tout contraire. LeCandidat n’ayant plus besoin d’écrire pourvivre , prit une Femme , & aima mieuxpasser son tems à fumer fa pipe qu’à conti-nuer à traduire R o L L i n , dont il n’a donnéqu’un Volume.
Vous pouvez juger par tout ce que j’aieu l’honneur de vous dire , du véritablecaractère de votre Nation & de la Françoise.Je les ai , ce me semble , assez bien dé-peint l’une & l’autre ; & l’on peut sur cela
s’en
(a) Les Protefians appellent ainsi les jeunesgens qui se destinent au Ministère. >